Archives de Catégorie: Auteur(e) en résidence : Anne Savelli

Jeudi 21 octobre, au café. Journal d’écriture d’Anne Savelli.

Depuis que je suis rentrée du Mans, quoi ? Un peu de boulot alimentaire (lecture, corrections d’articles de socio) et retour à Dita Kepler. Ecrit une variation, Supporter sa douceur, venue de nulle part, de nul lieu avouable en tout cas, croît gentiment sans que je sache si ça vaut quelque chose. C’est le principe même de DK : avancer dans le noir.

(le premier vendredi du mois suivant, Christophe Grossi l’accueillera sur son blog lors des vases communicants. Ce sera la première, et la dernière fois à ce jour, qu’une partie du texte pourra être lue quelque part. Dita Kepler est un texte inachevé, dont je lis parfois des bribes en public et, ce, depuis plus de deux ans. C’est comme ça.) (pour le moment, du moins)

Je suis au café, ai raté la piscine pour continuer à écrire – sinon, ah, la journée, c’était morne plaine. La réunion à Montreuil et le Mans m’ont vidée et je m’aperçois que l’écriture m’épuise. Il faudrait trouver le temps de faire un peu autre chose (tu parles) (c’est cependant toujours valable) (tu parles, quand même) (etc).

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Dimanche 17 octobre, Le Mans, à l’hôtel, le matin. Journal d’écriture d’Anne Savelli.

Très bien dormi dans cette chambre paisible, silencieuse, où je repense à la journée/soirée d’hier : d’un côté, Cowboy Junkies m’a permis de rencontrer une amatrice de musique qui se confronte, dit-elle, à la langue anglaise ; de l’autre, passé pas mal de temps à voir défiler des gens dont je me disais que mes livres avaient peu de chance de les intéresser…

Le plus important : rencontré Thierry Beinstingel (dont je lis les livres depuis des années et que j’avais croisé brièvement presque dix ans plus tôt ). Longue discussion avec lui dans un brouhaha infernal, troupeau d’auteurs que nous sommes (du matin au soir on ne peut pas vraiment s’extraire du salon, ni aller à l’hôtel comme on veut).

Au salon :

Matin. Froid polaire (4 degrés sous la tente qui abrite les stands). Thierry passe et me demande une dédicace pour Franck. Je fais un brouillon pendant qu’il n’est pas là (en fait, j’ai un peu le trac). De mon côté, j’irai chercher Bestiaire domestique plus tard (nous nous achetons mutuellement nos livres). On ne se réchauffe pas, mais il y a un peu plus de place qu’hier.

14 heures : je dois participer à une table ronde. Personne. La radio locale, chargée de l’organiser, nous a oubliés, il n’y a ni micros ni chaises (pas de place pour s’asseoir, exactement ce que je raconte dans Franck). Le titre de la table ronde ? "Ceux dont personne ne veut". En effet.

Un peu plus tard : finalement, le débat a eu lieu, avec deux auteurs sur quatre seulement à cause de la grève des transports, et dans des conditions… Dans les courants d’air, obligée de lire en criant, presque, à cause du bruit, gens qui déambulent juste devant et ne s’arrêtent pas. Mal de tête qui commence à poindre, grande fatigue, hâte de partir. Heureusement que Thierry est venu me soutenir.

Sur mon stand : tiens, un type commence à lire mon livre sur les CJ, mais bon, je ne sais pas si… ah si, il continue… alors ? Suspense. Gros gros suspense. Maintenant il lit la fin. Il le repose. Commence à lire Franck. La quatrième de couv.

Un peu plus tard : il a pris les deux ! C’est un disquaire/libraire de la Fnac du Mans, qui avait auparavant monté un café littéraire en Bretagne avec sa femme, me dit-il. Très sympa.

A midi, discuté avec une femme qui travaille audio et texte, aime Steve Reich, Sophie Calle. M’a donné des conseils pour soigner mes migraines.

Tant qu’à faire, j’ai placé des bonbons devant mes livres.

(presque un an plus tard,Thierry et moi sommes en train de préparer une lecture croisée "autour de Franck" à Montreuil)

 

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Samedi 16 octobre, dans le TGV Paris-Le Mans. Journal d’écriture d’Anne Savelli.

Un jour de soleil, partir sans billet, recevoir en cadeau un thé au citron auto-chauffant (si), entendre que l’un des cent cinquante auteurs présents dans le train est en dédicace dans le bar (du TGV, donc), tout ça en première, assise sur un fauteuil mauve à côté de Pierre (Fouillet, peintre et illustrateur jeunesse), c’est quand même assez drôle.

Pierre m’a prêté son Iphone, j’en profite pour mentionner sur Facebook la page 18 de Libé qui parle de la revue d’ici là  et de D-Fiction (devenu depuis mon éditeur).

Sur le stand du salon du livre :

60 centimètres environ (l’équivalent de la largeur de trois mains) pour poser trois piles de Franck, une petite pile de Cowboy Junkies et juste la place d’une chaise. Je pensais lire un manuscrit, ou au moins l’un des deux livres des auteurs invités à la même table ronde que moi demain, mais impossible pour le moment. Il n’est pas tellement question de détailler les gens qui passent (il y a beaucoup de photographes aussi). Bruit effrayant, je ne sais pas si la migraine ne va pas guetter.

Quelle attitude avoir ? Regarder l’auteur qui dédicace en face et semble avoir une bonne tête ?

Ma voisine de stand très jeune et speed, se faire prendre en photo sans problème par une photographe d’agence (ouf elle s’en va). Chanteuse, surtout, elle a l’air d’avoir 18 ans (en fait, non ;  cultive simplement un côté femme enfant).

Il n’est pas question de ne rien faire pendant tout ce temps; mais se concentrer… Je me rends vite compte que parler de son livre, ici, c’est comme vendre des poulets.

Un peu plus tard : mangé tôt, plus personne ou presque sur les stands, tant mieux, moins de bruit enfin. Le chapiteau où déjeuner était une vraie volière. Je me demande comment je vais tenir jusqu’à ce soir.

Un peu plus tard, encore. Je lis Sébastien de Jean-Pierre Spilmont, que je verrai demain ; regarde le type du Maine Libre qui à droite gonfle inlassablement des ballons (à la pompe, quand même) ; observe les gens, s’ils ne sont pas trop près ; suis passée voir Pierre, qui dessine et signe en jeunesse ; attends un journaliste radio qui m’a dit avoir lu mon livre, veut m’interroger.

Début d’après-midi, deux joies : un Cowboy dédicacé à un musicien-écrivain ; et Bernard Ruhaud est venu me voir, m’a invité à venir parler de mon livre à la Rochelle (ce qui se fera quelques semaines plus tard. J’en garderai un très beau souvenir).

17h : j’ai donc été interviewée en début d’après-midi pour une radio locale appelée Ornithorynque, par un journaliste amateur qui travaille en usine et interrogeait un auteur pour la première fois de sa vie. Très gentil, on est ressortis de là contents, tous les deux (c’était un moment assez étonnant. En fait il n’avait pas lu mon livre, pas en entier en tout cas, et me l’a avoué directement, ajoutant que la littérature, de toute façon, « lui hérissait le poil ». Moi, qu’il soit aussi franc, ça m’a fait rire et, du coup, nous nous sommes très bien entendus).

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Journal d’écriture d’Anne Savelli

Voici donc le trajet que je ferai sans doute régulièrement l’an prochain, Colonel Fabien-Nation ligne 2, Nation-Mairie de Montreuil ligne 9. Sur la 2, à cause des MF2000 (les nouvelles voitures, qui comportent moins de sièges que les anciennes), il faudra batailler pour avoir de la place. Emmener Dita Kepler vers l’objet du désir, vers sa part de silence, construire ou non un oloé "en dur", faire autre chose, qui sait ?

Hier, me suis rendue à l’Agessa (la sécurité sociale des écrivains), rue de Bruxelles, métro Place de Clichy (bel endroit) me voir refuser l’affiliation (ainsi, je cotise pour rien). En sortant, je me disais : travailler sur le no man’s land, forcément, puisqu’on m’y maintient. Et après on voudrait que je m’intègre ? ("on" ? qui, du reste ?). Je suis parfaitement intégrée au monde, matière de l’air et des rebords, du tunnel qui m’emporte vers Alexandre Dumas.

Ce matin, entré les éléments de Jourdain 5 à la ville haute. Maintenant, me rends à la médiathèque de Montreuil pour une réunion, où l’on doit me présenter l’équipe, et il faut préparer l’agenda.

(suivent trois pages de notes dont je vous fais grâce)

16h30. Je sors de la réunion assez angoissée, en fait, même si elle s’est bien passée. Est-ce le souvenir des anciennes résidences ? (Le CentQuatre et la Bellevilloise, qui m’ont appris beaucoup mais aussi un peu entamée). Peur d’être vampirisée.

Envie de trouver la bonne personne avec qui parler écriture.

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