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Écrire au quotidien : l’énumération pour dire le monde

Le jeudi 10 février 2011, j’ai mené deux ateliers d’écriture à la librairie. Ces ateliers d’écriture se sont déroulés en deux temps : une séance le matin, de 10h30 à 12h30, une séance en soirée, de 17h30 à 19h30. 15 personnes ont participé à la première séance et plus de 30 personnes à la deuxième. J’ai été très sensible à l’enthousiasme, à la participation, aux échanges et la générosité des textes écrits lors de ces deux séances.

Les deux ateliers se sont déroulés selon le même modèle, un court atelier pour se mettre en mots (et en jambes car il fallait écrire à partir de fragments de textes déjà écrit qu’on a trouvé dans les livres de la librairie), briser les lignes d’association, suivi par un second atelier un peu plus long. Les lieux fonctionnant comme théâtre de la mémoire. L’énumération comme arme pour dire le monde. Ces quatre ateliers sont, bien entendu, extraits de l’ouvrage : Comment écrire au quotidien, dont j’ai déjà diffusé plusieurs extraits sur le blog de la Librairie Dialogues.

Retrouvez l’intégralité des textes écrits par les participants à ces ateliers d’écriture sur Liminaire, le site de Pierre Ménard : http://www.liminaire.fr/spip.php?article1232


Extrait du texte :


55.

Poème express : biffer le maximum de mots, de lignes, d’une page arrachée d’un roman d’amour idiot ou d’un roman policier idiot, jusqu’à arriver à une combinaison satisfaisante pour l’esprit ; une autre façon de briser les lignes d’association…

 

59.

Composer un texte court ou texticule (slogan, aphorisme, morale, résumé d’une intrigue inédite, poésie, parodie, cadavre-exquis, énumération pseudo-scientifique, etc.) à partir d’une récolte de livres dont on ne garde que le titre. Attention, ne jamais réutiliser un titre d’un texte à l’autre.

 

112.

Puiser dans le nom des rues, des quartiers du lieu où l’on a passé sa jeunesse, matière à écrire de courts textes autobiographiques, fragments de vie, biographie familiale, les lieux fonctionnant comme théâtre de la mémoire.

 

346.

L’énumération comme arme pour dire le monde. La juxtaposition d’éléments forts, de haute gravité, ou à teneur politique, voire subversive, et d’éléments qui tout d’un coup provoquent le rire, ou la seule légèreté. Une énumération tient, c’est quand sa propre table des matières devient elle aussi une prouesse de langage.

 

Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture de Pierre Ménard est diffusé sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique depuis décembre 2010.

ISBN : 978-2-8145-0365-6

Liste des ateliers en question :

Coupe Carotte, Lucien Suel, éditions Derrière la Salle de Bain, 2002.

Noms de Nantes, Jacques-François Piquet, Joca Seria, 2002.

Au diable les écrivains heureux, Laurent d’Ursel, La Cinquième Couche éditions, 2005.

Ceux qui songent avant l’aube, Jean-Louis Kuffer, Publie.net, 2010.

Photographies : Pierre Ménard, 2011.



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4 questions à Pierre Ménard, auteur de l’ouvrage « Comment écrire au quotidien »

Pierre Ménard est l’auteur de l’ouvrage "Comment écrire au quotidien"  et animera 2 ateliers d’écriture le 10 février 2011 à Brest.

- Avant d’aborder l’ouvrage, il nous parait intéressant d’en découvrir l’auteur. Pouvez-vous  vous présenter ?

Je m’appelle Philippe Diaz, je suis né à Ris-Orangis en 1969, et je vis à Paris. Je suis bibliothécaire. Pierre Ménard est le pseudonyme que j’ai choisi en tant qu’écrivain.
Après des projets de romans dans les années 90, j’ai écrit en 2006 ce qui allait devenir mon premier livre de poésie publié : Le spectre des armatures. Il a été publié aux éditions Le Quartanier, en mars 2007 dans la collection « Phacochères ». Le Quartanier est une maison d’édition francophone fondée à Montréal, Québec en septembre 2002 par Éric de Larochellière et Christian Larouche. J’ai également édité  « en avant marge », « en un jour » et deux temps trois mouvements sur Publie.net. « Quand tu t’endors » (album illustré par Mini labo), est paru aux éditions Actes Sud Junior. Et j’ai également participé à deux ouvrages collectifs : « Il me sera difficile de venir te voir » : Correspondances littéraires sur les conséquences de la politique de l’immigration en France, publié par les éditions Vents d’ailleurs, et « Écrivains en série » : un guide des séries (1948-2008), publié chez Léo Scheer, dans la collection Laureli.
Lorsque François Bon a lancé Publie.net, la cooperative d’édition numérique sur Internet, j’ai participe dès le départ en intégrant le comité d’orientation et de publication. J’y ai diffusé l’un des tous premiers textes mis en ligne sur la plateforme : en avant marge.

Depuis décembre 2008, j’y anime la revue de création Internet : d’ici là. Déjà plus de 165 auteurs au sommaire des six premiers numéros.

-  « Comment écrire au quotidien » est un ouvrage numérique. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Depuis 2004, j’ai diffusé en ligne de manière hebdomadaire un exercice littéraire à partir d’un texte poétique contemporain (des auteurs francophones et leurs textes aux genres variés (poésie, nouvelle, roman, théâtre, jeunesse, art expérimental). Les textes écrits à partir de ces propositions ont été diffusés en ligne sur le site Marelle : Zone d’Activités Poétiques, et depuis 2010 réunis sur le site Liminaire pour être diffusé en décembre 2010 sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique créée par François Bon en 2008, sous le titre : Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture.

Cet ouvrage est avant tout un texte poétique, mais c’est aussi, par extension, une anthologie de littérature francophone contemporaine, un livre sur la pratique des ateliers d’écriture et un ouvrage numérique enrichi de contenus multimédia sur internet. 365 propositions d’écriture commentées, de nombreux extraits de textes, présentation de leurs textes, de nombreux liens internet, ressources d’informations sur les auteurs, leurs éditeurs (75 maisons d’édition différentes), une soixantaine d’enregistrements sonores (extraits de Radio Marelle le podcast qui place la poésie sur écoute).

- Quel bilan retirez-vous de ces 365 ateliers ?

J’aime travailler sur des projets ambitieux qui s’inscrivent dans le temps, ici la rédaction du texte s’étale sur plus de six ans, mais l’expérience ne s’arrête pas une fois le projet terminé, une fois l’ouvrage publié.

J’ai développé l’audioblog de lectures versatiles Page 48. Le principe de ce site, qui existe depuis janvier 2005, est simple, il s’agit d’une série de lectures de livres de différents genres (roman, poésie, essai), mais une seule page, la page 48, devenue réécriture orale collective, redessinant, via contribution de chacun, un paysage bis, une anthologie de ce qui nous rassemble, de ce qui compte.
Ce projet s’inspire d’un texte de Joe Brainard, I Remember, dans lequel l’auteur américain évoque ses souvenirs à partir d’une formule récurrente lui servant de leitmotiv ou de ritournelle et dont s’inspirera ultérieurement Georges Perec en publiant Je me souviens :

« Je me souviens d’avoir projeté de déchirer la page 48 de tous les livres que j’emprunterais à la bibliothèque publique de Boston mais de m’en être vite lassé. »

De la même façon que le projet d’audioblog sur les pages 48, qui est devenu avec le temps une bibliothèque audio collaborative de plus de 300 titres, et a fait l’objet d’un ouvrage poétique édité sur Publie.net, en avant marge, le travail sur ces ateliers d’écriture se prolonge toujours in situ par le biais des séances d’ateliers que je mène dans toute la France (notamment cette année avec les étudiants de Sciences Po Paris, les élèves du Collège Marguerite de Navarre à Pau où j’interviens pour la deuxième année), mais en ligne également sur mon site Liminaire.

- Vous animerez 2 ateliers d’écriture, au café de Dialogues, le 10 février prochain. Comment vont-se dérouler ces ateliers ?

Mes ateliers se déroulent toujours de la même manière. Je présente un texte et son auteur choisi parmi mes 365 ateliers de littérature contemporaine. Je lis un extrait de l’ouvrage et propose aux participants une piste d’écriture. Nous verrons dans ces ateliers comment capter l’art et la manière du texte court. Après un temps d’écriture, chacun lit son texte, car le principe de l’atelier d’écriture est de partager et d’échanger avec les autres, et la lecture à voix haute de son texte fait partie du processus. Lire et écrire sont indissociables. Le but de ces ateliers est de développer une écriture personnelle créative. C’est une activité ludique. Je propose des exercices qui sont autant de chemins vers une pratique poétique de la langue écrite, cela ne demande aucune connaissance particulière, simplement l’envie d’écrire.

Propos recueillis par Gaële Malgorn, pour la Mairie de Brest. L’interview est également sur le site Participation-Brest, à cette adresse : http://www.participation-brest.net/article2295.html

A voir également, les réponses à nos cinq questions, lors du dernier passage de Pierre Ménard à Brest, le 19 janvier dernier :

Pour plus de renseignements sur les ateliers d’écriture ou pour vous inscrire, vous pouvez demander Clémence au 02.98.44.32.01 ou lui adresser un message à l’adresse contact@librairiedialogues.fr.

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Écrire au quotidien : inventer le langage.

Écrire au quotidien : inventer le langage

Liminaire

L’ouvrage Comment écrire au quotidien est paru sur Publie.net en décembre 2010. Recueil de 365 ateliers d’écriture sur des ouvrages de littérature contemporaine, c’est aussi une anthologie. Ce texte poétique se construit sous forme de liste comme une litanie, manière de convoquer au quotidien des fragments du réel par le biais du langage et de l’écriture. Cette lente accumulation, ce processus d’inventaire, introduisent, par leurs associations versatiles, des invitations poétiques permettant d’appréhender autrement le monde qui nous entoure, d’en dessiner le mouvement sans cesse changeant, d’en inventer le langage.

Pour fêter la sortie de l’ouvrage Comment écrire au quotidien sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique, l’extrait choisi et diffusé aujourd’hui sur le blog de la Librairie Dialogues regroupe une courte sélection de fragments poétiques sur le thème du langage.

Rencontre avec Pierre Ménard, mercredi 19 janvier 2011, à 18h00 au Café de la librairie Dialogues.



Extrait du texte :

57.

Un mot en appelle un autre. De manière figurative par exemple : « Tracteur (fait lever la) POUSSIÈRE ». Ou de manière sonore : « Éboulis (produisent des) FLUX ».

86.

Explorer des territoires sauvages, interdits, dangereux ; raconter la guerre : l’horreur, le viol, la torture ; affronter la mort à travers la sexualité, ou la sexualité à travers la mort ; transgresser les lois, lever tous les tabous, afin de retrouver cet Éden perdu ; enfin faire parler une langue, un souffle, un chant, un langage futur, où « le sens a un son », où jaillissent les néologismes, les mots-valises, les échos de langues multiples, où la ponctuation elle-même est un personnage.

100.

Transmettre le ressenti brut de la langue, la parole, l’écriture, à la vitesse des mots. Dans une sorte de rumination, de mastication verbale, en prenant systématiquement à revers les règles habituelles d’expression, en jouant sur des redondances de séries, afin d’introduire d’infimes décalages, et de prendre distance avec ce que l’on écrit : une critique qui s’inscrit dans la langue elle-même.

165.

Écrire un texte composé de propositions philosophiques qui fait abstraction des substantifs en privilégiant, de façon exclusive, les modes impersonnels du verbe (infinitif, mais aussi gérondif et participes). Tenter l’expérience de la déconjugaison par laquelle le verbe, laissé intact, se déclinerait exclusivement à l’infinif.

255.

Dresser le portrait d’un groupe de jeunes désœuvrés, adolescents qui passent leur temps à « zoner » en rêvant d’ailleurs, chronique sociale d’une jeunesse que l’on saisit avec sens du détail et authenticité, dans sa gangue, dans sa langue, en une forme travaillée, qui exploite toutes les ressources syntaxiques, rythmiques, métaphoriques, lexicales. Intégrer l’argot jeune dans une langue hautement littéraire mais jamais artificielle.

283.

Écrire sur l’enfance un texte fragmentaire typographié exclusivement en lettres majuscules, avec une écriture qui croît de ses divergences, qui avance, qui douce nous vrille, opaque et découverte. L’enfance en vignettes où la perception oscille sur la frontière labile entre intérieur et extérieur, subjectif et objectif. L’enfance qui autorise un rapport au langage frontal et sans complaisance.

298.

Donner la parole est un acte aussi libérateur que créateur. Écrire dans cette perspective un texte qui prend l’allure d’un travail de remembrement empruntant les deux mouvements possibles de l’écriture : écrire dans et écrire à partir de. Une tentative d’unification par et dans la langue qui témoigne d’une parole que nous ne pouvons atteindre, une sorte d’envers de la langue : son négatif qui reste enfoui sous ce que nous disons, qui nous en sépare, alors même que nous le disons pour tenter de l’atteindre.

300.

Écrire un texte sur un point particulier d’un lieu banal accompagné d’une photographie en tentant de décortiquer, en textes courts et en images, la conscience composite et obsédante que l’on a de cet endroit, généralement mal aimé, pratiqué quotidiennement et haut-lieu de son histoire familiale. La langue affronte le monde immédiat, mais doit faire résonner dans l’arbitraire du quotidien tout ce qui intérieurement nous porte, exigence de décryptage, de mémoire, d’ouverture aux signes.

359.

Le poème est un langage qui naît de la destruction d’un langage, de sa réarticulation « autour d’un fond nerveux à haut risque. » Miettes et lambeaux que le langage dans son impossible réconciliation avec le monde tente d’atteindre. Une mise en mots aux allures de mise en pièces, découpes au scalpel dans l’à-vif d’une radicalité qui force l’attention, touche aux limites.

360.

Consigner au jour le jour dans des carnets de notes, un ensemble de réflexions personnelles, la plupart du temps elliptiques, brèves, percutantes, sans un mot de trop, dans un souci extrême d’exactitude, des citations au cours de lecture, des fragments d’entretien, des retours théoriques sur certains aspects de son travail, une méditation sur l’écriture, un art poétique.

Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture de Pierre Ménard est diffusé sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique depuis décembre 2010.

ISBN : 978-2-8145-0365-6

Liste des ateliers en question :

BiMOT, Julien Blaine, Les Éditeurs évidant, 1990.

Éden, éden, éden, Pierre Guyotat, Gallimard, 1970.

À la bétonnière, Arno Calleja, Le Quartanier, 2007.

Croire devoir penser, Emmanuel Fournier, Éditions de l’Éclat, Collection Premiers secours, 1996.

Polichinelle, Pierric Bailly, P.O.L., 2008.

La nuit d’un seul, Mathieu Brosseau, La Rivière échappée, 2009.

Alphabet, Dorothée Volut, Eric Pesty Editeur, 2008.

Abruption, Patrick Wateau, Atelier La Feugraie, 2002.

Montparnasse monde, Martine Sonnet, Publie.net, 2009.

La poésie entière est préposition, Claude Royet-Journoud, Éric Pesty Éditeur, 2007.

Extraits sonores :

300.

Montparnasse monde, Martine Sonnet, Publie.net, 2009.

Source son :


365.

La poésie entière est préposition, Claude Royet-Journoud, Éric Pesty Éditeur, 2007.

Source son :


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Photographies : Pierre Ménard, 2010.

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Écrire au quotidien : remonter le temps

Liminaire

Dès le début du projet de mise en ligne hebdomadaire d’ateliers d’écriture en janvier 2004 sur le site Marelle : Zone d’Activités Poétiques, et depuis 2010 réunis sur le site Liminaire, j’ai su que l’entreprise s’arrêterait au bout d’un certain temps, et très vite je me suis arrêté sur le chiffre symbolique de 365 ateliers. C’est l’époque où l’on m’avait offert un livre proposant un jeu par jour et je trouvais la forme de l’agenda très intéressante. On écrit tous, on peut tous écrire, mais il n’y a que dans la régularité de cette pratique que l’on devient écrivain. C’est pourquoi j’ai nommé cet ouvrage : Comment écrire au quotidien.

À cette occasion et pour fêter la toute prochaine édition de l’ouvrage Comment écrire au quotidien sur Publie.net,  coopérative d’auteurs pour la littérature numérique, l’extrait choisi et diffusé aujourd’hui sur le blog de la Librairie Dialogues regroupe une courte sélection de fragments poétiques sur le thème du temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait du texte :

138.

Recenser ces objets utilitaires connus de tous, si proches de notre quotidien que l’on a perdu aujourd’hui le sens de leur présence. Ces objets patinés par le temps, nus comme au premier jour, ici réellement animés. Une évocation chargée de sentiments dans le déploiement, peut-être dialogué, du souvenir.

224.

Faire le récit de la vie d’un homme à partir de son emploi du temps, restituée sous forme de planning. Entre rendez-vous et notes de travail, l’agenda devient recueil de pensées mêlées.

253.

Tension vers la poésie, s’enfoncer dans le paysage, avec des textes courts, passerelles entre peinture et promenade. Sensations sur les saisons, le temps qui passe, le travail des jours et des nuits, la marche dans la campagne, la création, la pensée. Écrire ensuite une lettre pour un ami et lui raconter ce que l’on vient de vivre, ces heures creuses.

266.

Penser ce qui a été. Penser ce qui sera : le bloc du futur s’insinue déjà par les fissures de la personne que chaque instant défait. Et penser le présent — lequel n’existe pas. Aller vers l’opacité silencieuse du monde. Les choses nous portent et bouleversent ce bref instant que nous traversons. Recomposer tout ce qui vient séparer les mots de nos perceptions par des phrases-vagues qui déferlent sur les bords de la page ou de la vie.

277.

Écrire l’amour lancinant éprouvé pour l’autre quand il n’est plus là. En une seule phrase, une litanie amoureuse, qui s’articule en spirale obsessionnelle autour d’un monologue intérieur fait de brisures et d’élans, expression d’un temps arrêté, en boucle répétée comme une chanson qui nous revient en mémoire et ne nous quitte plus.

286.

La biographie est ou une science, ou un art, ou une manière d’aborder les grandes questions. Résumer les derniers moments de deux personnalités, artiste, scientifique ou politique et en chercher le sens. Faire le bilan de ses vies qu’on aborde par le regard d’un tiers, dans deux monologues qui se répondent en écho puissant et imagé, et poser en somme les mêmes questions du sens de la vie, du sens de l’œuvre, qu’elle soit artistique ou scientifique. En abordant la création au présent, nourrie par la mémoire du passé, raconter avec allant et sans concessions, mais non sans ironie, comment ce qui est provisoire dure alors même qu’on le croit disparu, et comment disparaissent sans les mots ceux qui ont le tort de ne croire qu’au pouvoir pour contrer l’éphémère.

294.

Écrire un ensemble de textes, autant de fragments qui se répondent et se mêlent sur la part d’étrangeté qui façonne l’humanité. Esquisses des gestes posés, allumer un geste / un autre / comme on lance les mains / vers une balançoire, des lieux évoqués, des sentiments partagés ou défaits. On retrouve, à travers une écriture tissée, avec un souci aigu de la forme, un lent assolement des images, un impressionnisme de la concision, des thèmes essentiels, la vie au-delà du jeu, l’enfance et sa mémoire, les blessures (le bonheur est à ce prix), le temps qui passe et nous dépasse.

337.

Résumer la vie d’un être en trois courtes phrases, dont la première est il est né et la dernière il est mort. Au centre du triptyque, d’une phrase sèche, prise dans cette tenaille, cette parenthèse existentielle, dans la tension de l’entre-deux, souligner d’un trait la beauté, l’absurdité, l’énigme, la force ou la cruauté propre à toute biographie. Dans la poursuite de cette litanie, tenter d’écrire l’impossible nécrologie du vivant.

357.

Mimer les articulations propres au rêve fait de condensations, de rapprochements et de raccourcis, en contribuant à la saisie d´un entre-deux dans de courts textes qui lient ainsi des espaces et des temps séparés. « L’écriture véritablement poétique est celle qui se fait l’écoute de l’inconscient. » Tenter en même temps de mieux saisir une plus profonde réalité faite essentiellement de brèves durées.

360.

Élaborer un fantastique pour aujourd’hui avec les figures de la ville (parcours, surgissements, mise à nu du tragique et de ses ressorts), la profondeur infinie du monde, de la nuit (le réel nous advient comme bruit et comme image), du voyage dans l’imaginaire et le rêve. Épiphanies d’instants photographiés ou galeries secrètes du monde, visages, sons, histoire fractionnée et multiple qu’est le présent.

Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture de Pierre Ménard est diffusé sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique en novembre 2010.

ISBN : 978-2-8145-0365-6

 

 

 

 

 

 

 

 

Liste des ateliers en question :

Objets de grande utilité, Jean-Loup Trassard, Éditions Le Temps qu’il fait, 1995.

Planning, Pierre Escot, Editions PPT, 2007.

Les heures creuses, Véronique Gentil, Pierre Mainard, 2007.

Sentes dans le temps, Jean-Claude Schneider, Éditions Apogée, 2001.

Mad about the boy, Emmanuel Adely, Éditions Joëlle Losfeld, 2003.

L’artiste, la servante et le savant, Patrick Roegiers, Éditions du Seuil, Collection Fiction & Cie, 1997.

C’est pas un jeu, Françoise Lison-Leroy (dessins : Jean-Claude Saudoyez), esperluète éditions, 2008.

L’homme de profil même de face, Charly Delwart, Seuil, Collection Fiction & Cie, 2010.

Rue Traversière et autres récits en rêve, Yves Bonnefoy, Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 1998.

Anticipations, Arnaud Maïsetti, Publie.net, 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

Extraits sonores :

224.

Planning, Pierre Escot, Editions PPT, 2007.

Source son :


277.

Mad about the boy, Emmanuel Adely, Éditions Joëlle Losfeld, 2003.

Source son :


 

 

 

 

 

 

 

 

Photographies : Pierre Ménard, 2010.

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