Entretien avec Jean Rohou

Ce mois-ci, Jean Rohou sera notre invité le jeudi 4 octobre, pour nous présenter son ouvrage Catholiques et Bretons toujours ? (éd. Dialogues). Cet ouvrage précisément documenté est nourri de réflexions sur la religion en Bretagne, du Moyen-Âge à nos jours, et parsemé d’anecdotes piquantes et révélatrices.


Jean Rohou, après Le Christ s’est arrêté à Rome, vous publiez un nouvel essai sur la religion en axant votre réflexion sur la Bretagne. Pourquoi ce focus sur l’histoire de la religion en Bretagne ?

Le Christ s’est arrêté à Rome montrait la contradiction entre l’Église et l’Évangile. Ce livre-ci raconte l’histoire de la religion en Bretagne, où elle a eu plus d’importance que dans la plupart des régions.

Quels sont, selon vous, les événements majeurs de l’histoire religieuse en Bretagne ?

Voici quatre faits majeurs :

- une christianisation différenciée : forte au Sud-Est (Loire-Atlantique, Morbihan oriental, Sud-Est de l’Ille-et-Vilaine) par les autorités, et au Nord-Ouest (Léon) par les immigrés et leurs moines, moindre au centre. Ces différences ont persisté jusque vers 1960 ;

- les missions spectaculaires du xviie siècle qui ont vraiment christianisé et moralisé les gens et même les prêtres, souvent buveurs et même paillards jusque-là ;

- la Révolution : initialement très favorables, les prêtres bretons ont très majoritairement refusé des mesures maladroitement autoritaires, ce qui a conduit à une répression meurtrière ;

- les violents affrontements, de 1880 à 1907, entre le clergé, soutenu par la population, et des gouvernements anticléricaux qui envoyaient des centaines de soldats expulser quelques religieuses.

Auriez-vous une anecdote étonnante à nous raconter ?

J’en raconte beaucoup. En voici deux :

- la croisade de l’évêque de Quimper, en 1932, contre la "pornographie", qui en fit une vedette du Canard enchaîné ;

- l’étonnante formation artistique et civique au petit séminaire de Pont-Croix vers 1935 : chorale, orchestre, théâtre (même Le Jeu de l’amour et du hasard) ; débats d’actualité : fascisme, communisme, guerre d’Espagne.

Quelle fut votre propre expérience de la religion ? Est-ce sans aucun doute que vous vous proclamez athée ?

Si à quatorze ans, on m’avait demandé si Dieu existe, je n’aurais pas compris la question. Aujourd’hui je ne comprends pas que l’on puisse croire ce que je croyais alors et que croient plusieurs de mes amis. Cela prouve la variabilité de nos convictions. Rien de plus.

Là encore, vous n’émettez pas de jugement ferme mais laissez ouverte la réflexion. Quelle voie emprunte aujourd’hui la religion en Bretagne ? Peut-on encore dire Bretons et catholiques toujours ?

Jamais, toujours, sont des mots à éviter. Dans ma paroisse, 98 % des gens allaient à la messe tous les dimanches jusqu’en 1960. Aujourd’hui, personne de moins de cinquante ans n’y va régulièrement. Mais en 1793, 1830, 1900, on a déjà annoncé la mort de la religion. Aujourd’hui, la civilisation matérialiste nous donne tant de satisfactions que nous n’aspirons plus à un autre monde ; mais elle est en crise, et un jour on trouvera peut-être que le bonheur humain ne peut pas consister dans la consommation. Aujourd’hui, le Vatican contredit tellement nos mœurs et nos idées qu’il discrédite l’Évangile ; mais l’Église finit toujours par accepter l’évolution historique – avec beaucoup de retard.

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Hommage à Jean-Paul Rocher

Jean-Paul Rocher, un homme et un éditeur très à part ,
mort le 8 septembre

Jean-Paul Rocher, mon fidèle éditeur pendant près de quinze ans, me demandait il y a peu : « Qui t’a impressionnée dans la vie ? » Spontanément j’avais répondu : « Toi. »

Je précise aujourd’hui ma pensée. Des mots résument cet homme qui vient de mourir : intuition, exigence, vigueur, intégrité.

C’est un homme qui fonctionnait sur de puissantes intuitions. Homme ingérable et qui gérait donc seul sa maison d’édition. Sa force reposait sur une « terrible » simplicité, sur un flair de bête. Il sentait le monde et n’avait nul souci de le ménager : naturellement porté à ignorer les médiocres, trop à part pour s’insurger contre eux, il allait son chemin, à l’écart de la foire aux vanités. Trop puissant pour prendre des gants avec qui que ce soit, il a payé cher le refus du compromis et le refus de s’incliner devant les exigences du marché du livre. Assumant le risque de négliger les médias, il est resté peu connu du grand public, des libraires aussi. Éditeur anarchisant et toujours à court d’argent, il n’a jamais demandé une aide, une subvention à l’État. Je le lui reprochais parfois. Il me répondait invariablement : « Je ne vais pas réclamer une louche d’une soupe dans laquelle je crache ! » Personnalité hardie, généreuse.

Au vrai, ce ne sont pas les phrases qui l’intéressaient, mais la coulée de la vie à travers elles. Et la coulée de la vie, c’est l’encre, c’est le vin, c’est la qualité de nos sentiments, c’est la poésie, — celle d’Armand Robin, le poète breton « réfractaire », celle de Walt Whitman dont la réédition de Feuilles d’herbe, avec un tirage de tête illustré par Ronan Barrot, fut un de ses derniers livres.

La démarche éditoriale de Jean-Paul Rocher ? Rappeler au lecteur comment des plaisirs ont, durant des siècles, accompagné le plus naturellement du monde la vie des hommes et des femmes avant que le « tout-social » ne les réduise à l’état de citoyens-consommateurs, et qu’ils soient devenus — comme ils furent sujets du roi — sujets du principe de précaution ».

À des lieues de l’esprit sadien qui continue d’inspirer une certaine littérature, ses choix éditoriaux n’étaient pas fondés sur la jouissance coupable de plaisirs interdits, au contraire sur le plaisir innocent qu’il y a à goûter, dans une convivialité saine et détendue, les fruits d’une nature généreuse. Il désignait au lecteur une terre libre et heureuse, étrangère à la notion de faute, et où il fait bon déguster les saveurs maintenues du monde.

Cet éditeur singulier, proche de Marcel Lapierre, le pape du beaujolais, et qui a réédité les textes fondamentaux et scientifiques du grand oenologue Jules Chauvet sur le vin naturel, a formé mes papilles, m’a enseigné la gastrosophie.

Ancien ami de Guy Debord, Jean-Paul riait des émules du maître : il avait dépassé tout ça. Ce n’est pas qu’il n’était pas là où on l’attendait : là où il était,  c’est lui qui avait fixé le lieu et c’est lui qui nous attendait ; on l’y rejoignait ou non, c’était à prendre ou à laisser. Et parce qu’il en imposait, il donnait envie de le rejoindre dans son ailleurs, dans sa « cabane de la pensée ». Il y a publié des textes de Louise Michel et d’autres auteurs marqués par l’indépendance d’esprit ; il a réédité des ouvrages sur le lettrisme et il aimait publier des textes anciens oubliés, or d’une puissante actualité.

Nous avons beaucoup parlé autour d’une table, au restaurant Le Pré Verre qui était notre QG. Que de heurts ! Mais lui ayant reproché son mauvais caractère et d’être tumultueux, je finissais, bien que parfois au bord des larmes, par rendre à César ce qui était à César et m’incliner devant une perspicacité impossible à prendre en défaut, une sagacité « à toute épreuve » et cinglante : ce qu’il disait avait la force et l’évidence de ce qui a traversé l’épreuve du feu. Dans sa bouche, jamais un propos convenu, toujours des arguments imparables ;  dans la mienne, combien de fois : « Oui, tu as raison. »

Pourquoi est-ce que je figure dans un catalogue qui n’est pas particulièrement littéraire ? Parce que l’historien et journaliste Pierre Sipriot, qui s’était pris d’affection paternelle pour lui et avait pour sa personne une grande estime, avait organisé notre rencontre et nous avait, en mourant, remis l’un à l’autre ; aussi parce que le regard que je porte sur le monde correspondait à son projet éditorial.  Depuis notre rencontre en 1998, nous avons marché l’amble en travailleurs complices.

Homme de goût, il fabriquait de beaux livres. Il avait appris le métier du livre chez un libraire d’ancien. L’amour pour la belle matière lui en était resté. Papier, typographie, couverture, marges, rabats, tout était soigné. Un livre devait être esthétique autant que bon. Et tant pis, si cela coûtait. Gagner de l’argent n’était pas l’important. Pourquoi eût-ce été important ? Pour se payer des plaisirs luxueux, or misérables ?

Ce bon vivant était aussi un homme frugal, et cet homme tempétueux, le plus tendre de tous. Il venait d’un milieu pauvre. Il n’y a eu personne pour lui payer des études. Self-made man. Je lui ai demandé un jour : Qu’est-ce que tu aimes dans la vie ? Offrir, m’a-t-il répondu sans hésiter. C’est dire que cet homme qui n’avait pas un sou multipliait les pains.

Il m’a offert sa puissante intelligence du monde. J’avoue que nul ne m’a influencée, éduquée, modelée autant que lui. Sa très riche compagnie a du reste modifié et ennobli tous ceux qui l’ont fréquenté.

Doué d’une vision radicaliste et communiquant par contagion son dédain de la pensée formatée, cet homme libre comme il en est peu prenait sans effort (nul besoin de reprendre) toute chose à la base. Un seigneur. Et une sorte de Samson qui renversait, pour aller son chemin d’intelligence et de supériorité, les colonnes d’Hercule, jusqu’à ce que le cancer ne soit venu, un an après qu’il fut tombé malade, à l’âge de 62 ans, le priver de ses dernières forces le matin du 8 septembre.

Qu’il me soit permis de citer une phrase de Ce que dit le vent d’ouest, le premier de mes livres publiés par Jean-Paul Rocher, phrase qu’il m’est douloureux de citer aujourd’hui à son sujet : « La résurrection est la lumière dans laquelle nous tenons ce que nous avons perdu. »

Claire Fourier, Prix Bretagne 2012

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Dialogues avec ACT éditions

Bertand Joliet nous a fait la grand gentillesse de répondre à nos questions sur ACT Editions, dont le travail nous a interpelés.

Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir que nous à découvrir cette nouvelle maison.

1. D’où vient ce nom, ACT ? Aviez-vous songé à d’autres noms possibles ?

Au tout début, lorsque ACT n’en était qu’à l’état de projet, nous l’appelions « Toutes Mains », du titre du premier ouvrage, parce que cela correspondait aussi à notre façon de faire : comme une femme ou un homme toutes mains, nous faisons tout nous-mêmes, avec les moyens du bord, depuis les choix éditoriaux jusqu’à la distribution, en passant par les corrections, la maquette, etc.

Mais l’allure de ce nom, « Toutes Mains », en plus de la redondance avec le premier titre, nous semblait au fond un peu élitiste jusqu’à ce que nous remarquions que les initiales de la principale instigatrice de ce projet étaient A.C.T., donc ACT… dont ACT.

Il n’y avait plus à réfléchir, le nom était trouvé, tout était dit de ce que nous voulons faire de cette maison d’édition.


2. Quand et comment votre aventure a-t-elle commencé ? Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?

Nous avions chacun l’envie très forte de monter une maison d’édition depuis très longtemps, freinée avant tout par les coûts d’impression.

Il y a eu à la source du projet deux rencontres : la première avec Rimbaud sous la forme d’un fac-similé de la première édition de « Une saison en enfer », et le nom de l’éditeur en bas de la couverture « alliance typographique (M.-J. Poot et compagnie) 37, rue aux Choux, 37 ». On s’est dit qu’on aurait bien aimé être à la place de Jacques Poot…

La deuxième rencontre est celle de l’imprimerie Evidence et de sa directrice, Annie Angeli. Spécialisée dans les courts et moyens tirages. Evidence travaille pour de nombreux et illustres éditeurs et utilise des technologies très récentes qui permettent de baisser les coûts de productions, et rendent les choses tout simplement  possibles pour un oisillon d’éditeur comme nous. Outre les avantages techniques d’Evidence, nous avons surtout trouvé la passion du livre et une gentillesse de toute l’équipe qui ont fait d’Evidence le déclencheur réel de ce projet.

Quant aux difficultés… voilà juste un passage de Conrad dans Typhon : « Des sales temps, il en avait connu, parbleu ! Il avait été saucé, secoué, fatigué comme de juste ; mais tout cela dont on souffrait le jour même était oublié le jour suivant. Si bien qu’à tout prendre, il avait raison, dans les lettres à sa femme, de parler toujours du beau temps. »

3. Combien de titres comptez-vous publier à l’année ? Comment sont-ils dictés ? Comment s’insèrent-ils dans vos collections ?

Nous comptons publier un titre par mois, sauf au mois d’août. Nos choix sont dictés simplement par le désir de voir un livre exister. La question des collections, nous ne nous la posons pas sérieusement, chaque livre nous semblant unique, mais nous imaginons que des collections vont finir par se créer spontanément  au fur et à mesure des publications, comme dans une bibliothèque où petit à petit les livres trouvent leur place. Nous avons aussi un goût certain pour les textes atypiques, qui ne statuent pas trop vite pour le genre où ils se rangent, les livres libres.
4. Vous portez un soin tout particulier à l’aspect de vos livres. D’où vient ce souci du détail ? Où les imprimez-vous ? Comment travaillez-vous le rapport texte / image ?

Ana est graphiste et Bertrand est peintre, si bien que l’image est une première nature chez nous. C’est le livre en papier que nous avons envie de publier et de défendre, avec aussi tout ce que cela implique dans le rapport à l’objet lui-même : une matière, un format, un poids dans la main et, bien sûr, tout ce qui est dans la relation visuelle au texte et à ce qui l’accompagne ou le porte : la maquette, les illustrations (sans jamais oublier le mot de Louis Pons : « l’illustration est la verrue du texte ») et, primordiale, la typographie.

Pour les images, hormis les livres pour enfants, l’idée maîtresse est que l’image soit relativement indépendante et liée au texte par une relation poétique et non pas strictement illustrative.

5. Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?

Nous sommes deux, Ana et Bertrand, et nous faisons à peu près tout ensemble, à part la maquette où Ana est Grand Manitou. La seule règle est de savoir qui des deux a le temps…

6. Y a-t-il un livre que vous auriez aimé éditer ? Lequel ? Pourquoi ?

Bertrand : c’est une question impossible ! à peu près tous les livres que j’ai lu, de Oui-Oui à celui que je suis en train de lire ; j’allais répondre The Waste Land d’Eliot, puis je me suis ravisé pour Leaves of Grass de Whitman, qui m’a fait penser à Lorca, puis au regretté Khair-Eddine, à Pessoa… et, voyant que mes premières intentions allaient vers des poètes, j’ai tourné casaque vers des romanciers, Beckett, Balzac,  mais aussi des auteurs de SF, Dick, Silverberg, Stephen King ou de polar comme Léo Malet ou Chester Himes ; et encore Diderot, Sarraute, Cicéron ou Omar Khayam… impossible de choisir !

Ana : c’est une question terrible et il m’est bien difficile d’y répondre ! ACT c’est aujourd’hui, c’est demain et dans cette question j’entends déjà l’écho du passé, d’une fin. C’est comme si vous demandiez à quelqu’un ayant déjà bien vécu de retracer toutes les choses qu’il regrette de ne pas avoir fait, vu, senti, écouté, goûté… tous les rêves auxquels il nous faut renoncer. Finalement, je la trouve même un peu cruelle cette question, vous ne trouvez pas ? Alors, plutôt que de penser aux livres que je n’éditerai jamais, je préfère me réjouir de ceux qui vont venir. J’espère préserver le plus longtemps possible l’enthousiasme suscité par cette formidable aventure pour bien les accueillir et leur donner la place qu’ils méritent, leur offrir une véritable existence. Et l’audace de cette maison d’édition je la dois en partie à la rencontre de tous ces merveilleux livres que j’ai pu lire, qui m’ont émue et fait grandir. Désormais, ils n’ont eu de cesse de m’accompagner et de guider ma route.

7. Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler!) ?

Le premier projet est de continuer, en respectant nos volontés fondatrices : autofinancement, essayer de faire sans subventions ni mécénat, pas de numérique, distribution uniquement dans les librairies indépendantes…

Dans l’immédiat, les deux prochains titres – des recueils de poésie, Robert Priser « Bleu était le vent » et Olivier Ragasol, « le Beau idéal ». Puis viennent dans le désordre des livres pour enfants, des guides pratiques (nous préparons un condensé de grammaire française par exemple, et un livre de cuisine très hors norme…), un court roman épistolaire, polar d’anticipation de Tanguy Lohéac… douze projets sont sur la planche.

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Bartabas et le théâtre équestre Zingaro présentent Calacas !

Le Quartz présente du 28 septembre au 21 octobre le spectacle équestre CALACAS de Bartabas

et propose aux détenteurs de la carte fidélité Dialogues de bénéficier d’un tarif préférentiel (*)  pour l’événement brestois de la rentrée.

EN EXCLUSIVITE EN BRETAGNE !

Sous le chapiteau du théâtre équestre Zingaro, sur le site des ateliers des Capucins, avec 28 chevaux, 10 cavaliers-voltigeurs, 4 musiciens, Bartabas, créateur inclassable, a imaginé une piste au dispositif totalement inédit, proprement déroutant.

A l’espace central du grand chapiteau s’ajoute une couronne circulaire au-dessus des gradins où est assis le public. La horde s’envole alors sur la voute céleste dans un galop jubilatoire, chevauchée par des morts-vivants voltigeurs…

Préparez-vous à entrer dans une danse de l’âme joyeusement macabre, déroulée sous vos yeux autant qu’au-dessus de vos têtes. Un double carnaval endiablé mené au son du tambour des chinchineros, des fanfares mexicaines et des orgues de Barbarie.

Avec encore et toujours le cheval, le plus sûr animal psychopompe qui soit comme passeur, messager et ange gardien.

A PARTIR DE 6/8 ANS – durée 1h40
Pour plus d’informations, suivez ce lien

(*) modalités tarif préférentiel :
Tout l’ été et jusqu’à la veille de la première représentation, tout détenteur d’une carte de fidélité Dialogues peut obtenir 1 ou 2 place(s) adulte au tarif réduit "Dialogues" de 35€ (au lieu de 40€)
(les -18ans, étudiants, demandeurs d’emploi  bénéficient directement du tarif réduit 25€)
Préventes au Quartz uniquement.
- dès aujourd’hui : billetterie en ligne sur www.lequartz.com
(sélectionner 1 ou 2 place(s) au tarif "Dialogues")
- à partir du 31 août :  sur place au Quartz, 60 rue du Château ou au 02 98 33 70 70
Votre carte de fidélité Dialogues sera à présenter lors du retrait du (des) billet(s).
Offre strictement personnelle réservée aux détenteurs de la carte de fidélité Dialogues, offre valable jusqu’au 27/09/2012.

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Enola Game, le concours : les résultats !

Les éditions Dialogues, en partenariat avec l’association Clef d’œuvre Vive la lecture! ont organisé un concours d’écriture destiné à tous les lecteurs !

Il s’agissait de rédiger un article critique de 800 à 1400 mots présentant le premier roman de Christel Diehl, intitulé Enola Game, en imaginant que cet article sera ensuite publié dans les pages "culture" de la presse magazine ou quotidienne.

Le comité de lecture, constitué de professionnels du livre (libraires, écrivains, bibliothécaires etc.) et de lecteurs passionnés ont retenu trois articles, dont nous vous proposons ici la lecture.

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Enola Game, un huis-clos poignant et sensible

Enola Game. De quoi s’agit-il ? D’un jeu vidéo ? Le lecteur ne s’interroge pas très longtemps : il comprend vite que c’est bien un jeu. Mais un jeu de mots « sinistre », une allusion à cet avion qui largua sa bombe machiavélique sur Hiroshima, un jour de l’été 1945. Un jeu de mots qui plonge d’emblée le lecteur dans une atmosphère trouble et inquiétante, tout comme les premières phrases du roman, imprégnées de larmes et de cris muets, ponctuées d’interrogations sans réponses. À l’évidence, l’auteur, Christel Diehl, maîtrise les non-dits, les mots invisibles, les pensées intériorisées. Ne pas trop raconter, juste ce qu’il faut. Laisser le lecteur lire entre les lignes, deviner, se projeter au-delà de ses mots, elle y parvient à merveille. À lui d’accepter de trouver lui-même des réponses, à lui de participer à l’histoire et de la décoder avec sa propre carte du monde. À qui est-il confronté ? Quels personnages viennent peupler l’univers d’Enola Game ? Qui en sont les acteurs ? Principalement, une mère et sa fille : « elle » et « la petite ». Ni l’une ni l’autre n’ont de prénom : chacun peut ainsi se reconnaître dans ces personnages. Mais mère et fille ont un âge : l’une approche de la quarantaine et l’autre fête ses quatre ans. Si la reconnaissance identitaire est secondaire, l’ancrage temporel en revanche revêt une importance considérable. Pour qui d’ailleurs ? La mère, sûrement, qui « avant EnolaGame, pensait souvent à la quarantaine comme un cap maudit » ; la petite aussi, trop heureuse de souffler ses bougies ; Christel Diehl et son lecteur, enfin. C’est fort probable… Chercher ses repères pour s’y cramponner comme à une bouée de sauvetage, en créer de nouveaux, quoi qu’il advienne, contre vents et marées, pour continuer à vivre, trouver un sens à son existence, c’est bien là le leitmotiv obsédant de ce roman. Il y a toujours l’avant et l’après, ce qui a précédé et suivi « la grande lumière », « les déflagrations ». Quel est donc cet événement ? Nous l’ignorons, Christel Diehl nous laisse imaginer ce que nous voulons : catastrophe nucléaire, coup d’État, attentat… Peu importe : la nature exacte d’Enola Game est accessoire. Seule sa portée préoccupe l’auteur. À quoi une personne seule, coupée du reste de l’humanité – certes, mère et fille sont ensemble, mais chacune affronte seule sa souffrance, tel n’importe quel malade – à quoi peut-elle donc se raccrocher ? Quel sens peut-elle donner à ses actes, à sa douleur ? Comment continuer à respirer, à défaut de hurler, quand on est enfermé dans la « belle maison de pierre », témoin d’un bonheur révolu ? Comment ne pas basculer dans le déraisonnable, la peur incontrôlable, la violence dirigée contre soi ou un autre, invisible ? L’héroïne du roman, qui peut s’apparenter, par certains aspects seulement, à un Robinson féminin, va puiser dans ses souvenirs pour garder force et lucidité. Cependant, ce qu’elle vit n’a pas grand-chose à voir avec une robinsonnade. En effet, à l’inverse du héros mythique, captif de son île, elle ne peut faire corps avec les ressources naturelles, elle qui est prisonnière de sa propre maison et qui a perdu sa liberté. Elle n’a pas le droit de sortir de chez elle et les rares fois où elle s’offre le luxe de la désobéissance, le retour n’en est que plus amer. Ce qui fut autrefois un nid douillet, avec « son odeur de soleil caramélisé (…) où le bonheur était invité » n’est plus désormais que désolation et glace. Un univers kafkaïen, tel est le quotidien de la mère et de son enfant. Une atmosphère oppressante qui ne laisse guère de place à l’espoir, à une issue lumineuse ; « une infinie détresse » qui empêche de respirer. Un sentiment de culpabilité insidieux ronge petit à petit la mère : que faire pour protéger son enfant ? Son courage et son amour seront-ils suffisants pour la sauver d’un danger à la fois palpable (les soldats dans la rue sont bien réels) et mystérieux ? Jusqu’où est-elle prête à aller ? Car c’est là encore l’une des forces de ce roman : Christel Diehl ne s’épanche pas mais réussit, tout en finesse, à traduire la force et la fragilité des liens entre une mère et son enfant. Liens fusionnels car exacerbés par une situation extrême. Si cette mère réussit encore à se lever chaque matin et à singer les gestes de sa vie d’avant, c’est pour protéger sa petite fille. Et paradoxalement, cette petite fille est aussi sa plus grande faiblesse, l’aveu même de sa vulnérabilité. La petite n’est pas Vendredi : le lien indéfectible entre une mère et son enfant renforce autant qu’il fragilise. Grâce à une écriture poétique, fluide et exempte de fioritures, Christel Diehl parvient à entraîner le lecteur dans son univers. Chaque mot est ciselé, choisi avec soin. Chaque phrase a sa place, sa raison d’être. Chaque citation renvoie celui qui la reçoit à ses propres « ombres familières ». Ce style pudique, délicat, parfois sensuel, qui invite à l’introspection, peut désarçonner le lecteur pressé et vorace. Mais il ravit celui qui vit et savoure le texte en même temps qu’il le lit. La personne attentive remarquera combien les mots de Christel Diehl sont gorgés de sons, de saveurs et de couleurs quand ils évoquent le père de l’héroïne trop tôt disparu ou ses réminiscences magnifiées, des petits bonheurs négligés qui renaissent dès lors qu’ils retrouvent « le goût incomparable des choses comptées ». Enola Game a le ton qui convient à ce huis-clos implacable. Il traduit bien la nécessité de revenir d’urgence à l’essentiel, aux fondamentaux qui s’estompent peu à peu dans une société où tout déborde, où l’individu se noie dans l’abondance. Si son héroïne cède enfin à une envie impérieuse d’écrire, acculée par le destin, Christel Diehl, quant à elle, choisit de braver le temps. Elle ose l’arrêter dans sa course folle pour poser ses mots sur le papier et les faire courir « comme une armée d’insectes couturiers ». Sa plume sait réveiller en nous des souvenirs d’enfance, des peurs oubliées, des récits prenants comme celui d’Anne Frank, des films qui nous hantent des années après que nous les avons vus… Enola Game est de ces livres qui ne nous quittent plus…

Laurence Monnier

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Enola Game

 

Il aurait pu s’agir d’un jeu vidéo. Tout s’y prêtait. Le nom d’abord, qui aurait convenu à merveille à une attaque virtuelle de bombardiers habilement dirigés d’un joystick conquérant. Mais également le contexte, à la fois irréel et terriblement vraisemblable : l’auteur maintient savamment le doute sur la nature exacte d’Enola Game, ce brutal événement aux répercussions inouïes, spectaculaires ou plus insidieuses, à l’origine de l’interminable claustration d’une mère et de sa petite fille. Explosion accidentelle, attaque nucléaire, guerre chimique, civile ou mondiale ? Interrogée quant à l’événement qui l’a inspirée, Christel Diehl confie de manière anecdotique : « Une usine de fabrication d’engrais a explosé un été  tout près de chez moi : les déflagrations étaient assourdissantes, le ciel plombé, et une odeur étrange flottait dans l’air. Pendant de longues heures, personne dans le voisinage n’a su exactement ce qui était arrivé. En pareil cas, l’imagination prend très vite le pas sur la raison ».[1] L’auteur s’est également documentée sur Hiroshima pour écrire son œuvre, avant que Fukushima ne vienne dramatiquement lui faire écho.

Car c’est bel et bien d’un roman qu’il est question. Un écrit court, puissant, poignant. Chef d’œuvre de sensibilité contenue, d’efficacité redoutable. Et tragique hymne à la beauté fragile de la vie. Ici, chaque mot est compté, chaque formule travaillée. Dans cette forme épurée, les courts paragraphes s’enchaînent comme autant de salves d’intensité croissante, sans fioritures, vers un dénouement inéluctable.

Finalement, le nom d’Enola Game recouvre à la fois, dans l’esprit martyrisé de l’adulte désorientée, « un repère chronologique » et cette « pâte de temps qui s’étire depuis le premier jour, invasive et informe, constituée de molécules dont on ne sait pas le degré de nocivité. Intuitivement, elle a choisi le genre féminin. Le même que celui du mot tumeur, qui peut comme chacun sait être bénigne ou faire la maligne. »[2]

Isolées, calfeutrées, cernées par de mystérieuses tentacules indéterminées, mère et fille guettent anxieusement, jour après jour, un signe extérieur, une explication, une raison d’espérer. Dans cette arche de Noé des temps modernes qu’est devenue leur maison,  l’adulte tente, coûte que coûte, dans un combat de chaque minute contre l’angoisse et la douleur, de maintenir une vie décente et une sérénité optimiste, pour son enfant de quatre ans.

Mais dans ce déluge silencieux, moyens de communication, distributions alimentaires puis eau courante peu à peu se tarissent. À l’horizon cendré, scruté à la jumelle chaque nuit d’insomnie par des yeux avides et terrifiés, nul rameau d’olivier ne vient récompenser l’espoir tenace de cette mère esseulée.

C’est donc vers l’ultime grenier d’un passé idéalisé que l’adulte va se tourner pour alimenter cette réclusion de miettes de joie, de lumière et d’espérance. Privée du père de son enfant, de sa fille aînée, de sa mère et de ses amis, l’adulte revisite son histoire en même temps que son foyer : « Comme souvent, lorsque le désarroi la guette, elle déambule dans la maison à la recherche d’un objet familier qui aiguillonnera sa mémoire et lui rendra un peu des siens. »[3] Inlassablement, fiévreusement, goulûment, mère et fille distilleront chaque souvenir pour en récolter la précieuse essence, s’enivrer de parfums de cire d’abeille ou de tartes aux pommes, se délecter de cueillettes surabondantes ou de tendre massepain, se réchauffer de bourdonnantes chaleurs estivales et de rassurantes présences aimées. Au cœur de cette interminable réclusion où tout n’est que manque, restent ces ultimes richesses que la privation n’atteint pas : le temps et l’imaginaire. Et Christel Diehl de décrire avec bonheur et profusion tous ces petits riens quotidiens, autrefois tellement négligés ou survolés, aujourd’hui jalousement dégustés et raffinés. Elle aime à citer Mallarmé : « Ma faim qui d’aucun fruit ne se régale trouve en leur docte manque une saveur égale ».[4] Une vraie leçon pour le lecteur invité à « faire un bel usage de [sa] présence au monde » en prenant « le temps [d’en] saluer la beauté fragile»[5].

Un moment, l’auteur avait envisagé d’étudier cette réclusion du point de vue d’un homme emprisonné qui aurait perdu richesse et situation. Mais cette expérience solitaire aurait exclu l’infinie richesse qu’apporte à cette mère l’existence de son enfant. Christel Diehl, elle-même mère d’une petite fille pour la deuxième fois à trente-neuf ans, a souhaité « mêler à cet univers la présence d’un enfant, qui donne d’autres dimensions à la claustration : l’écoute, le partage, la transmission. »[6] Et, dès lors, la perspective est fondamentalement autre : c’est pour sa fille que l’héroïne va puiser jusqu’au tréfonds de son être le courage viscéral de se battre. « Avec la petite, elle se sent vulnérable. Elle est obsédée par la volonté de protéger son enfant du mieux qu’elle peut.»[7]

Cette mère dévouée s’évertue alors à inventer au quotidien, avec et pour sa fille, au moyen de pièces chaque jour plus minces, un puzzle merveilleux de fantaisie renouvelée et de régularité rassurante. Des draps péniblement lavés sous l’eau glacée, séchant devant un feu au trop rare combustible, émerge ainsi l’exclamation joyeuse de la fillette qui s’empresse d’agrémenter de guirlandes la tente improvisée, aussitôt baptisée « maison des rêves ». Comment ne pas repenser ici aux étincelles de joie qu’un père offrait à son fils en créant pour lui, avec une imagination extraordinaire et une ténacité poignante, un jeu-concours insolite au cœur même de l’enfer des camps de concentration, dans le film  La Vie est belle[8] ? Dans ces circonstances extrêmes, l’absolu dévouement des parents à la protection de leur enfant, en leur fournissant des ressources insoupçonnées autant qu’une endurance hors normes, constitue par ricochet le meilleur ressort pour leur propre survie.
Même temporaire.

Mais ces parents pleinement humains gardent pour eux l’angoissant pressentiment d’un avenir redoutable et la crainte d’un effondrement latent. Une peur croissante, décuplée par une imagination débridée que nul échange adulte ne vient ramener à la raison. « Elle craint que le courage la déserte. Cet étrange courage qui la fait avancer depuis le début, qui lui permet de donner le change à la petite et de gérer la pénurie de tant de choses. […] Elle aspire plus que jamais à l’amnésie trompeuse de ses rares moments de sommeil. »[9]

C’est dans un punching-ball improvisé, autant que dans l’écriture et la peinture, que la mère impuissante va déverser sa rage, sa peur et sa colère. Une colère à l’image de celle que l’auteur dit éprouver « face aux modèles sociétal et culturel qu’on nous impose aujourd’hui. La lecture – creuset de l’empathie – est en danger, on ne propose à nos enfants que des joutes électroniques et une marée d’images reflétant le culte de l’individualisme et de la consommation, au moment-même où la misère et l’obscurantisme gagnent partout
du terrain ».[10]

À l’opposé de ces impasses, l’auteur nous invite à décélérer, à nous « enivrer de tout petits bonheurs qui ne coûtent pas un sou »[11]. C’est ce chemin de sagesse, véritable testament, qu’indique l’héroïne à sa fille aînée en disséminant nombre de petits mots à son intention : « Le bonheur ne tient qu’à toi. Il te suffit de décider que chaque jour est une marche vers le plus haut du ciel. Gravis-la avec grâce. Mets-y de la ferveur et de la fantaisie. Et quand bien même l’un de tes jours t’a semblé être un jour de désespoir, un jour de reculade, un jour trébuché, redresse la tête et vise de nouveau les cimes. »[12]

Comme Kafka, Christel Diehl souhaitait un dénouement marquant : « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? »[13] Le coup de poing est là. Terrible. Mais c’est finalement au lecteur qu’est laissée la liberté de son interprétation : dramatique contre-exemple ou transmission réussie de cette leçon de vie ?

Quitterie Bestard


[1] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.
[2] DIEHL (Christel), Enola Game, Éditions dialogues, 2011, p. 49.

[3] Op. cit, p 87.

[4] MALLARMÉ (Stéphane), Poésies, 1945.

[5] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.
[6] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.

[7] DIEHL (Christel), Enola Game, Éditions dialogues, 2011, p. 48.
[8]La Vie est belle, Roberto Benigni, 1997.

[9] DIEHL (Christel), Enola Game, Éditions dialogues, 2011, p. 105-106.

[10] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.
[11] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.

[12] DIEHL (Christel), Enola Game, Éditions dialogues, 2011, p. 40.

[13] KAFKA (Franz), Lettre à Oskar Pollak, 1904.

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«Que reste-t-il quand il ne reste rien ? »



Il y a la vie avant Enola game, et la vie après Enola game. La petite l’appelle la grande lumière, mais qu’est-ce en réalité ? C’est un ravage.
Nous suivons le destin d’une mère et de sa fille de quatre ans enfermées chez elles contre leur gré. Jour après jour cette mère doit se battre pour sa fille ; faire semblant devient son quotidien ; alors elle replonge dans ses souvenirs pour puiser de belles choses à partager avec son enfant. La saveur de la pâte d’amande de sa jeunesse, la douceur d’un sourire, la pluie, le beau temps. Parfois, elle rêve, mais même les rêves deviennent cauchemars. Pour assurer leur survie, des militaires envoient des vivres aux habitants au pas de leur porte, mais il est interdit de sortir plus de quelques minutes car l’air a été touché lui aussi. La mère parfois s’accorde tout de même quelques instants de liberté dans son jardin, mais l’atmosphère y est tout aussi étouffante, comme si la nature n’était plus qu’un décor vieilli, une triste illusion. Puis, les militaires finissent par ne plus venir et sont vite remplacés par des vandales qui dépouillent sans pitié les gens. Christel Diehl nous raconte cette catastrophe aux allures de fin du monde sans fioritures ; les mots deviennent poétiques là où la poésie n’existe plus. Finalement, Enola game est peut-être une chance de « tout recommencer », se débarrasser des futilités et enfin devenir soi ! Une chose est sûre : l’auteur, en écrivant, dénonce le matérialisme auquel nous sommes tous en proie à cette époque où internet dicte les règles et où la télévision est reine. Ainsi, c’est un roman qui remet en question notre rapport au monde. La mère se souvient d’un temps où elle rêvait d’en avoir plus justement, mais maintenant qu’elle en a trop elle ne sait plus qu’en faire. Alors, inlassablement, elle écrit des vers qu’elle ne veut oublier, des pensées capturées à l’instant qui s’évanouit, elle écrit, elle écrit, jusqu’à ce que cela devienne une question de survie. C’est en lisant Enola game que nous prenons conscience de l’importance du rapport à l’autre mais aussi des mots, car c’est en couchant quelques lettres sur le papier que notre vie prend forme, et il en va de même pour des paroles échangées avec un être cher. Le style impersonnel qu’utilise Christel Diehl crée une atmosphère étrange ; mais alors que le « Elle» qui désigne la mère devrait nous éloigner du personnage, nous ne nous sommes jamais sentis aussi proches de quelqu’un. Ce huis-clos mère-fille est émouvant et d’une grande force, car il s’efforce de préserver la vie dans ce monde où elle n’a plus de sens. L’espoir devient alors le mot d’ordre de nos deux personnages, l’espoir d’un changement, l’espoir d’un  lendemain pour cette petite fille qui n’a encore rien vu du monde, et qui, avec ses yeux innocents aborde cette catastrophe avec candeur. C’est ainsi que se déroule un goûter d’anniversaire improvisé au coin de la cheminée, mais qui au fond n’a jamais été aussi chaleureux. Que les coups de feu incessants se transforment en feux d’artifices multicolores dans cette petite tête qui ne manque pas d’imagination. Finalement cet enfant pourrait bien être le sens, l’essence même de notre existence. Mais malgré cet espoir, l’histoire prend parfois des allures effrayantes et nous amène à nous poser des questions sur notre propre condition. En effet, pourrions-nous en arriver là ? Nous essayons d’abord de nous raisonner, « ça n’est qu’un roman ! », oui mais… Un roman bien réaliste ! Nous réalisons alors amèrement que nous ne sommes pas à l’abri de notre « Enola Game », ou devrait-on dire de la bêtise humaine. Il nous suffit de regarder autour de nous et l’on comprend que cette mère pourrait bien être la nôtre, et cet enfant notre triste reflet. Des héros de nulle-part mais des héros de toujours. Au fond, Christel Diehl nous livre en force tranquille une petite bombe qui ne peut que nous faire réagir. Je n’ai d’abord pas été enthousiasmée par ma lecture, mais au fil des pages, les frissons se sont emparés de moi et alors j’ai su qu’Enola game était un grand roman ! Il m’a parfois fait penser au livre Je suis une légende de Richard Matheson pour cette solitude et ce cataclysme. Mais parfois aussi à Fin de partie de Beckett car on ne sait jamais vraiment ce qui se passe dehors. La mère, parfois, se hisse en haut d’une fenêtre et observe le monde à travers ses jumelles, comme le personnage de Clov chez Beckett. Oui Enola Game est le roman de la fin de partie. Alors, «que reste-t-il quand il ne reste rien» ? Je vous laisse le découvrir, car Enola Game est une chose à vivre par soi-même et je ne voudrais pas vous en dévoiler d’avantage.

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Retour sur la Nocturne

La nocturne du 27 juin dernier à la librairie a été l’occasion de bien des rires et émerveillements, grâce à la Compagnie de l’Arbalète.

Grâce aux très belles photos de Caroline, nous avons la joie de partager ce moment avec vous…

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Wikiocean, le site des amoureux de la mer

"Splash", "Grrr !", "Eurêka", "Bulles", "Insolites", "Loups de mer"… Ainsi sommes-nous accueillis sur Wikiocean, le premier site transversal sur la mer (loisir, sport, écologie, science, exploration, spiritualité, culture, société).

Proposé par Hugo Verlomme et Laurent Masurel, Wikiocean est un lieu de rencontre, une plateforme où les amoureux de la mer peuvent communiquer entre eux. C’est un site participatif, comme l’indique son préfixe « wiki ». On peut donc y laisser des commentaires ou proposer des articles.

Dialogues et leslibraires.fr souhaitent la bienvenue à ce petit nouveau du web et vous invite à y naviguer régulièrement… Et pourquoi ne pas commencer par sa belle sélection de lectures ?

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