Les mots de Clara C., lectrice en dialogues

Les lecteurs de dialogues connaissent Clara C., à travers le regard sensible qu’elle porte sur les livres dans les chroniques postées sur le site de la librairie.

À la question, Clara, pourquoi écrivez-vous ? Elle répond simplement  : « j’écris sur un blog, j’écris parce que sinon, je n’arrive plus à vivre (nous n’arrivons plus à vivre, tous), à respirer. J’écris sur tout et sur rien, sur ce qui me mord le cœur ou le ventre.  Le départ peut être une conversation entendue dans le bus ou  un visage croisé dans la rue. Tout va très vite,  le texte vient de lui-même comme dans un film. L’imaginaire prend le relais ou je transcris ce que j’ai vu avec ma sensibilité. Les mots s’enchaînent quelquefois moqueurs, ironiques ou alors plus graves. Il y a le plaisir de trouver le mot juste, celui qui va former  une harmonie  ou qui sera une étincelle. A travers le blog, je cherche à  partager mes émotions et points de vue. L’humour et la dérision  sont  des armes implacables contre la bêtise humaine. »

Brest-La Hague, Les Déferlantes de Claudie Gallay

C’était la journée idéale pour te parler du livre « Les déferlantes » de Claudie Gallay. Mais, pour trouver les mots justes et surtout pour te montrer combien La Hague ressemble à Brest, j’ai voulu retrouver cette ambiance, cette atmosphère.

Ce matin, à l’heure où les gens sont encore confinés chez eux ou alors partis au travail, j’ai su que c’était le bon moment pour aller au port. Pourtant, le vent insidieux s’infiltrait, s’engouffrait dans le moindre espace vide et le ciel n’était qu’une chape grise. Voir le verre à moitié vide ? Non, j’ai préféré le voir à moitié plein. Je suis allée jusqu’au Cours d’Ajot qui surplombe la rade. Ce n’était pas l’heure des promenades ou des conversations échangées sur les bancs. Alors, j’ai apprécié pleinement cette tranquillité où les mots sont superflus, inutiles et où personne n’a envie de parler comme pour ne pas briser ces silences qui en disent long.

C’est une des vues que tu aimes : l’immensité de la mer qui s’étend devant toi et qui donne un sentiment de liberté. J’avais juste enfilé un blouson par-dessus mon vieux pull et relevé mon col. Mes cheveux dansaient devant mes yeux, emportés par le bruit singulier du vent comme une rumeur qui siffle aux oreilles. De là ou j’étais, je ne distinguais que quelques silhouettes empressées. Une par une, j’ai descendu chaque marche pour sentir au plus prêt le goût des embruns. J’ai marché le long des quais, les mains fourrées dans mes poches. Si tu avais été là, j’aurais joint mes doigts aux tiens comme dans un écheveau de laine. Quelques goélands faisaient des allers retours entre le bitume et l’Abeille Bourbon. Quand ils s’y posaient, ils observaient le moindre passage, le moindre changement de leurs yeux vivaces.

J’ai croisé un ou deux gars qui bossent pas loin dans les entrepôts. L’un d’eux avait sorti une cigarette et protégeait, tant bien que mal, la flamme de son briquet de ses mains tavelées par le sel. Ils m’ont fait un salut de la tête. Ce signe que l’on fait même si on ne connait pas mais qui dégage une forme de respect. Je crois que c’était l’étale : des remous blanchâtres et écumeux se brisaient puis se reformaient au gré du vent. C’est à ce moment que je t’aurais dit « La Hague, ça doit être pareil. Ce sont des endroits singuliers mais quand on en tombe amoureux, on ne peut plus s’en passer. » Tu aurais juste souri de m’entendre dire ça alors que souvent, je peste contre ce vent qui réveille mes douleurs.

Je ne sais plus combien de temps je suis restée à penser à tout et à rien. J’ai eu envie d’aller boire un café mais pas dans un de ces bars branchés. Non, dans un bar où les gens au comptoir discutent avec le patron ou lisent le journal. Un endroit où je me serais sentie à l’aise un peu comme à la maison.

Mais, comme je ne pouvais pas partager tout cela avec toi, je suis rentrée. Contrairement au personnage du livre, ce soir, je pourrais tout te décrire : les nuances de couleur, les vols des mouettes et le bruit du vent.

Un texte de Clara C., publié le 17 septembre 2009, sur fibromaman.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de son auteur

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