Paris sans suite et autre note

Pierre Jouve
Paris sans suite

Denoel

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Une bonne surprise « Paris sans suite », roman, premier roman de Pierre Jouve.

Il est artiste photographe, spécialisé dans les villes portuaires, et la brigade criminelle, quelque chose du côté moche des choses l’attire. Armé de son appareil, de ses relations avec le Préfet de Police, ce bourgeois chic, féru de psychanalyse plus ou moins ratée, cherche son chiffre, sa vérité, son désir, son corps, sa vie, à tombeau ouvert dans des voitures banalisées, fonçant gyrophares en tête dans les rues de Paris, ses zones pourries, ses banlieues défoncées, ses personnages glauques. Dans ce chiffre tant recherché, il y a le corps magnifique d’une mère détruite, défaite, malade, folle à force d’abandon par ses aimés, père, mari et fils. Lui, fils, devenu mari, si peu père, va se cogner à ce corps adoré, devenu abject. Il le rencontrera en des femmes sublimes, impossibles à satisfaire, ni à calmer, à force de fuir le fait de les aimer. Femmes qu’il tue et qui se tuent sous ses yeux-objectifs, yeux d’enfant voyeur, voyant, aveugle. Non né.

En ses multiples volutes dans sa ville, Jouve nous introduit à l’ambiance malsaine du monde flic, désespéré, à la lisière du crime, son non-sens ironique et sa brutalité. Lui faisant face, sur l’autre rive, l’arrogance et le mépris de la « Rive gauche » éditoriale, vieillie à force de narcissisme intellectuel.

Beau livre, d’une écriture à la pâte juste, dont la progression lente peut parfois faire craindre l’enlisement dans la complaisance d’une absence de vie.

Un Paris qui n’en peut plus de ne pas rejoindre sa splendide beauté !

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Et autre note
J’ai visité à Londres l’exposition Van Gogh au musée de la Royal Académie. son grand intéret tient au fait que sont montrées les œuvres qu’on ne connaît pas, ni soleils qui tournent, ni Arlésienne, ni Docteur Gachet, mais des travailleurs aux champs, semeurs dans la première période, et des paysages d’une grande finesse de tremblements dans les années qui suivirent Arles, Auvers sur Oise, jardins, sous-bois, champs, cyprès. Comme il le dit lui même « les toiles vous diront ce que je ne sais dire moi-même ». Et beaucoup de lettres et croquis à l’adresse de Théo son frère. Il est renversant de voir la production splendide de ce qui fut sa dernière année avant son suicide en juillet 1890.

Marie-Magdeleine Lessana

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