Chronique brouillonne d’une gloire passagère

Chronique brouillonne d’une gloire passagère
Jean Kergrist Préface De Jean-Bernard Pouy

Ma rencontre littéraire avec Jean Kergrist est très récente et je le regrette. J’avais vu ses livres à la médiathèque mais bizarrement j’avais toujours plus urgent à lire! Puis un jour j’ai acheté « Barouf à la campagne » et depuis je suis un lecteur qui rattrape son retard!
Cela démarre fort par « Sus au cons » et cela se termine encore plus fort par «  les cons, le retour ».
Mais entre les deux, 160 pages oscillent entre truculence et gravité, entre espoir et désillusions, sans amertume avec un sentiment de ne s’être jamais renié et d’avoir toujours été fidèle à ses principes.

D’anecdotes pour le moins étranges, comme louer une place de cimetière à l’avance pour être enterré en Face d’Armand Robin! Mais la malchance s’en mêle, une secrétaire oublie de le noter, et quelqu’un meurt avant lui. Personne n’est en vérité pressé de mourir et quelles relations peut-on avoir avec un voisin de sépultures? Ne dit-on pas muet comme une tombe!
La création fortuite du « Clown Atomique » est fort bien racontée, dire que ce personnage va changer sa vie pour plusieurs années et avoir beaucoup de successeurs.
Mais la vie d’homme public non formaté n’est pas évidente tous les jours quand un artiste dépend d’une subvention décrétée par copinage. Une carrière se joue sur une photo en première page d’un quotidien régional, ou se déjoue pour un commentaire lapidaire sur la même première page du même quotidien régional!
Beaucoup de pudeur dans l’évocation des années de galère, quand les dettes obligent à l’acceptation de tous les contrats, avec son lot de fortunes diverses. Le courant ne passait visiblement pas entre l’EDF et l’auteur, l’un était pour le nucléaire, l’autre pour une énergie classique !
J’ai regardé en début de semaine le DVD du film de Jean Kergrist « Le missionnaire ou la vengeance de Dahut », il est évident que l’argent manque, le générique final ne fut jamais tourné faute de moyens financiers! Et pourtant ce film mérite d’être vu, mais la Bretagne n’était pas prête a recevoir d’elle-même une image différente de celle collée à sa réputation. Elle n’est pas encore capable d’accepter qu’un missionnaire succombe au charme de Dahut!
De spectacles en tournées, la vie d’un homme qui se raconte et aussi se dévoile sans ostentation avec courage et honnêteté. De démêlées financières en problèmes administratifs, de coups d’éclats comme cet épisode. Suite à un manque de subvention de la mairie de Nantes, le conseiller artistique de cette ville ayant refusé une aide de 700 €, le spectacle qui descendait la Loire en péniche ne put avoir lieu. Ce même conseiller artistique venait de débourser 1 million263000 € pour le Royal de Luxe. Une quête permit de rassembler 2,108 kilos de pièces jaunes pour un montant de 17,07 € qui fut remis à la mairie de Nantes devant quelques journalistes! Je n’ai pas raconté tout le livre, à vous de chercher le reste!
Les personnages de ce livre sont à part une bande d’amis, (trop nombreux pour les citer tous) les créations scéniques de l’auteur (je ne parlerai pas des divers magouilleurs de tout poil et des hommes politiques tout bord, qui ne sortent pas grandis de la lecture de ce livre). Les amis, les vrais, n’ont pas besoin de moi pour se reconnaître. Les tontons ici ne sont pas flingeurs, mais dragueurs, la cousine pour qui il n’y avait pas que l’école qui était libre! Une anecdote trop amusante pour ne pas en parler, l’auteur était enfermé suite à un accident technique dans une chambre, ce fut Louis Guilloux qui servit, la pipe au bec, de pompier de service en hissant la grande échelle!
L’écriture n’est pas ici la qualité primordiale, ici c’est la véracité qui prime. Un homme se penche sur sa vie et le fait très humblement. Merci Maître Jean.
Un dernier mot, la préface est de Jean-Bernard Pouy, et elle vaut la lecture! Merci Jean-Bernard. Et bravo aux Éditions Keltia Graphic pour ce beau livre, agrémenté de nombreuses photos.
Extraits:
– Au retour du front on l’a toujours dans le cul.
– Plus facile de se faire oublier que de se faire connaître.
– Dans artiste il y a artisan.
– A croire que le théâtre est un art destiné à guérir les timides.
– Puis l’été 1978, je mettais un point final à mon aventure lyonnaise en rentrant définitivement en Bretagne, soulagé de pouvoir chanter avec Gilles Servat : « Je dors en Bretagne ce soir ».(Combien sommes-nous à avoir pris les paroles de cette chanson au pied de la lettre? Note personnelle.)
– Le film fit scandale auprès des dévots. Il s’en trouve en Bretagne de coriaces.
– Je me suis entraîné pendant des jours à imiter Tati dans sa tournée de facteur à l’américaine.
– J’expliquais aux badauds que, bien plus fort que Giscard et son « avion renifleur » j’avais dressé ce taureau de la Cogema à renifler l’uranium.
– En Bretagne on trouve tout ce que l’on peut imaginer.
– Honte d’être fils de paysans. Honte d’entendre mes parents parler breton à la maison. Honte de nos sabots et de nos blouses trop rêches.
Éditions : Keltia Graphic

Un coups de coeur et coups de gueule d’Yvon, lecteur et rédacteur (en chef) du blog Littérature d’Irlande, de Bretagne et d’ailleurs !

Un très beau portrait d’Yvon vient d’être publié par Livre et Lecture en Bretagne, N°21.

1 commentaire

Classé dans Coups de coeur(s), De la lecture

Une réponse à “Chronique brouillonne d’une gloire passagère

  1. Chef !
    Bonjour et merci. Le fait d’être effectivement le seul rédacteur fait de moi le rédacteur en chef.
    A bientôt.
    Yvon

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