Jeudi 22 avril, dans le Paris-Béthune

Très beau temps aujourd’hui, pris le TGV de 12h22 pour me rendre directement à Béthune – chose impensable à l’époque, évidemment. Serai de retour ce soir à minuit. Entre temps, deux arrêts que je connais : Arras et Lens.
Je suis partie pour faire des photos, cette fois (j’étais déjà retournée à Béthune il y a trois ou quatre ans, pour écrire les passages consacrés à la ville dans mon livre).

Ce que j’ai emporté :
dans mon sac à main :
− ma carte d’identité récemment refaite
− ma carte bleue, qui m’a permis de retirer mes billets à la gare vingt minutes avant le départ (souvenir de la file d’attente au guichet, gare du Nord, de la peur de rater le train)
− de la monnaie
− trois tickets resto (idem, inconcevable à l’époque)
− mon appareil-photo, avec prise pour recharger la batterie au cas où (le numérique a tout changé pour le cadrage)

(je me souviens avoir fait des photos à Béthune, de la gare à la Grand’Place, de la Grand’Place à la rue d’Aire, en 1989, d’un ciel très bleu bizarrement rendu au tirage)

− mes billets de train
− mon téléphone portable, qui me sert à savoir l’heure, à envoyer et recevoir des SMS (et à enregistrer du son)
− des stylos
− un trousseau de clefs
− de quoi écouter de la musique
− des comprimés de paracétamol
− des lunettes de soleil
Insoupçonnable de Tanguy Viel

dans mon sac de toile :

− ce journal de publication
− les 30 premières pages d’un manuscrit que je dois lire (ce que je ne ferai pas)
− un sandwich
− deux pommes

Béthune, 14h45, sur la Grand’Place :

En terrasse, au soleil. Comme toujours, il y a des travaux : on repave la place. Alternance de très jolis bruits de tintement (placement des pavés) et de tronçonneuse (?).
En descendant du train, j’ai effectué le trajet exact gare → MA en évitant la rue commerçante derrière le beffroi. Le trajet prend une demi-heure, peut-être vingt minutes en allant vite. Fait des photos : total, il est déjà 15 heures.
J’ai enregistré le beffroi : le bruit des travaux, la grosse moto qui traverse n’y étaient pas, une chance. Maintenant, je n’ai qu’une envie, me rendre au Furet du Nord, être parmi les livres. Puis j’irai dans la rue à boutiques
dans le parc
à la bibliothèque
etc.

À la médiathèque Elie Wiesel

Comment s’extraire de la ville ? En montant à la médiathèque, située en face du Furet du Nord, unique pôle culturel de la ville dirait-on (en réalité non, comme on le verra plus tard), prendre un livre sur le Nord Pas-de-Calais, se rendre où les étudiants étudient. C’est calme. Par la fenêtre, je vois le lycée tout en briques situé devant l’un des points de passage du trajet, une place avec friterie (elle y est toujours, et toujours fermée).
J’apprends que le TGV Paris-Lille a été inauguré par Mitterrand en 1993.
Note les noms des écrivains de la région : Alain Decaux, André Stil, Marguerite Yourcenar (Souvenirs pieux, 1974, Archives du Nord, 1976), Violette Leduc née à Arras.
Découvre que la dernière gaillette a été remontée du dernier puits de mine encore en activité dans le bassin du Nord Pas-de-Calais en décembre 1990.

Marie Desplechin, dans un livre sur le Nord :
« Et puis Boulogne a du panache. C’est là que débarque Charlotte Backson, comtesse de la Fère, lady de Winter, baronne de Sheffield, quand elle fuit l’Angleterre où elle vient de commanditer l’assassinat de Buckingham. De là, elle se réfugie à Béthune, au couvent des Carmélites, où elle empoisonne perfidement la douce, la ravissante Constance Bonacieux ».

Sur la table de la médiathèque :
« Vous êtes dans une zone de travail.
Le silence est de rigueur.
Le déplacement du mobilier n’est pas toléré.
Afin de protéger les documents il est interdit de manger et de boire.
Merci de votre compréhension.
La médiathèque. »

Dans un petit café-brasserie qui vend des glaces et des paninis

où je ne suis pas mécontente de m’arrêter après médiathèque/Furet du Nord/rue commerçante/rue d’Aire (nouvelles photos), en face du palais de Justice.
Je me pose quelques questions :
− il n’y a pas de resto à Béthune ?
− où les gens font-ils leurs courses ?
− dans la galerie commerçante, lugubre, que je viens de découvrir ?
Malgré le soleil et les lycéens, sensation que le dynamisme de la ville, qui m’avait frappé la dernière fois (par rapport à ce que j’en connaissais à la fin des années 80 ; Béthune était alors vraiment sinistrée) s’estompe.
La rue d’Aire est pleine de bagnoles.
Le parc boulevard Raymond Poincaré semble accueillant mais la pelouse est jonchée de cadavres de bouteilles de bière, parsemée d’éclats de verre. Chant des coucous, circulation au loin.
Quant à la librairie de la rue commerçante, elle est jolie, mais passe des chansons (fort, en plus), on croirait entendre Nostalgie ! J’entre : Véronique Sanson. Je ressors : Françoise Hardy. Je n’en reviens pas : la radio dans une librairie… Comment sont considérés les gens de Béthune ? Comment se concentrer, lire une quatrième de couverture ?
Deux librairies fermées sur le parcours.
Aucun livre sur le Béthune récent.

Au restaurant « La pataterie », 19 heures (le seul ouvert, et je suis la seule cliente)

Finalement, miracle, je découvre trois expositions d’art contemporain, place Clémenceau, dans l’ancienne banque de France (le lieu s’appelle maintenant Le Lab-Labanque). Enthousiasme et oubli, enfin, du refus par l’éditeur de Sophie de mon oloé sur les bancs de Paris.
Je discute avec la jeune fille qui m’accompagne dans les sous-sols de la banque, elle me demande le titre de mon livre : il existera donc pour quelqu’un à Béthune, ne serait-ce que quelques instants (en fait, j’enverrai plus tard au Lab-Labanque un exemplaire de « Franck », ils me répondront un mot très gentil). Néons au sous-sol, paroles d’adolescents sur l’amour au deuxième étage (les écouter assis sur l’unique chaise d’une pièce vide, changer de pièce) ; enfin, travail sur la jouissance et la toile de Jouy.
Béthune retrouve de la vigueur.

Dans le Arras-Paris

Pas d’annonce dans la gare, pas de lumière ou à peine, totalement seule, de nuit, sur l’un des nombreux quais.
Je suis allée revoir, vite fait, la Grand’Place d’Arras, ses pavés qui tordent les chevilles. Je traverse toujours cette ville à toute vitesse, n’ai pas failli à la règle….
Dans le TGV, Portishead.

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Les épisodes précédents

Le journal sonore d’Anne Savelli

4 Commentaires

Classé dans Auteur(e) en résidence : Anne Savelli, Auteurs invités sur ce blog

4 réponses à “Jeudi 22 avril, dans le Paris-Béthune

  1. Dommage de ne pas être allée jusqu’à la bouquinerie Quilit Quilit plutôt que la pseudo librairie Le Furet où la passion du livre n’existe pas.

  2. athanorster

    Je ne l’ai pas trouvée sur mon chemin… et ne savais pas que vous aviez laissé un commentaire, désolée de cette réponse des mois plus tard !

  3. Pingback: Mercredi 4 août, gare du Nord « Dans la ville haute

  4. Pingback: Mercredi 4 août, gare du Nord. Journal d’écriture d’Anne Savelli. | Librairie Dialogues

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