La rentrée littéraire vue par Christine Ferniot

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Je ne lis pratiquement que des fictions et non des essais. Dans les fictions que j’ai lu pour la rentrée de septembre 2010 ; alors que nous ne sommes qu’en juin, je remarque plusieurs choses. La rentrée littéraire n’est pas un moment léger, il n’est pas un « marronnier » ,un bon sujet pour journalistes, mais l’instant où nous prenons le pouls de la création française. C’est à ce moment précis que l’édition se découvre ; présente ses nouvelles voix, cherche la confirmation des écrivains en puissance.

Dans mes premières lectures, je sens un désir de profondeur, de réflexions sur la littérature en mouvement, sur autre chose que la distraction fictionnelle, Des auteurs comme Olivia Rosenthal font bouger la littérature, l’écriture. Bouger l’écriture dans le sens de la distordre sans jamais paraître précieux, l’ouvrir à d’autres genres littéraires, obliger le lecteur à réfléchir, réagir… On est à la fois dans la vie et dans la mort, dans la fiction et dans la réflexion. Très loin d’elle, François Vallejo fait aussi bouger la littérature, raconte une histoire et fait sans cesse des pas de côté. Voilà, c’est le mot une rentrée qui « fait des pas de côté ». Elle cherche dans le cinéma et l’histoire des portes à ouvrir chez des écrivains comme Claro, Robert Bober ou Patrick Lapeyre….

Le métier de journaliste littéraire est solitaire. Il faut lire seule, le plus possible puis échanger plus tard. Au sein du journal, lire donc avec de la passion, de la rage et , à la fin, l’arbitrage des rédacteurs en chef du magazine Lire, François Busnel et Philippe Delaroche qui eux, ont une vue globale du journal et de ses ouvertures possibles. Pour Télérama, c’est la passion de chacun, chacune et une écoute calme de la responsable de rubrique, Nathalie Crom qui sait que différentes voix, différents goûts se complètent et forment une rubrique eclectique et nécessaire.

La rentrée de septembre nous permet un temps de lecture plus long que d’habitude. On reçoit les épreuves dès la fin mai, on lit et on parle fin juin puis juillet. Pour le mensuel Lire, on en parle début juillet mais pour Télérama, on a jusqu’au début du mois d’août pour faire des choix. Il y a les « grands » choix, les entretiens avec des auteurs marquants ( Linda Le etc…) puis les chroniques qui se décident plus tard. La lecture doit rester désorganisée, plaisante, inquiétante, surprenante. Il faut plonger, jeter, attraper, reposer. C’est vertigineux et infini. Moins poétique qu’angoissant. Car des livres vous échappent, toujours. Mais dans ce désordre, ce monde aléatoire, il y a place pour la surprise et l’émerveillement.
Un lecteur professionnel est d’abord un lecteur. Il aime, il n’aime pas. Il parle aux autres, s’aperçoit qu’il doit lire autre chose,  que plus il lit, plus il lui reste à lire. Si certains livres sont chroniqués par une majorité de journalistes ce n’est pas forcément par suivisme mais par surprise de lecture, par désir aussi de suivre un auteur de livre en livre, de voir sa progression ou sa régression. Il y a bien sûr des auteurs sur lesquels on se précipite, Brett Easton Ellis ou Virginie Despentes, Coetzee ou Pynchon mais n’est-ce pas normal de vouloir savoir et  transmettre son sentiment devant des auteurs qui marquent la littérature contemporaine.

Un texte nouveau, un auteur inconnu c’est d’abord un ton, une écriture, une musique qui s’impose vite. Une surprise et non l’impression de rentrer à la maison. Tout compte et ce n’est pas l’apparence puisque nous lisons souvent sur épreuves : pas de jolie couverture, pas de quatrième alléchante. Il faut plonger direct et se laisser happer. Le souci, c’est le manque de temps. J’avoue ne pas avoir de patience. Si le texte me plait, il me plait  vite, si je n’entre pas dans ce livre, j’abandonne. Oui, c’est monstrueux mais le choix est si vaste que je passe à un autre.

Christine Ferniot
Journaliste littéraire à Lire et Télérama

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