Zimmer

Zimmer
Olivier Benyahya
Éditions Allia

Achevé en 2006, Zimmer est initialement porté au théâtre,avant d’être publié cette année aux Éditions Allia dans la catégorie des « premiers romans ».
 Zimmer est un texte court, fort. Violent. Clos.

Posant dès l’origine la question de sa réceptivité -respectabilité – et de son impact sur le lecteur.

Son primo-lecteur, l’acteur Maurice Garrel en fait l’expérience lorsqu’il décide de porter ce texte en scène, touché par le monologue intérieur de Bernard Zimmer.

De cette collaboration, entre l’auteur – Olivier Benyahya – et l’interprète, le texte n’en sort pas indemne. Questionné, bousculé parfois – quand une attitude, un passage ou un mot heurte la sensibilité de l’acteur « non je ne peux pas dire cela » -, Zimmer est totalement compris, accepté, incarné par Garrel. Depuis ce texte est clos, donc.

Car il a bien deux manières d’entendre cette voix singulière et effrayante :

En percevoir – dès les premières intonations – l’infinie tristesse, le sombre éclat, heurtée par les échos des violences sociales et des grandes déroutes politique jusqu’aux périodes les plus contemporaines. Avec ce qu’il faut de perturbant, d’inaudible, d’inacceptable dans les propos et les actes de Zimmer. Rappelons que le narrateur est un sérial-killer de 84 ans dont les victimes sont juives, arabes et noires.

En rejeter la portée, le discours perçu comme une suite de provocations, une vaste mise en scène de clichés sur les racines de cette violence sociale et/ou communautaire.

De la stupeur à la détestation, de la compréhension à l’empathie du trouble profond à la stupéfaction tels sont les éléments de la réception de ce texte qui agit et agite.

Écrit dans le contexte des violences urbaines, politiques et sociales de 2005, Zimmer énonce, expose les maux de notre époque, ces silences et métaphores hypocrites qui mènent à la banalisation de la haine, à son acceptation et à l’oubli, en multipliant les angles de vues. Zimmer ne cherche ni excuse à ses actes ou ses motivations, ni compassion. Rescapé des camps, il perçoit le monde à travers un holocauste personnel à venir.

Tentatives d’épuisement par l’absurde de mécaniques qui – sans cesse – se refondent – racisme, extrémismes idéologiques, religieux, communautaires – les mots n’ont plus de sens et les slogans se libèrent à nouveau. Les ministères, imputent, réfutent, légitimisent les règles de la ségrégation économique et sociale. Les frontières sont là, la violence s’en nourrit.

Nous retranscrivons le Monde dans une langue Abracadrabrante, une langue de chaos, une langue-miroir… » nous devenons sacrilèges parce qu’il nous est impossible de trouver un terrain d’entente en nous même; parce qu’il nous est impossible de faire s’harmoniser toutes les voix sans en faire entendre une nouvelle, une voix furieuse, méconnaissable, distante, pleine de morgue, une voix de rupture, de communion, une voix solitaire qui donne à chaque mot un sens qu’aucun de vous, jamais, ne lui aurait soupçonné, dont les intonations serviront à façonner d’autres langages, d’autres yeux crevés, d’autres baises grandioses, d’autres silences, d’autres agonies, … nous dit Zimmer.

Où en sommes-nous des mondes que nous habitons ? Où en est Zimmer lui-même, ce fantôme ?

Il faut craindre l’incendie.

H Clemente.

1 commentaire

Classé dans De la lecture, La lecture du jour

Une réponse à “Zimmer

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