Une rentrée littéraire, par Claire Devarrieux

La rentrée 2010 me laisse une impression mitigée. J’ai lu d’excellents romans, de Robert Bober, Virginie Despentes, Michel Houellebecq, Jean Echenoz, Yves Ravey, pour ne citer que des auteurs français en vue, mais l’avalanche de textes a été trop rude, trop pesante.
Nous sommes plusieurs à lire, à nous frayer un chemin dans la rentrée. Chacun est libre. Je veille seulement à ce que les auteurs importants soient traités en temps et en heure – nous sommes journalistes avant tout, notre métier est de rendre compte d’une actualité donnée. Nous sommes peu nombreux, nous discutons chaque jour, chacun est généralement heureux des découvertes et des enthousiasmes des collègues.
Je ne pense pas avoir plusieurs lectures, l’une professionnelle, l’autre amateur. Seul compte le plaisir de lire. Ouvrir un roman, se concentrer sur les premières lignes, demande un certain effort, une disponibilité certaine. Entrer dans l’univers d’un nouvel auteur ne se fait pas sans réticence. Et puis avoir envie de lire la suite, tourner la page, oublier ce qu’on était en train de faire : quelle récompense. De quel ordre est cette lecture? Je ne sais pas.
Le son est-il juste, suis-je en présence de quelque chose que je n’ai jamais entendu encore et en même temps que je reconnais, est-ce que je fais la connaissance de quelqu’un. Voilà ce qui me retient quand j’aborde un texte nouveau.
La notion de risque m’est inconnue. Il y a les livres dont je suis contente qu’on parle dans le cahier Livres, mais je ne me dis pas « voici un livre risqué ». En revanche, il faut jouer sur les équilibres. Être dans l’actualité, toujours, mais faire en sorte aussi de mettre en valeur des titres qui semblent qu’il semble moins important, ou moins urgent, de traiter. Enfin, ce ne sont pas les sélections des prix littéraires qui dictent nos choix ! (Mais il n’est pas indifférent que les listes ressemblent aux sommaires des pages littéraires : les jurés sont de plus en plus sérieux, à mon avis. Ils se sont mis à lire !).

Claire Devarrieux, Le Cahier des Livres. Libération

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