Comment écrire au quotidien : Invitation au voyage

Liminaire

Depuis 2004, je diffuse en ligne de manière hebdomadaire un exercice littéraire à partir d’un texte poétique contemporain (des auteurs francophones et leurs textes aux genres variés (poésie, nouvelle, roman, théâtre, jeunesse, art expérimental). Les textes écrits à partir de ces propositions sont diffusés en ligne sur le site Marelle : Zone d’Activités Poétiques, et depuis 2010 réunis sur le site Liminaire.

On peut dire qu’il existe aujourd’hui deux types d’ouvrages numériques : l’ouvrage dit homothétique, une version numérisée du texte, et l’ouvrage dit augmenté, ou enrichi, qui intègre des éléments multimédia ou internet. On peut ainsi enrichir le texte avec des vidéos, des sons ou musiques, ou encore des liens vers des ressources extérieures disponibles sur internet.

Comment écrire au quotidien est avant tout un texte poétique, mais c’est aussi, par extension une anthologie de littérature francophone contemporaine et un livre sur la pratique des ateliers d’écritures. Diffusé en octobre 2010 sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique créée par François Bon en 2008, est en effet un ouvrage numérique enrichi de contenus multimédia sur internet :

  • 365 propositions d’écriture commentées
  • De nombreux extraits de textes
  • Présentation de leurs textes
  • De nombreux liens internet, ressources d’informations sur les auteurs, leurs éditeurs (75 maisons d’édition différentes)
  • Une soixantaine d’enregistrements sonores (extraits de Radio Marelle le podcast qui place la poésie sur écoute)

Les textes peuvent être regroupés et lus par ordre alphabétique d’auteur, d’éditeur, et par thématique, en fin d’ouvrage.

L’extrait diffusé aujourd’hui sur le blog de la Librairie Dialogues regroupe une courte sélection de fragments poétiques sur le thème du voyage.

Extrait du texte :

113

Décrire un lieu à la manière d’une recette de cuisine.

Raconter un voyage qu’on n’a pas encore fait au futur antérieur.

Les nuages dans le ciel forment d’étranges et fugitifs tableaux, tenter d’en dresser l’inventaire.

299

Nos voyages sont prétextes à la recherche et à l’introspection, à la méditation et à la rêverie, l’occasion de tracer la carte sensible et éphémère d’une géographie intime qui invite le lecteur-voyageur à reconnaître sa propre humanité. Aux confins du monde, et de son monde, photographier et écrire sa démarche artistique, avec une écriture travaillée, à la ponctuation expressive et au style allusif, générant des textes au statut multiple, une poésie des chemins, réels ou intérieurs, petites évanescences retenues du bout de nous-même.

304

Les histoires ne sont pas faites pour vivre au village, mais pour circuler en nous. Pour cela il faut un voyageur, qui sache faire résonner la très vieille chanson du feu et de l’eau. Oralité, oralité, le monde n’est que paroles souvent enfouies et une voix gueule au milieu de cet enfouissement pour nous les redonner. « Va de par le monde, vois beaucoup de choses, reviens et raconte-nous tout » disent les Indiens Crees. Suivre cette injonction en décrivant ce qu’un oiseau peut voir, en plein vol dans le ciel, du paysage. La poésie est acte sacré, purification, rite, célébration. Parler par délégation de verbe. La peur alors nous quitte. Le voyage peut enfin vraiment commencer.

305

Décrire une ville sous toutes les formes de nos souvenirs (ce que l’on appelle une vie, quelquefois un destin), en organisant l’autobiographie matricielle de celui qui, y étant né ou non, y a vécu, avec des phrases amples et sinueuses. Les strates de l’histoire s’y chevauchent, à la recherche d’une cité retirée parmi nos songes d’enfant déjà anachronique, mais l’espace biographique dévore la place que le hasard lui lègue. Pour chaque instant qui nous revient, le lieu qui correspond à telle activité significative, liée à la perception de celui qui l’écrit. Tous ces trajets, ces croisements d’émotions, de sensualité, de doute, d’égarement, tous ces éclats de mémoire forment bloc et scintillent, et se transformant en une multitude de « feux mal éteints » capables de nous guider longuement, d’un bout à l’autre de ce voyage urbain.

309

Faire tenir le monde dans un texte, raconter ce qui s’y est passé à une date précise, ou tout au moins une journée du monde, à travers une sélection d’articles de différents journaux et revues. Composer à partir de ce matériau varié un vaste portrait polyphonique d’une journée de la planète, encyclopédie absurde et splendide, flux d’information, de situations qui se croisent, se relayent, se mélangent, et qu’il faut mettre en mouvement pour que l’on entende la multiplicité des histoires.

315

Le temps d’un déplacement à grande vitesse dans l’espace réduit du train qui exacerbe les présences des voisins, écrire de brefs textes, des proses de TGV, en écoutant, en notant ce que font, ce que disent, les protagonistes de ces trajets, tous ces minuscules drames qui nous donnent le sentiment de voyager.

318

Scruter les fonctionnements d’asservissement dans l’idéologie de normalisation par le biais des grandes surfaces. Se mettre à la place des marchandises et des objets. Raconter un voyage dans la vie intime des marchandises, où tout se met à parler. Une conscience habitant les choses, les traversant, un texte dans lequel ce sont les choses qui parlent et non pas celui qui écrit à l’intérieur d’elles.

327

Écrire un récit de voyage composé de petits fragments rangés par ordre alphabétique, une succession d’expériences singulières ou de réflexions décalées, d’impressions originales, souvenirs ou fantasmes sur les sujets les plus variés concernant un pays vu de dos : Voir de dos, ce n’est pas voir l’autre, c’est voir ce que l’autre voit, accompagner son regard, entrer dans sa vue.

348

De lieu en lieu, de ville en ville, de rencontre en rencontre, c’est toujours d’une limite qu’il est question ici : fins de terre, ports de Portugal ou d’Irlande. Ici, le poème tend vers un espace où, à une grande respiration atlantique, se mêle la hantise de la catastrophe — longues suites amplement rythmées et resserrements nets et vifs construisent une sorte de chorégraphie musicale.

Liste des ateliers en question :

Anthologie nomade, Michel Butor, Gallimard, Collection Poésie / Gallimard, 2004.

Dimanche, Anne Penders, Esperluète Éditions, 2004.

La définition de l’aigle, photographies du paysage, encres de Balbino Giner, Serge Pey, Jacques Brémond, 1987

Fragments d’une ville fantôme, Lionel Bourg, 40 photos de Christian Guichard, Collection L’Ostiaque, Cadex Éditions, 1992.

L’invention du monde, Olivier Rolin, Seuil, 1993.

Ce monde en train, Pierre Vinclair, La part commune, 2009.

Très-Grande Surface, André Benchetrit, Léo Scheer, collection Manifeste, 2004.

Japon vu de dos, Christian Doumet, Fata Morgana, 2007.

Infinisterre, suivi de Crash, Olivier Apert, Apogée, 2006.


Extrait sonore :


Extrait d’Infinisterre lu par Olivier Apert avec David Tuil, disponible en ligne sur le site de Corner.


Photographies : Roma, Pierre Ménard, août 2010.

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