Jeudi 10 juin, à la librairie L’Atelier (à Jourdain). Journal d’écriture d’Anne Savelli.

La page du cahier, à cette date, est une suite de notes prises pendant la rencontre entre Patrick Chatelier, auteur de « Pas le bon, pas le truand », venu parler de son livre, et Sébastien Rongier, qui le présente et l’interroge.

Voici le texte de l’intervention de Sébastien Rongier, ce soir-là, article paru sur remue.net.

N’ayant pas lu le livre, j’ai noté de temps à autres sur ce qui pouvait me servir à avancer, me traversait l’esprit, se passait autour…

Matière (là, cinéma, chez moi, les lieux) travaillée dans l’écart pour produire de l’écriture. Pour voir, il faut revoir (expérience esthétique).

La brute : dès le départ, une figure absente. Sa nomination est toujours différée (c’est toujours un pronom). Ce autour de quoi s’articule le livre : le point de tension maximale juste avant le duel, avant que le coup ne parte.

(oh mais toi qu’est-ce que tu fais à Jourdain à tourner sur la place tandis que j’écoute un discours difficile à suivre sur un livre que je n’ai pas lu ? La nuit va tomber, qu’était cette librairie avant, est-ce que tu as foulé ce sol, là, et ce film, est-ce que tu l’as vu ?). La photographie de famille, que l’on voit dans le film, est comme un flash-back, une faille temporelle.

Dans la librairie, un livre exposé dans les rayons : L’Impossible photographie des prisons, parisiennes, 1851-2010.

Une moto pétarade, couvre une phrase de l’auteur. La photographie de famille, la montrer, c’est déjà annoncer la mort de ses membres. Rideau de fer qu’on baisse. Sifflotement : la rue s’entend à travers la porte de verre.

Patrick Chatelier dit que pour écrire, il a besoin de faire table rase, d’oublier ses références (c’est peut-être pourquoi j’ai lu La Peau et les os, Le Crime de Buzon, après avoir écrit). Suggestions bibliographiques sur la prison. L’éditeur est dans la salle. Il intervient pour dire qu’il « déteste la parodie des genres secondaires » (le western, le roman rose…) dans la littérature contemporaine depuis vingt ans, mais que ce que fait Patrick Chatelier, justement, est différent (quand il prononce cette phrase le silence est total) (ne serait-ce pas Yves Pagès, tiens ?).

« Moi, j’écris d’un fil, je commence au début et je termine par la fin » dit Patrick Chatelier. Il avance sans savoir où il va, « comme l’idiot dans un couloir ».

« La surface de la rivière, c’était déjà l’écran de cinéma ».

Il dit souvent qu’il n’avait pas pensé à ce que révèle l’analyse, par les autres, de ce qu’il écrit. Quelqu’un pousse un cri dans une langue inconnue pendant la lecture. L’éditeur lance fort les applaudissements, à la fin (ils étaient fournis, de toute façon).

Poster un commentaire

Classé dans Auteur(e) en résidence : Anne Savelli, Auteurs invités sur ce blog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s