Un entretien avec Cécile Hudrisier

Les Musiciens de la Nouvelle Brême

Comment devient-on illustratrice pour la jeunesse ? Une vocation ou les fruits du hasard et des rencontres professionnelles ? Quel est votre parcours ?


Quand j’étais petite, j’aimais dire « plus tard, je serai dessinatrice professionnelle« . Je ne savais pas trop ce que cela voulait dire, sauf que ça serait drôlement chouette de passer ses journées à dessiner.
Je n’ai découvert le métier d’illustrateur que bien plus tard, durant mes études d’arts plastiques. Je me destinais plutôt à devenir prof, mais pendant ma maîtrise, j’ai eu envie d’écrire une histoire et de l’illustrer. C’était en 1998, ça s’appelait « Gégé et les moutons« , et les éditions Didier Jeunesse à qui je l’avais alors proposée ont décidé de l’éditer.
Parallèlement, j’ai aussi commencé à travailler pour la presse, et de petites commandes, en petites commandes, de beaux livres en jolies rencontres, l’illustration est finalement devenue un vrai métier à plein temps.

Les lecteurs que nous sommes reconnaissons un style, un coup de crayon, une identité graphique forte. Vos illustrations sont toujours au service de l’histoire. Comment travaillez-vous votre dessin ? Quelles sont les différentes étapes avant l’impression de l’album ?


Tout d’abord à la première lecture de l’histoire qui m’est proposée, si j’ai des tonnes d’images qui se bousculent dans la tête et une envie irrépressible de me mettre à griffonner illico, c’est que l’histoire est pour moi.
Je fais vraiment confiance à cette première impression.
Ensuite, et bien, je crayonne. des tonnes de feuilles noircies, et autant de pelures de gomme !
Une fois que tous les personnages ont trouvé leur « gueule », leur attitude, leur caractère, je réfléchis aux mises en page, double page par double page. J’envoie ce chemin de fer juste crayonné à l’éditeur. Lorsque chaque croquis de double page est validé, j’attaque les planches définitives. Soit avec mes ptits papiers, cartons, découpés collés, soit avec mes dessins scannés et colorés sur photoshop.



L’interaction avec un texte, donc une histoire et un conteur est-elle systématique ?  Un support indispensable ?


Comme je le disais dans la réponse précédente, oui, il est indispensable que l’histoire me touche, ou me fasse rire, et que surtout elle m’évoque plein d’images et de sensations.

La réalisation d’un album est-elle longue ou devez-vous vous caler sur les impératifs de calendrier de la maison d’édition ?


Oui, ma technique (découpage-collage, ou parfois bidouillage informatique) est très longue. J’aime tellement les ptits détails que ça me prend un temps pas possible.
En fait, j’essaie toujours de créer un second niveau de lecture en disséminant des petits trucs qui n’ont pas grand chose à voir avec l’histoire générale, mais qui me font rigoler.
C’est une façon pour moi de m’approprier encore plus le texte, et surtout de créer une sorte de complicité avec le lecteur. Comme si je lui racontais une petite blague en douce…
Néanmoins, je dois respecter les délais proposés par la maison d’édition. Généralement, j’ai 3 mois pour la réalisation des illustrations (cela comprend le temps des crayonnés et la réalisation des planches définitives.)

En dehors de la littérature jeunesse, quels sont vos domaines de prédilection ?


Je ne travaille que pour la presse et l’édition jeunesse, mais de temps en temps je fais des expos de mes tableaux perso, et j’aime aussi beaucoup travailler sur les objets (je réalise des dossiers de bricolage pour des magazines de temps en temps), et puis j’adore faire des muffins aussi, mais ça n’a pas grand chose à voir avec la choucroute…

Le « tandem » Pierre Delye-Cécile Hudrisier semble fonctionner à merveille, vous en êtes à votre quatrième collaboration (la grosse faim de p’tit bonhomme, poule rousse, si j’te mords t’es mort,les Musiciens…), une vraie rencontre ?
Oui, on s’amuse bien tous les deux. Même si on se voit très peu, on communique pas mal. Il note des idées pour moi en didascalie. Et moi j’essaie de glisser des clins d’œil pour lui dans mes illustrations.

Dans « La petite poule rousse », c’était l’idée de Pierre de trouver des jeux de mots pour chaque titre de magazines que lisent les animaux. J’ai adoré me prêter au jeu. On s’envoyait plein de mails à ce sujet, et puis, on a continué comme ça sur chaque album…On aime bien se lancer des petits défis.

C’est d’ailleurs comme ça qu’est né le dernier album…

Pourriez-vous nous dire quelques mots à propos du travail que vous avez réalisé pour  Les Musiciens de la Nouvelle Brême ?
Sur un salon, j’ai dit à Pierre « T’es cap de m’écrire une histoire avec un caribou qui s’appellerait Franky et qui chanterait du Sinatra, la nuit au fond des bois? »
Il a dit oui. Comme j’étais un peu vexée qu’il ait l’air de trouver ça archi facile comme défi, j’ai rajouté : « et puis, il faudra qu’il ait un pote castor aussi. J’aime bien dessiner les castors ». Il a dit pas d’souci. Et paf, quelques mois plus tard, il nous proposait « Les musiciens de la Nouvelle Brême ». J’avais vraiment envie de dessiner tous ces joyeux musicos poilus et fringants. Côté technique, j’ai travaillé d’une façon un peu différente : tous les personnages sont dessinés à la mine graphite, scannés et colorés sur photoshop. J’ai aussi scanné des fourrures et des tissus pour créer les pelages et les vêtements des braconniers. Ensuite, j’ai fabriqué tous les décors en carton (arbres, cabane, collines…), je les ai pris en photo, puis je les ai retravaillés eux aussi sur photoshop (en leur incrustant des matières, des tissus…) avant d’y « installer » mes personnages. Bref, c’était un travail long et compliqué, mais je voulais que l’ensemble soit étonnant et complexe, que les gens se demandent « comment c’est fait ». J’avais envie que ce soit à la fois « réaliste » et un peu « cartoon », à la fois « joli » et décalé. bref, j’espère que les gens verront tout ça, et qu’ils prendront autant de plaisir que Pierre et moi à se balader dans cette forêt pleine de surprises et de swing…

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