Écrire au quotidien : dresser un portrait

Liminaire


Je mettrais en ligne jeudi 28 octobre 2010 mon dernier atelier d’écriture diffusé depuis 2004 de manière hebdomadaire sur le site Marelle : Zone d’Activités Poétiques, et depuis 2010 réunis sur le site Liminaire.

À cette occasion et pour fêter la fin de cette expérience sur internet qui se prolonge désormais dans cet ouvrage Comment écrire au quotidien qui est à la fois un texte poétique, mais aussi une anthologie de littérature francophone contemporaine et un ouvrage sur la pratique des ateliers d’écritures, l’extrait choisi et diffusé aujourd’hui sur le blog de la Librairie Dialogues regroupe une courte sélection de fragments poétiques sur le thème du portrait.

Extraits du texte

5.

Jeter un regard neuf sur la manière de raconter sa vie. Évoquer par exemple son enfance (les tous débuts de sa vie, ce dont on se souvient par le biais de ce que l’on nous en a dit plutôt que ce dont on se souvient vraiment, le plus lointain de ses souvenirs) avec la distance ironique que permet l’usage appuyé de la troisième personne du singulier et en forçant le trait dans la description (à la limite de la caricature ou du grotesque).

6.

Noter, sous forme de liste d’objets, ce que vous trouvez sur votre table de travail chaque matin au réveil, et cela pendant une semaine.

13.

À l’aide de la formule Je pense à, faire défiler dans sa tête la galerie des portraits des personnes qui comptent pour vous et tenter d’en restituer l’essentiel par écrit, en passant d’un portrait à l’autre comme on passe d’un mot à l’autre dans une phrase quand on écrit vite, en étirant les phrases, en les faisant rebondir ou s’entrechoquer.

28.

Réaliser un autoportrait en prélevant des lignes de 61 signes parmi ses papiers personnels (journal intime, papiers d’identités, courriers administratifs) ou des textes liés à vos centres d’intérêt.

44.

Réaliser un portrait de soi sous forme d’abécédaire. Avec un travail de narration, une fiction progressive qui s’installe autour du texte, avec tout un système de notes et de renvois (d’ascenseurs).

53.

Parler de soi ou d’un proche à différents moments critiques de son existence, comme on fait le portrait d’un autre, d’un inconnu, d’un étranger, avec une distance complice, mais un regard critique. S’aider pour écrire ces textes (une scène précise à chaque fois) de phrases courtes qu’on enchaîne les unes aux autres, sans ponctuation.

61.

Faire le portrait de sa famille en s’attardant sur chaque membre à tour de rôle, chaque branche de l’arbre généalogique que l’on décrit en très peu de phrases, anecdotes ou souvenirs très précis, instantanés dont la mémoire a gardé la trace indélébile.

73.

Décrire le héros fétiche de son enfance, à partir de différents documents réels ou imaginaires, fragments hétéroclites, à collecter et à agencer de manière à faire apparaître en creux son propre portrait sous le palimpseste de celui de son personnage préféré.

81.

La dérive urbaine d’un homme, un personnage qui tient à la fois du roman noir et du roman de critique sociale, la reconstituer le plus froidement possible, de manière objective et descriptive, avec des phrases très courtes, un rythme haletant, passages entre lesquels se glissent des fragments plus personnels et lyriques où le « je » fait son retour en force, afin de mettre en forme, dans un même mouvement, le tableau et le verdict terrifiants d’un monde, le nôtre, qui marche sur la tête.

85.

Établir la liste des hommes et des femmes de sa vie, ou celle des mots qui nous sont chers, mots de passe ou mots d’ordre, ou bien encore celle de tous ces lieux que l’on affectionne tout particulièrement, parce que l’on y a vécu ou que l’on a toujours souhaité s’y rendre, différents endroits dont on déforme à loisir les noms ou l’orthographe pour l’occasion, en jouant sur les à-peu-près du langage, les détournements de sens, les consonances approximatives, en composant des mots-valises, des jeux de mots, des calembours et des raccourcis. Donner à cette liste la forme d’un éloge-logorrhée du voyage à travers les mots.

Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture de Pierre Ménard sera disponible en novembre 2010 en librairie et sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique en novembre 2010.


Liste des ateliers en question

Nathalie Quintane : Début, P.O.L., 1999.

Anne-James Chaton : Événements 99, Al Dante, 2003.

Valérie Rouzeau : Va où, Le Temps qu’il fait, 2002.

Denis Roche : Dépôts de savoir & de technique, Seuil, 1980.

Jacques-Henri Michot : Un ABC de la barbarie, Al Dante, 1999.

Albane Gellé : Un bruit de verre en elle, Inventaire/Invention éditions, Collection Textes, 2002.

Valérie Mréjen : Mon grand-père, Éditions Allia, 1999.

Julien d’Abrigeon : Pas Billy the Kid, Al Dante, Collection Niok, 2005.

Jean-Pierre Ostende : Voie express, Gallimard (coll. Blanche), 2003.

Jean-Pierre Verheggen : Ridiculum vitae, précédé de Artaud Rimbur,  Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 2003.

Extraits sonores

244.

Le sport prend la mesure du monde dans ses excès, il exige la démesure de l’homme, son élan, sa tension. Une force en marche. Faire le portrait de grands sportifs du passé en évoquant, avant sa fin, le monde dont ils sont issus. Mettre en résonance leurs exploits et leurs difficultés avec leur environnement, qu’il soit sportif, culturel, poétique, voire empreint de mysticisme. Un hommage littéraire en forme de portraits amoureux, de mythologies sportives.

Forcenés, Philippe Bordas, Éditions Fayard, 2008.

281.

Restituer à chaque voix sa tessiture, son paysage, son relief, son histoire, sa singularité, tous les territoires de la voix, la sienne et celle des autres, pour tracer notre autobiographie fragmentée, un autoportrait en voix à la fois drôle, vif et grave. Chaque voix appelant un souvenir, réveillant une image.

Voix off, Denis Podalydès, Mercure de France, Collection Traits et portraits, 2008.

320.

Tracer le portrait original d’un proche récemment disparu, sous forme d’abécédaire, « en vingt-six angles et au centre absent », centre vide, énigmatique, déchirant, vingt-six petites stèles, à partir des lettres de l’alphabet et des textes qu’on garde chez soi, bribes de mots à romancer, notes ou souvenirs dont on met à jour des fragments, enchâssés dans son propre texte, à l’image du monde morcelé. Une enquête intime, une déclaration d’amour, un hommage, un tombeau.

Personne, Gwenaëlle Aubry, Mercure de France, 2009.

Photographies : Roma, Pierre Ménard, août 2010.


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Classé dans Auteur(e) en résidence : Pierre Ménard, Auteurs invités sur ce blog

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