Écrire au quotidien : remonter le temps

Liminaire

Dès le début du projet de mise en ligne hebdomadaire d’ateliers d’écriture en janvier 2004 sur le site Marelle : Zone d’Activités Poétiques, et depuis 2010 réunis sur le site Liminaire, j’ai su que l’entreprise s’arrêterait au bout d’un certain temps, et très vite je me suis arrêté sur le chiffre symbolique de 365 ateliers. C’est l’époque où l’on m’avait offert un livre proposant un jeu par jour et je trouvais la forme de l’agenda très intéressante. On écrit tous, on peut tous écrire, mais il n’y a que dans la régularité de cette pratique que l’on devient écrivain. C’est pourquoi j’ai nommé cet ouvrage : Comment écrire au quotidien.

À cette occasion et pour fêter la toute prochaine édition de l’ouvrage Comment écrire au quotidien sur Publie.net,  coopérative d’auteurs pour la littérature numérique, l’extrait choisi et diffusé aujourd’hui sur le blog de la Librairie Dialogues regroupe une courte sélection de fragments poétiques sur le thème du temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait du texte :

138.

Recenser ces objets utilitaires connus de tous, si proches de notre quotidien que l’on a perdu aujourd’hui le sens de leur présence. Ces objets patinés par le temps, nus comme au premier jour, ici réellement animés. Une évocation chargée de sentiments dans le déploiement, peut-être dialogué, du souvenir.

224.

Faire le récit de la vie d’un homme à partir de son emploi du temps, restituée sous forme de planning. Entre rendez-vous et notes de travail, l’agenda devient recueil de pensées mêlées.

253.

Tension vers la poésie, s’enfoncer dans le paysage, avec des textes courts, passerelles entre peinture et promenade. Sensations sur les saisons, le temps qui passe, le travail des jours et des nuits, la marche dans la campagne, la création, la pensée. Écrire ensuite une lettre pour un ami et lui raconter ce que l’on vient de vivre, ces heures creuses.

266.

Penser ce qui a été. Penser ce qui sera : le bloc du futur s’insinue déjà par les fissures de la personne que chaque instant défait. Et penser le présent — lequel n’existe pas. Aller vers l’opacité silencieuse du monde. Les choses nous portent et bouleversent ce bref instant que nous traversons. Recomposer tout ce qui vient séparer les mots de nos perceptions par des phrases-vagues qui déferlent sur les bords de la page ou de la vie.

277.

Écrire l’amour lancinant éprouvé pour l’autre quand il n’est plus là. En une seule phrase, une litanie amoureuse, qui s’articule en spirale obsessionnelle autour d’un monologue intérieur fait de brisures et d’élans, expression d’un temps arrêté, en boucle répétée comme une chanson qui nous revient en mémoire et ne nous quitte plus.

286.

La biographie est ou une science, ou un art, ou une manière d’aborder les grandes questions. Résumer les derniers moments de deux personnalités, artiste, scientifique ou politique et en chercher le sens. Faire le bilan de ses vies qu’on aborde par le regard d’un tiers, dans deux monologues qui se répondent en écho puissant et imagé, et poser en somme les mêmes questions du sens de la vie, du sens de l’œuvre, qu’elle soit artistique ou scientifique. En abordant la création au présent, nourrie par la mémoire du passé, raconter avec allant et sans concessions, mais non sans ironie, comment ce qui est provisoire dure alors même qu’on le croit disparu, et comment disparaissent sans les mots ceux qui ont le tort de ne croire qu’au pouvoir pour contrer l’éphémère.

294.

Écrire un ensemble de textes, autant de fragments qui se répondent et se mêlent sur la part d’étrangeté qui façonne l’humanité. Esquisses des gestes posés, allumer un geste / un autre / comme on lance les mains / vers une balançoire, des lieux évoqués, des sentiments partagés ou défaits. On retrouve, à travers une écriture tissée, avec un souci aigu de la forme, un lent assolement des images, un impressionnisme de la concision, des thèmes essentiels, la vie au-delà du jeu, l’enfance et sa mémoire, les blessures (le bonheur est à ce prix), le temps qui passe et nous dépasse.

337.

Résumer la vie d’un être en trois courtes phrases, dont la première est il est né et la dernière il est mort. Au centre du triptyque, d’une phrase sèche, prise dans cette tenaille, cette parenthèse existentielle, dans la tension de l’entre-deux, souligner d’un trait la beauté, l’absurdité, l’énigme, la force ou la cruauté propre à toute biographie. Dans la poursuite de cette litanie, tenter d’écrire l’impossible nécrologie du vivant.

357.

Mimer les articulations propres au rêve fait de condensations, de rapprochements et de raccourcis, en contribuant à la saisie d´un entre-deux dans de courts textes qui lient ainsi des espaces et des temps séparés. « L’écriture véritablement poétique est celle qui se fait l’écoute de l’inconscient. » Tenter en même temps de mieux saisir une plus profonde réalité faite essentiellement de brèves durées.

360.

Élaborer un fantastique pour aujourd’hui avec les figures de la ville (parcours, surgissements, mise à nu du tragique et de ses ressorts), la profondeur infinie du monde, de la nuit (le réel nous advient comme bruit et comme image), du voyage dans l’imaginaire et le rêve. Épiphanies d’instants photographiés ou galeries secrètes du monde, visages, sons, histoire fractionnée et multiple qu’est le présent.

Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture de Pierre Ménard est diffusé sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique en novembre 2010.

ISBN : 978-2-8145-0365-6

 

 

 

 

 

 

 

 

Liste des ateliers en question :

Objets de grande utilité, Jean-Loup Trassard, Éditions Le Temps qu’il fait, 1995.

Planning, Pierre Escot, Editions PPT, 2007.

Les heures creuses, Véronique Gentil, Pierre Mainard, 2007.

Sentes dans le temps, Jean-Claude Schneider, Éditions Apogée, 2001.

Mad about the boy, Emmanuel Adely, Éditions Joëlle Losfeld, 2003.

L’artiste, la servante et le savant, Patrick Roegiers, Éditions du Seuil, Collection Fiction & Cie, 1997.

C’est pas un jeu, Françoise Lison-Leroy (dessins : Jean-Claude Saudoyez), esperluète éditions, 2008.

L’homme de profil même de face, Charly Delwart, Seuil, Collection Fiction & Cie, 2010.

Rue Traversière et autres récits en rêve, Yves Bonnefoy, Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 1998.

Anticipations, Arnaud Maïsetti, Publie.net, 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

Extraits sonores :

224.

Planning, Pierre Escot, Editions PPT, 2007.

Source son :

277.

Mad about the boy, Emmanuel Adely, Éditions Joëlle Losfeld, 2003.

Source son :

 

 

 

 

 

 

 

 

Photographies : Pierre Ménard, 2010.

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Classé dans Auteur(e) en résidence : Pierre Ménard, Auteurs invités sur ce blog

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