En 2010, Champ Vallon fête ses 30 ans…

En 2010, Champ Vallon fête ses 30 ans… A cette occasion, Myriam Monteiro-Braz nous a fait la grande joie d’accepter de répondre à quelques questions au sujet de sa splendide maison d’édition.

D’où vient ce nom, Champ Vallon ?
C’est le nom d’un lieu-dit de Savoie, tout simplement.

Comment tout a commencé il y a trente ans ? Un déclic, une étincelle ? Un manuscrit ? Une rencontre ?
La maison a été créée par Patrick Beaune. Il venait d’acheter un ancien couvent promu à la démolition par la mairie. Il a eu l’idée de créer quelque chose dans ce lieu. S’intéressant à l’archéologie, il était en contact avec des chercheurs de l’Ecomusée du Creusot qui animaient la revue Milieux. La collection Milieux a été créée et a accueilli des ouvrages de philosophie, d’histoire des techniques, de paysage, d’urbanisme. Puis d’autres collections suivirent, de littérature, de critique littéraire, d’histoire… L’aventure commençait. Huit ans plus tard, je suis arrivée chez Champ Vallon

Est-ce important, de fêter son anniversaire ?
Oui et non. C’est surtout l’occasion pour nous de montrer notre catalogue et ce que nous avons accompli pendant ces trente ans. Mais aussi de rendre hommage aux auteurs qui nous ont fait confiance, de remercier les libraires et les journalistes qui nous soutiennent. Pour marquer cet anniversaire, nous avons choisi, plutôt que d’organiser un cocktail/petits fours, de créer une nouvelle collection d’histoire environnementale, un domaine non encore exploré par les Français mais qui est très développé dans le monde anglo-saxon depuis les années 70. Cette création est cohérente éditorialement car elle réunit deux intérêts présents dans notre catalogue dès l’origine : le paysage et l’histoire. Une manière de dire : 30 ans, oui mais encore des projets, des envies…

Combien de titres publiez-vous à l’année ? Comment sont-ils dictés ? Comment s’insèrent-ils dans les collections ?
Nous publions une bonne vingtaine de titres mais pas plus, soit une moyenne de deux ou trois titres par mois sur neuf mois environ. Le programme se bâtit en fonction des projets que nous avons menés à terme. Certaines collections (en ce moment la collection d’histoire Epoques dirigée par Joël Cornette) sont plus dynamiques que d’autres. Leur réputation nous vaut de nombreuses propositions de grande qualité : nous sélectionnons les travaux les plus novateurs et les plus originaux. En littérature, nous n’avons plus de directeur de collection et nous nous décidons seuls, avec parfois des propositions qui arrivent par l’intermédiaire d’auteurs déjà publiés dans notre catalogue. Ce sont avant tout des écritures et voix singulières, toutes différentes, qui nous attirent

Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?
Nous sommes deux, Patrick Beaune le fondateur et moi-même. Nous ne sous-traitons rien, par économie, pas même la comptabilité ! Au fil des années, la surcharge de travail aidant, il est devenu plus rationnel de se partager les tâches de manière plus systématique : la mise en pages et les corrections sont ainsi faites par mon collègue, le travail d’information (presse, représentants, libraires…) est plutôt assumé par moi, ainsi que les recherches de financement (indispensables et cruciales pour publier ce type de livres) ou les ventes et achats de droits (poche, étranger). D’autres tâches sont partagées, ponctuellement, en fonction de l’urgence. Notre organisation est souple, c’est au moins l’avantage des petites structures ! Il faut de toute façon être polyvalent.

Pourriez-vous me citer des auteurs « pilotes » de votre maison d’édition ?
En fiction, nous publions Jude Stéfan, Gabriel Bergounioux, Thierry Hesse, Laurent Nunez, Jean-Pierre Martin, Dominique Pagnier, Arthur Bernard, Mona Thomas et bien d’autres. En poésie, le grand poète Robert Marteau (Prix Mallarmé cette année), Jean-Claude Pinson, Olivier Barbarant ou Stéphane Bouquet.
Côté sciences humaines, des philosophes comme Christian Godin, Jean-Claude Beaune ; des historiens de renom comme Denis Crouzet ou Danielle Tartakowsky (Manifester à Paris, une nouveauté de fin d’année) ou des jeunes et brillants historiens dont vous entendrez parler, comme Déborah Cohen, Emmanuel Fureix (Prix Chateaubriand 2009). Notre catalogue compte plus de cinq cents titres aujourd’hui, il est bien habité !

Quels sont les titres qui ont connu le plus de succès ? Acceptez-vous de nous parler des « flops » ?
Une des meilleurs ventes en littérature fut le Paris de Julien Green (Collection des Villes). Nous réussissons aussi des scores très honorables avec de jeunes romanciers qui nous confient leur premier roman : Caroline de Mulder cette année avec le très beau Ego Tango, Laurent Nunez il y a deux ans avec Les récidivistes, ou avec une autre génération : Bertrand Leclair avec L’Amant Liesse, Bernard Jannin avec sa très grinçante Une vraie boucherie, Michel Arrivé avec sa désopilante Une très vieille petite fille…

En histoire, ce sont par exemple les Oisivetés de Vauban, seule publication intégrale des carnets de Vauban, présentés et annotés. Ou des surprises comme un livre de Stanis Perez sur La santé de Louis XIV

Pour ce qui concerne les flops, je ne donnerai évidemment pas de noms, ce serait injuste. Quand un livre ne trouve pas son lectorat tout de suite, c’est dommage mais nous assumons nos choix et nous comptons sur le temps pour que le livre fasse son chemin, différemment. Nous avons confiance dans sa qualité. Il faut toutefois être prudent, la période est difficile pour les livres dits « à rotation lente »

Pouvez-vous nous confier quels sont les livres dont vous êtes particulièrement fière ?
Il y en a beaucoup et il est toujours difficile de n’en citer que quelques-uns, mais il y a des textes très forts comme Doucement de Gabriel Bergounioux, Un peuple de Stéphane Bouquet, La Diane prussienne de Dominique Pagnier…

Pouvez-nous nous parler de votre nouvelle collection, « L’environnement a une histoire » ?
Cette collection, dirigée par Grégory Quenet, spécialiste de l’histoire des risques naturels, place l’environnement au centre de l’histoire. Quelle est la part de l’environnement aujourd’hui dans le travail des historiens ? Où sont les poissons, les arbres, les pesticides, les pollutions, les plantes, les parcs naturels, les animaux, les catastrophes naturelles ? Les intuitions fondatrices de l’histoire environnementale n’ont jamais été autant d’actualité : placer l’environnement au centre de l’écriture de l’histoire, faire surgir les nouveaux acteurs négligés jusque-là. Pour ceci il faut renoncer au dogme des interrelations équilibrées entre les hommes et la nature, et mettre au premier plan les dégradations, les injustices, les rivalités. Alors l’environnement cesse d’être la toile sur laquelle se déroule l’histoire humaine, pour devenir le sujet de l’histoire.

Enfin, auriez-vous des titres que vous souhaiteriez mettre particulièrement en avant (vos parutions de janvier, peut-être, et/ou les livres de votre catalogue que vous conseilleriez pour Noël) ?
Pour Noël, après cet automne socialement agité, on peut lire une nouveauté : le très intéressant essai de Danielle Tartakowsky Manifester à Paris. Elle étudie la passionnante géographie manifestante dans la capitale entre 1880 et jusqu’à aujourd’hui. Il y a de beaux cadeaux à faire avec le coffret des Oisivetés de Vauban ou celui de l’Histoire des ordres et congrégations religieuses de Sophie Hasquenov, seul ouvrage synthétique disponible qui permette de d’y retrouver dans les ordres religieux. Un livre de Bertrand Lemoine sur l’Architecture du fer, un classique que nous venons de rééditer. L’ouvrage panoramique et très accessible de John McNeill : Du nouveau sous le soleil, une histoire environnementale mondiale du XXeme siècle, passionnera tous les lecteurs mobilisés par les questions environnementales que l’on pense aujourd’hui à l’échelle mondiale.

En janvier, deux romans : le très attachant Gaby grandit d’Arthur Bernard ou Les liaisons ferroviaires, un roman fort drôle et fin de Jean-Pierre Martin sur la circulation du désir et la rencontre dans un TGV entre Marseille et Bruxelles…

Propos recueillis par Dialogues en novembre 2010.

2 Commentaires

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog

2 réponses à “En 2010, Champ Vallon fête ses 30 ans…

  1. Bonjour.
    « Les liaisons ferroviaires », rien que le titre est une invitation au voyage et plus si affinités.
    Je note car j’aime beaucoup les romans ayant le train comme lieu de rencontres.
    Yvon

  2. Pingback: Le rossignol vainqueur | Librairie Dialogues

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