Écrire au quotidien : inventer le langage.

Écrire au quotidien : inventer le langage

Liminaire

L’ouvrage Comment écrire au quotidien est paru sur Publie.net en décembre 2010. Recueil de 365 ateliers d’écriture sur des ouvrages de littérature contemporaine, c’est aussi une anthologie. Ce texte poétique se construit sous forme de liste comme une litanie, manière de convoquer au quotidien des fragments du réel par le biais du langage et de l’écriture. Cette lente accumulation, ce processus d’inventaire, introduisent, par leurs associations versatiles, des invitations poétiques permettant d’appréhender autrement le monde qui nous entoure, d’en dessiner le mouvement sans cesse changeant, d’en inventer le langage.

Pour fêter la sortie de l’ouvrage Comment écrire au quotidien sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique, l’extrait choisi et diffusé aujourd’hui sur le blog de la Librairie Dialogues regroupe une courte sélection de fragments poétiques sur le thème du langage.

Rencontre avec Pierre Ménard, mercredi 19 janvier 2011, à 18h00 au Café de la librairie Dialogues.



Extrait du texte :

57.

Un mot en appelle un autre. De manière figurative par exemple : « Tracteur (fait lever la) POUSSIÈRE ». Ou de manière sonore : « Éboulis (produisent des) FLUX ».

86.

Explorer des territoires sauvages, interdits, dangereux ; raconter la guerre : l’horreur, le viol, la torture ; affronter la mort à travers la sexualité, ou la sexualité à travers la mort ; transgresser les lois, lever tous les tabous, afin de retrouver cet Éden perdu ; enfin faire parler une langue, un souffle, un chant, un langage futur, où « le sens a un son », où jaillissent les néologismes, les mots-valises, les échos de langues multiples, où la ponctuation elle-même est un personnage.

100.

Transmettre le ressenti brut de la langue, la parole, l’écriture, à la vitesse des mots. Dans une sorte de rumination, de mastication verbale, en prenant systématiquement à revers les règles habituelles d’expression, en jouant sur des redondances de séries, afin d’introduire d’infimes décalages, et de prendre distance avec ce que l’on écrit : une critique qui s’inscrit dans la langue elle-même.

165.

Écrire un texte composé de propositions philosophiques qui fait abstraction des substantifs en privilégiant, de façon exclusive, les modes impersonnels du verbe (infinitif, mais aussi gérondif et participes). Tenter l’expérience de la déconjugaison par laquelle le verbe, laissé intact, se déclinerait exclusivement à l’infinif.

255.

Dresser le portrait d’un groupe de jeunes désœuvrés, adolescents qui passent leur temps à « zoner » en rêvant d’ailleurs, chronique sociale d’une jeunesse que l’on saisit avec sens du détail et authenticité, dans sa gangue, dans sa langue, en une forme travaillée, qui exploite toutes les ressources syntaxiques, rythmiques, métaphoriques, lexicales. Intégrer l’argot jeune dans une langue hautement littéraire mais jamais artificielle.

283.

Écrire sur l’enfance un texte fragmentaire typographié exclusivement en lettres majuscules, avec une écriture qui croît de ses divergences, qui avance, qui douce nous vrille, opaque et découverte. L’enfance en vignettes où la perception oscille sur la frontière labile entre intérieur et extérieur, subjectif et objectif. L’enfance qui autorise un rapport au langage frontal et sans complaisance.

298.

Donner la parole est un acte aussi libérateur que créateur. Écrire dans cette perspective un texte qui prend l’allure d’un travail de remembrement empruntant les deux mouvements possibles de l’écriture : écrire dans et écrire à partir de. Une tentative d’unification par et dans la langue qui témoigne d’une parole que nous ne pouvons atteindre, une sorte d’envers de la langue : son négatif qui reste enfoui sous ce que nous disons, qui nous en sépare, alors même que nous le disons pour tenter de l’atteindre.

300.

Écrire un texte sur un point particulier d’un lieu banal accompagné d’une photographie en tentant de décortiquer, en textes courts et en images, la conscience composite et obsédante que l’on a de cet endroit, généralement mal aimé, pratiqué quotidiennement et haut-lieu de son histoire familiale. La langue affronte le monde immédiat, mais doit faire résonner dans l’arbitraire du quotidien tout ce qui intérieurement nous porte, exigence de décryptage, de mémoire, d’ouverture aux signes.

359.

Le poème est un langage qui naît de la destruction d’un langage, de sa réarticulation « autour d’un fond nerveux à haut risque. » Miettes et lambeaux que le langage dans son impossible réconciliation avec le monde tente d’atteindre. Une mise en mots aux allures de mise en pièces, découpes au scalpel dans l’à-vif d’une radicalité qui force l’attention, touche aux limites.

360.

Consigner au jour le jour dans des carnets de notes, un ensemble de réflexions personnelles, la plupart du temps elliptiques, brèves, percutantes, sans un mot de trop, dans un souci extrême d’exactitude, des citations au cours de lecture, des fragments d’entretien, des retours théoriques sur certains aspects de son travail, une méditation sur l’écriture, un art poétique.

Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture de Pierre Ménard est diffusé sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique depuis décembre 2010.

ISBN : 978-2-8145-0365-6

Liste des ateliers en question :

BiMOT, Julien Blaine, Les Éditeurs évidant, 1990.

Éden, éden, éden, Pierre Guyotat, Gallimard, 1970.

À la bétonnière, Arno Calleja, Le Quartanier, 2007.

Croire devoir penser, Emmanuel Fournier, Éditions de l’Éclat, Collection Premiers secours, 1996.

Polichinelle, Pierric Bailly, P.O.L., 2008.

La nuit d’un seul, Mathieu Brosseau, La Rivière échappée, 2009.

Alphabet, Dorothée Volut, Eric Pesty Editeur, 2008.

Abruption, Patrick Wateau, Atelier La Feugraie, 2002.

Montparnasse monde, Martine Sonnet, Publie.net, 2009.

La poésie entière est préposition, Claude Royet-Journoud, Éric Pesty Éditeur, 2007.

Extraits sonores :

300.

Montparnasse monde, Martine Sonnet, Publie.net, 2009.

Source son : http://podcastpierremenard310709.mp3

365.

La poésie entière est préposition, Claude Royet-Journoud, Éric Pesty Éditeur, 2007.

Source son : http://Claude_Royet-Journoud.mp3]

Photographies : Pierre Ménard, 2010.

Poster un commentaire

Classé dans Auteur(e) en résidence : Pierre Ménard, Auteurs invités sur ce blog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s