Dialogues au Temps des Cerises


Quelques questions posées à Juliette Combes Latour, du Temps des Cerises.

1. Quel joli nom, d’où vient-il ?

Le Temps des Cerises est le nom d’une chanson d’amour écrite par Jean-Baptiste
Clément en 1866 qui, dédiée par la suite à une ambulancière de la Commune, est
devenue le symbole de la Commune de Paris. Le choix de ce nom s’est imposé
au moment de la création de notre maison d’édition à la fois pour signifier notre
attachement aux idéaux de la Commune et à une certaine tradition de poésie
populaire.

2. Comment décririez-vous la ligne éditoriale du Temps des Cerises ?

Le Temps des Cerises a été créé en 1993 par un collectif de 33 écrivains qui
voulaient ouvrir un espace de réflexion en dehors des sentiers battus de la pensée
dominante. Nous publions autant de poésie, de romans que d’essais. Dans ces
trois domaines, notre volonté est à la fois de faire revivre des classiques, pour
nous essentiels mais aujourd’hui introuvables, et de donner un espace aux auteurs
contemporains.

3. Combien de titres publiez-vous à l’année et comment sont-ils dictés ?

Nous publions une cinquantaine de titres par an. Nous recevons 500 manuscrits par
an qui sont examinés par un comité de lecture et il nous arrive d’avoir des coups
de cœur. Ce n’est pas pour autant le moyen principal de choix de textes. Depuis
17 ans que la maison existe nous avons publié des auteurs que nous suivons et en
lesquels nous croyons comme par exemple Roger Bordier. Nous avons également
un portefeuille de projets qui correspondent à notre ligne éditoriale, soit de titres
étrangers inédits en France et en cours de traduction soit de textes classiques
introuvables. Par ailleurs, le caractère militant de notre maison nous oblige à
répondre à l’actualité sociale et politique, nous avions par exemple pris l’initiative
de publier un Livre noir du Capitalisme qui a fait date et nous préparons aujourd’hui
un ouvrage sur la Chine contemporaine. Nous accueillons aussi les réflexions
politiques ou économiques d’auteurs comme Samir Amin, Paul Boccara…

4. Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Comment
se définissent les rôles ?

Nous sommes quatre à travailler à plein temps pour la maison d’édition. Francis
Combes, le directeur, s’occupe des questions éditoriales et de la gestion ; Nathalie
Léger, de la gestion quotidienne (distribution auprès des libraires), Magali
Maisonneuve s’occupe des maquettes et Juliette Combes Latour à la fois de la
diffusion commerciale, des initiatives et des questions éditoriales. Mais comme
souvent dans les petites structures nous sommes tous polyvalents. La maison
bénéficie en outre de l’aide précieuse d’un certain nombre de bénévoles.

5. Quels sont les auteurs « phares » de votre maison d’édition ?

Actuellement, le livre qui fonctionne le mieux à la fois en librairie et lors d’initiatives
est un portrait de Jaurès Journaliste par Charles Silvestre, ancien rédacteur en chef
de l’Humanité, illustré de dessins d’Ernest Pignon Ernest.
Mais nous avons publié beaucoup d’auteurs dont nous sommes fiers et qui forment
le socle de notre fonds éditorial : Marx, Maxime Gorki, Maïakovski, Jack London,
Jacques Roumain, Paul Eluard, Nazim Hikmet mais aussi des contemporains comme
John Berger, Jack Hirschman, Jean Métellus, Samir Amin….

6. Quels sont les titres qui ont connu le plus de succès ? Avez-vous des
déceptions quant à certains livres qui n’ont pas su trouver leurs
lecteurs ?

L’un des titres que nous avons publié dont le succès ne se dément toujours pas après
dix ans est Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain, l’un des plus grands livres
de la littérature haïtienne. Les autres titres que nous publions dans cette collection
de classiques (Romans des Libertés) comme La Mère de Gorki ou Le Talon de fer de
Jack London font aussi partie des incontournables de notre catalogue.
Notre Petite collection rouge, dans laquelle nous avons publié Karl Marx, Rosa
Luxemburg, Paul Lafargue, Lénine, Ho Chi Minh, fonctionne très bien dans son
ensemble. Nous avons déjà cité le succès du Livre noir du capitalisme, celui du Jaurès
de Charles Silvestre. D’autres titres ont également connu un bon accueil : Les Écrits
de Babeuf réunis par Claude Mazauric, Expériences socialistes en Afrique…
Bien sûr, un certain nombre de nos ouvrages n’ont pas réussi à trouver leurs
lecteurs. Je pense par exemple à un très beau livre du romancier brésilien Assis
Brasil (Bréviaires des terres du Brésil), au Poème sale de son compatriote Ferreira
Gullar, une réunion d’articles sur l’art de Roger Bordier ou Arcanes du grand poète
américain Jack Hirschman.


7. Pouvez-vous me confier quels sont les livres dont vous êtes
particulièrement fiers ?

Il y en a beaucoup, déjà cités plus haut pour la plupart. L’an dernier nous
avons mené à bien un projet d’envergure et qui nous tenait à cœur depuis
longtemps : l’édition des trois volumes du Capital de Marx réunis dans un coffret et
accompagnés d’un livret iconographique.

8. Quels sont les projets du Temps de Cerises en 2011 ?

Nous publions courant janvier Le Musée Grévin d’Aragon, introuvable depuis les
années soixante et c’est pour nous un événement d’autant plus important qu’avec
ce titre Aragon entre pour la première fois au catalogue du Temps des Cerises.
En mars, un beau-livre réunissant les grands poèmes de Maïakovski (De ceci,
J’aime, La flute des vertèbres, Lénine) accompagnés des collages du constructiviste
Rodtchenko. En avril, un roman inédit de César Vallejo, l’écrivain péruvien,
Tungstène.

9. Parlez-nous d’un, deux, trois livres en particulier ?

Cette année nous célébrons le 140e anniversaire de la Commune de Paris. Nous
avons beaucoup de livres dans notre catalogue et en projet sur ce sujet mais
j’attire votre attention sur une biographie d’une figure méconnue, Nathalie Le
Mel, originaire de Brest qui fut libraire à Quimper et s’est occupée avec Varlin de
l’approvisionnement des communards et a été déportée avec Louise Michel en
Nouvelle-Calédonie.
Nous avons publié en juin un volume réunissant deux recueils de poèmes d’André
Benedetto, parus dans les années soixante-dix. Ces textes d’une grande force font
apparaître un côté méconnu du dramaturge directeur du Théâtre des Carmes
à Avignon et fondateur du Festival Off, disparu l’an dernier. Un hommage lui
a d’ailleurs été rendu cet été en Avignon et la compagnie Caubère prépare un
spectacle pour l’été prochain à partir des textes que nous avons publiés.

2 Commentaires

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog

2 réponses à “Dialogues au Temps des Cerises

  1. avec cette conversion avec le Temps Des Cerises,
    on a vraiment l’impression d’en connaitre beaucoup plus sur eux
    @bientot

  2. christian Massé

    Le TDC est un vrai patrimoine historique, en effet !

    Dommage qu’ils ne viennent pas assez souvent en province !

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