Dialogues avec Folies d’encre

En ce début d’année, les libraires de dialogues ont choisi de mettre les Editions Folies d’Encre à l’honneur.

Vous trouverez donc en librairie et sur le site une sélection de nos coups de coeur piochés dans le catalogue de cette belle maison : https://www.librairiedialogues.fr/dossiers/pleins-feux-sur-les-editions-folies-d-encre/

Pour l’occasion, Jean-Marie Ozanne a eu la gentillesse d’accepter de répondre à notre interview.

Etre libraire et éditeur, cela va-t-il de pair ?

Les métiers de libraire et d’éditeur se nourrissent des même rêves : découvrir et faire découvrir, emmener des personnes sur des cimes peu (voir pas) fréquentées, naviguer sur toutes les mers… Alors, de ce point de vue, cela va de paire.  Mais bien sûr, les pratiques des métiers sont fort différentes et parfois antagonistes. Etre libraire consiste à créer un assortiment, à travailler continuellement la variété, s’intéresser à la largeur de l’offre… Etre éditeur engage la responsabilité pour chaque livre de son catalogue. Etre libraire, c’est englober des paysages,  être éditeur, c’est s’arrêter sur une particule qui peut être essentiel à l’univers… Parfois, pour les libraires, un confrère qui a aussi une activité d’éditeur est un « social traître ». Ou un nostalgique des temps où librairie et édition étaient confondues. Au fond, je crois juste qu’il y a  toujours des émotions à partager…

Folies d’encre, c’est qui ? C’est quoi ? C’est où ?

Folies d’encre est d’abord une librairie créée en 1981, à Montreuil, dans le 93. Ce fut la seule librairie indépendante du 93 pendant de longues années. Je raconte souvent que l’on m’a demandé, le plus sérieusement du monde : on lit à Montreuil ? Et j’ai répondu le plus bêtement du monde : non, on ne lit pas, à Montreuil, d’ailleurs, je vais faire une librairie de con pour des cons. C’est donc une librairie où travaillent douze libraires, 300 m2, et une maison d’édition qui produit  8 à 10 titres par an. J’aime à penser que Folies d’encre est un lieu où l’on pense la librairie d’aujourd’hui et de demain, et ou l’on « fait » des livres d’ hier, d’aujourd’hui pour demain…

Quel sentiment fait naître en vous un texte que vous avez envie d’éditer ?

La question que vous posez touche –à la taille des éditions Folies d’encre- quelque chose d’intime. La définition de ce « quelque chose » est proche, certainement, de la notion d’ « inconscient à fleur de peau », chère à Lacan. Quelque chose de physique, de l’ordre du toucher. Exemple : lorsque j’ai commencé à lire « La traversée », de Cony, je suis entré dans une frénésie de lecture hallucinante… que j’avais déjà connue. Mais impossible de me souvenir précisément. Ce n’est que bien après avoir publié ce livre que m’est revenu la passion , sorte de passion qui vous attrape sans vous lâcher une seconde, à la découverte de « L’espoir » de Malraux.  J’avais 13 ans. Quarante ans après, la même excitation m’ a saisi, voire pétrifié quelques heures dans la stature merveilleuse de Lecteur. Les deux textes n’ont rien à voir, si ce n’est la question, non pas du « que faire », mais du « que faisons nous de notre vie »…

Vous éditez notamment beaucoup de littérature étrangère, le rapport au texte est-il le même ? Quelle relation entretenez-vous avec les traducteurs ?

Le rapport aux textes français ou étranger est le même. Au lieu de travailler avec l’auteur, l’éditeur travaille avec le traducteur. Le traducteur doit assurer la fidélité à l’intention de l’auteur, l’éditeur est le représentant des lecteurs. Deux grandes responsabilités. Il faut beaucoup de respect pour le travail de l’autre, voire une complicité qui permet l’écoute. Je travaille souvent avec Philippe Poncet, très bon traducteur, et complice. Voilà, le maître mot, c’est la complicité.

Comment s’organise la travail dans votre maison d’édition ?

Très artisanalement. Peut être trop.

Combien de titres publiez-vous par an ?

8 à 10 titres par an. Essentiellement des romans, de la fiction. Quelques beaux livres, un peu décalés… Mais sincèrement, j’ai beaucoup d’admiration pour les éditeurs de sciences humaines et d’actualité. Comme, par exemple, celui qui a édité le livre sur le « Médiator ».

Quels sont les livres dont vous êtes le plus fier ?

Difficile question. Peut être « Les bouffons du roi » de Dagan, fiction sur le « que faire » après la Shoah, les romans de Moacyr Scliar, (j’ai entendu, au Brésil, un critique dire de Philip Roth qu’il était le Moacyr Scliar du nord),  bien sur « Les lettres qui ne sont jamais arrivées » de Mauricio Rosencof (l’auteur a passé 11 années en prison, à l’isolement : l’écriture est une urgence), et  les textes de Alain Gluckstein dont je m’obstine à affirmer qu’il est un formidable écrivain, « Vienna » d’Eva Menasse, Mordillat, Leila Sebbar, Yael Hassan… Mais découvrez « A un passant » de Juliette Valery : un roman d’amour, un vrai, moderne, écrit, intelligent et sensible, un manuscrit reçu par la poste…

Comment se dessine l’année 2011 ?

Formidablement bien. Bientôt, paraitra « Dark Hazard », de W.R. Burnett  (auteur de « Quand la ville dort » et scénariste de « Scarface »), un roman noir, ellipse de l’Amérique des années 30… Puis un second roman de Mauricio Rosencof, des nouvelles d’Eva Menasse, un roman de Claude Gutman (un père, passionné par les « Pardaillans » de Zevaco, découvre que dans un village du sud de la France, le village Pardaillan, existe un kibbouts… il entraine son fils de 15 ans dans un voyage complètement fou)… Sans compter deux romans de Scliar, et un « abécédaire incomplet d’humour yiddish » (sous le même format que « les bonnes recettes choisies de la cuisine yiddish »)…

Propos recueillis par Laure-Anne, pour la librairie Dialogues, en janvier 2011.

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