Dialogues avec L’Arbre vengeur

Le rayon littérature de Dialogues met à l’honneur les éditions « L’Arbre vengeur« . Vous trouverez à la librairie et sur le site Internet dès aujourd’hui une sélection de livres de son catalogue, que vous pouvez également télécharger en cliquant sur ce lien : CATALOGUE2009-web-1.
Pour l’occasion, David Vincent et Nicolas Etienne ont eu la gentillesse de répondre à quelques questions…

Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?

En sortant de la visite d’une usine de pâte à papier, nous avons soudain réalisé que des forêts entières servaient à éditer n’importe quoi… Infimes chevaliers blancs nous avons décidé que, sans un fifrelin mais avec une volonté naïve, il nous serait possible de n’éditer que des livres dont nous serions fiers, d’abord ceux que nous aimions et ne trouvions plus, puis ceux qui passeraient à portée de branche. La seule vraie difficulté, et qui continue toujours : trouver du temps et ne pas se laisser dévorer par les tâches ingrates qui amenuisent le plaisir d’éditer. Pour le reste, patience et longueur de temps…

Combien de titres publiez-vous à l’année ?

Nous éditons une douzaine de titres par an, presque un par mois pour nous occuper de chacun au moins un peu.

Vous avez à ce jour trois collections, Forêt invisible, Selva selvaggia et l’Alambic. Comment vos parutions s’inscrivent-elles dans ces collections ?

Nous avons à la fois notre catalogue, varié et sans ligne trop définie sinon le souci d’une littérature exigeante qui met en avant le style et se défie du conventionnel, et les collections qui sont animées par des personnes libres de nous proposer des projets. Le principe est qu’ils s’harmonisent avec l’ensemble. Vous n’y trouverez guère de roman psychologique, de romanesque pur, pas de poésie (pour l’instant), nous avons un ton d’ensemble que chacun vient nuancer de ses idées et de sa liberté. A l’origine il y a chaque fois une rencontre et le sentiment d’une communauté de points de vue, un même regard lucide et enthousiaste sur ce que nous demandons aux livres : qu’ils nous dérangent, nous aiguillonnent, nous stimulent ou nous amusent.

Comment s’organise votre maison d’édition ?

Nous formons un duo  qui décide de tout ensemble, l’un chargé  de l’aspect artistique, de la fabrication, l’autre de la partie littéraire et commerciale. Nous avons chacun des métiers de notre côté (l’un libraire, l’autre graphiste), L’Arbre est notre dispendieux loisir, notre manière de nous dépenser sans nous enrichir.

Il est un point remarquable, c’est l’importance que vous accordez aux couvertures, réalisées par des illustrateurs de renom. Pourquoi ?

C’est un de nos principes de départ : quand bien même il s’agit de rééditer un ouvrage ancien, il nous paraissait nécessaire de lui insuffler une forme moderne qui signale la modernité ou l’intérêt du texte, en refusant le côté livre-objet délicat, faux vieux et précieux maniéré. Nous pensons que certains auteurs vieux de plus d’un siècle ont plus à nous dire que des nouveautés de l’an passé déjà englouties dans leur inanité. En les illustrant nous leur passons un coup de peinture fraiche. Et puis l’idée de faire appel à des illustrateurs, connus ou pas (souvent ce sont des amis, ou des amis d’amis devenus des amis, etc…), témoigne de notre souci de mélanger les genres : les dits « mauvais genres » snobés par les lettrés, la littérature populaire souvent très inventive, et la littérature plus « respectée ». Illustrer un livre c’est aussi lui donner une autre interprétation, plus inattendue. Quant au renom, il est souvent la conséquence du talent…

Vous proposez également des bijoux, des badges. Que représentent-ils pour votre maison d’édition ?

Des bijoux pas encore (nous économisons pour le four à émaux), mais des badges depuis quelques années pour la légère insolence de porter des binettes d’auteurs au veston, pour revendiquer nos couleurs énergiques : un soupçon de marketing et doucement provocateur lancé au début comme une blague parce que nous avons toujours le souci de nous amuser mais en le faisant aussi bien que possible, petite contradiction que nous assumons.

Avez-vous des auteurs « pilotes » ?

Pas encore Dieu merci, nous tenons toujours le volant, mais nous roulons doucement.

Quels sont les livres qui ont particulièrement marqué votre maison d’édition ?

Conférence alimentaire de Jean-Yves Cendrey, édité à la main (et la nuit) mais qui nous a ouvert le monde des contemporains : La grande vie de Jean-Pierre Martinet, notre best-seller rampant, glauque et tordant ; Quinzinzinzili de Régis Messac parce qu’il était temps de l’exhumer et qu’un titre aussi pénible à prononcer ne se refuse pas ; Les couilles de Dieu pour le culot talentueux ; Vers la poussière qui mériterait un vrai destin ; tous les autres en somme…

Quel est le livre qui vous a échappé et que vous auriez vraiment aimé éditer ?

Aucun regret mais nous nous vengerons le moment venu.

Auriez-vous des titres que vous souhaiteriez mettre particulièrement en avant (vos parutions futures, peut-être, ou une sélection de coups de coeur) ?

Pourquié et Bailly nos derniers contemporains marquants (et nos succès qui plus est) ; La chute dans le néant, un petit bijou fantastique méconnu ; Sueur de sang de Bloy parce qu’un excité aussi doué nous plaît beaucoup ; Plop notre dernier Forêt invisible et un argentin hors norme ; L’homme armé d’Alain Gnaedig (à paraître mi-mars) connu comme un excellent traducteur et qui nous régale avec un roman stevensonien ; le même mois Y penser sans cesse, un projet très original dans le parcours de Marie NDiaye, court livre, le premier écrit à Berlin, d’où surgissent de douloureux fantôme : un beau pari pour nous que ce parti pris narratif.

Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler !) ?

La réédition d’un grand livre d’un auteur trop négligé que nous adorons Marc Petit avec son Nain géant, notre premier « grand format » ; un roman de Chesterton ; un recueil de nouvelles d’Algernon Blackwood, génie méconnu en France du Fantastique ; Mario Levrero, un sud américain qu’on n’a que trop attendu pour l’éditer en France.

Propos recueillis par Clémence en février 2011.

1 commentaire

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Une réponse à “Dialogues avec L’Arbre vengeur

  1. c’est bon d’en savoir plus sur des maisons d’édition encore jeune par rapport à des dinosaures dont on n’a plus à présenter…
    bises

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