La décadence et autres délices

Voici le dernier né des éditions dialogues, « La décadence et autres délices« , de Véronique Beucler, que le libraires, écrivains et blogueurs vous invitent à lire !

Hervé Hamon en personne en dit du (très grand) bien ici :

Le livre de Véronique Beucler est exceptionnel.
D’abord par l’écriture. C’est impeccablement soigné, briqué, poli, sans que cela se voie, se voie trop, sans l’étalage rhétorique qui est aujourd’hui la règle. Elle a le cran de l’élégance discrète, c’est-à-dire de l’élégance tout court.
Et puis son livre est un livre drôle. Mordant, féroce, énorme, mais drôle. En ces temps où le sujet dominant du roman est la vertigineuse descente au fond de mon nombril, voilà une originalité singulière, presque dérangeante, diablement courageuse.
Et surtout, elle ose, elle va jusqu’au bout, elle impose sa fable avec un aplomb, un culot d’enfer. Pas moyen de s’évader, cette affaire de cochonnerie – tout en légèreté, au demeurant, et c’est un tour de force – nous tient la tête du début à la fin.
Moi, j’admire cette énergie de la romancière qui ne raconte pas son dernier divorce, ni les humeurs de son Papa, ni les émois de ses premières règles : elle invente un monde et nous y fait entrer, comme les écrivains des Antilles ou d’Amérique latine.
Quand le blabla parisien se perdra dans les sables, on la relira et on se dira qu’à l’automne 2011, il s’est passé quelque chose. Même qu’on a ri, avec mauvaise conscience.
Chapeau!

Hervé Hamon

Pour la librairie Dialogues, c’est Marie qui prend la plume :

Dans le roman de Véronique Beucler, La décadence et autres délices, toute une partie de la population d’une ville est touchée par d’étranges mutations physiques, simplement esquissées par l’auteur, au début du roman, pour laisser son lecteur évoluer en même temps que ses personnages, afin qu’il ne découvre pas de façon trop abrupte l’horreur de ces transformations.
La grippe porcine en est le facteur déclencheur. Mais le lecteur découvre une tout autre épidémie, insidieuse, fourbe, inconnue et quasi indescriptible dès la troisième page. A la manière de didascalies, clin d’œil au talent de dramaturge de l’auteur, deux jeunes femmes font la découverte de mutations étranges sur leur corps.

L’indicible entre ici en scène ainsi que Vladimir, le personnage central du roman et Jeff, son ami d’enfance dermatologue. Celui-ci lui fait part de son inquiétude car depuis peu il reçoit dans son cabinet des patients atteints par ces fameuses mutations. Vladimir rencontrera Ana une patiente de Jeff avec laquelle il ressentira le besoin de partir, en deuxième partie de roman, tant le monde dit « normal » leur échappera.

Des thèmes comme l’altruisme, l’amitié et la tolérance, jalonnent le texte et font avancer les personnages. Vladi découvre cependant avec horreur, la folie de l’Homme, c’est une histoire dans l’histoire: le gouvernement va proposer des jeux romains antiques, des combats hommes-animaux, des hommes contre des fauves, pour obtenir un visa de séjour en France. L’horreur continue : cette proposition attirera l’un de ses amis sans-papier qu’il tentera d’aider grâce à un ami commun.

Déçu et un peu perdu, il s’exilera avec Ana, pendant quatre ans, pour revenir dans une ville qu’il ne reconnaît plus, scindée en deux mondes : celui de la décadence et de ses délices, celui des mutations physiques assumées et de ces cochons auxquels on ne touchera plus, et surtout pas dans son assiette ! Et celui de la soi-disant norme, le monde de Jeff et de sa peur de l’autre, le monde qui n’accepte aucune différence, le monde de l’intolérance.

Véronique Beucler offre ici une écriture pleine de subtilités et d’humour, à travers ces scènes de plaisir. L’animal même qu’est le cochon évoque la décadence, la lubricité, il n’y a plus d’inhibitions, chaque lecteur se retrouve face à ses propres interdits moraux qui explosent complètement ici. De cette façon, comment ne pas sourire lorsque dans cette parfumerie, des essences aux noms de « truffes », « petit groin » ou encore « fumure » sont présentées à Vladi et Ana ! J’ai aussi aimé l’inventivité de Véronique Beucler et sa « chorale nouveau genre : c’est ni plus ni moins des grognements ! »

La décadence et autres délices est une ode engagée aux rêveurs, aux poètes, aux anti-cartésiens, « une société a besoin de rêveurs » comme le dit Kapzyk, l’un des personnages qui gravite autour de Vladi pour l’aider dans ses choix.

C’est aussi une lecture très agréable que l’on découvre sous la plume de Véronique Beucler. L’intelligence de ce style littéraire nous propose par exemple, une sorte de sommaire à la lecture de la première page du roman. Véronique Beucler, par petites touches ou simples mots, va nous guider dans son roman: « grognait » fait référence au cochon, l’animal de la métamorphose, le mot « rêve » indique l’essence même de cette « décadence », tout comme cette comparaison qui laisse présager des « délices » et autres métamorphoses à venir : « son corps, entendez toute sa personne[…] avait été remplacée par une trompe ».
Autre exemple d’inventivité, nous entrons dans ce roman en sortant du rêve du personnage principal, Vladimir. Astucieuse idée de la part de l’auteur, qui par cette entrée en matière, nous fait découvrir son plaisir de l’écriture qui jalonnera tout le roman, jusqu’à la dernière page.

Enfin, cette histoire surprend, tant par le thème que par l’écriture, c’est en tout cas ce que j’attends d’un livre. Je n’ai pas une fois été essoufflée dans ma lecture, c’était au contraire très fluide et très agréable.
Bonne lecture !

Noann, du blog LIVRogne.com vous invite également à découvrir « La décadence et autres délices »

Une étrange épidémie, qui provoque enflures aux membres, difformités diverses, des nez en patates, des pieds d’éléphants. Une pandémie qui s’étend lentement à travers la population, et que le gouvernement semble vouloir cacher. Pas de mise en garde, pas de communiqué, juste un rappel de vaccination à la radio, pour la grippe. Jeff, un jeune médecin, s’inquiète. Personne ne semble prendre ce problème au sérieux, ou du moins essaie-t-on de le minimiser. Il se confie à Vladimir, son ami de toujours, un homme aux multiples ressources, un peu peintre, un peu vendeur de légumes, curieux de nature. Vladimir interroge son ami, il se renseigne sur la maladie. Il voit les gens se comporter de manière bizarre, ça l’inquiète.

La maladie est, dans ce roman, un personnage à part entière, une entité multiforme, qui meuble de façon tacite et sournoise la vie des habitants de cette cité. Autour de ce personnage insidieux et de Jeff et Vladi gravitent une diversité de personnes, parfois simples figurants, à peine esquissés… L’un s’adonne à une collection de pommes-de-terre, auxquelles il donne une âme. Un autre est boxeur, convié par le gouvernement à prester des combats contre des animaux, en échange d’un visa. Et toujours l’épidémie en arrière-plan.

L’auteure donne à voir un univers étrange et fascinant à la fois, qui rappelle un peu « Le voyage d’Anna Blume d’Auster » ou le moins connu « Les amants de la dernière heure » dont je parlais ici voici quelques semaines. Savamment, patiemment, une toile est tissée, dans ce monde un peu décalé. L’auteure nous fait entrer dans son univers par petites touches, des bribes, des moments, des esquisses. Elle nous fait prendre des chemins de traverse, des impasses, revient parfois, fait un pas de côté, avec un art de la digression et de l’aparté, ce qui demande une certaine concentration et un esprit déductif au lecteur. Il faudra peut-être relire certains passages et remettre des éléments en place. Les idées sont amenées parfois sans fluidité. Certaines transitions sont rapides, abruptes, des éléments tombent au moment où on ne s’y attend pas. Ce qui donne un effet de surprise… Peut-être un peu trop systématique. Autant de choses qui confèrent au récit une ambiance et une densité, mais aussi, une certaine lenteur.

Roman envoyé grâce à Babélio et les éditions « Dialogues », que je remercie. Toutefois, puisque le principe de ce partenariat est de donner son opinion personnelle, je dois avouer que je reste un rien mitigé. J’ai buté sur certains passages, me suis un peu perdu en chemin, parmi ces nombreux figurants secondaires. Mon esprit peut-être trop rationnel a trouvé quelques défauts, une syntaxe perfectible. Je ne prendrais qu’un exemple : « Le jeune homme servait ses clientes, soupesait les pièces… » Selon le sens premier, « soupeser » veut dire « évaluer un poids de la main ». Au sens strict, un commerçant ne soupèse pas, il pèse avec précision. Ce n’est certes pas grave, mais les détails de ce genre ne manquent pas. J’ai trouvé que c’était un bon roman, qui aurait pu être encore meilleur avec quelques coupes et élagages. Je le conseillerai aux lecteurs attirés par ce genre en finesse, subtil, avec un rien de fantaisie, sur un ton particulier, décalé.

Vous trouverez également sur le site de la librairie et sur celui des éditions  un entretien avec Véronique Beucler.

1 commentaire

Classé dans Coups de coeur(s), De la lecture

Une réponse à “La décadence et autres délices

  1. Cécile

    « Ce jeudi-là, Vladimir Fradel se réveilla d’un sommeil agité ». Banale entrée? Peut-être… Mais on était jeudi, j’avais passé une mauvaise nuit, et j’ai tout de suite été embarquée par Vladi, happée par cette histoire farfelue et décalée. C’était exactement ce que j’avais envie de lire à ce moment-là…
    Quand le roman s’ouvre, c’est l’état d’urgence sur tout le territoire : enflures, déformations, lésions en tous genres font leur apparition. On parle vaccination, transmission, port de masque, enfin, on en parle, oui, mais surtout pas de manière publique… Attention : secret d’état, il ne faut surtout pas affoler la population… Tiens donc, tout ça ne nous rappellerait pas un peu un automne pas si lointain?…
    Comme Vladi, on a vite envie d’en savoir plus sur cette drôle d’épidémie, alors, comme si on était plongé dans une enquête, on avance et on tourne les pages avec grand plaisir. D’autant plus que les personnages sont vraiment attachants. Il y a les grands-parents de Vladimir, qui, comme quand il était enfant, continuent à lui offrir tendresse et affection : avoir un papi qui cite Camus, un papi prêt à manifester, à créer un collectif, c’est plutôt pas mal, non? Il y a aussi la belle et mystérieuse Ana, qui ne quitte jamais sa petite chaussette blanche, le voisin chimiste à la retraite qui ne demande qu’à reprendre du service, Jeff, l’ami médecin, coincé entre dire et taire, et aussi Traoré et Sénad, les deux clandestins au destin incertain… Tout ça avec en fond les refrains de Leonard Cohen!
    La deuxième partie est une vraie surprise. Après s’être éloigné quelques années, Vladimir retrouve une France un peu … différente, où plaisirs charnels et autres délices ont désormais pris place. Jouissance, libertinage, voluptés ont pris le pouvoir (tiens donc encore…) et c’est vraiment cocasse.
    Si je mets un petit bémol pour la dernière partie du roman ( l’abus de cochonnaille – je vous laisse découvrir pourquoi…- m’a laissé comme une petite indigestion), l’impression générale est quand même très positive. Il y a plein de choses à piocher dans ce drôle de roman : c’est énergique, efficace, sensuel, différent de tout ce qu’on a l’habitude de lire, bref, ça fait du bien!

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