Les éditions de l’Atelier In8

Mais qui sont donc les éditions de l’Atelier In8, qui nous régalent notamment de ces petites nouvelles publiées « à l’unité » et qui se dévorent le temps d’un trajet en bus, en métro, en trolley ?

Pour en avoir le cœur net, nous avons demandé à Sylvie Lemaire de répondre à notre désormais classique questionnaire et c’est avec grand plaisir que nous partageons ses réponses avec vous.

1. D’où vient ce nom, in8 ? Aviez-vous songé à d’autres noms possibles ?

In8 vient d’ « in octavo », un terme d’imprimerie qui désigne une forme de livre où la feuille imprimée a été pliée trois fois, donnant ainsi huit feuillets, soit seize pages. Sous sa forme abrégée, In8 se prononce [inuit] ce qui suscite immanquablement des hésitations et des questions chez nos interlocuteurs, le meilleur moyen pour briser la glace !

2. Quand et comment votre aventure a-t-elle commencé ? Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?

C’est une histoire de récidiviste et de coup de génie. De récidiviste, car le fondateur de l’Atelier In8 avait déjà préalablement monté une maison avec un associé, avant de partir vers d’autres horizons. Le coup de génie, l’illumination heureuse, c’est l’idée d’éditer de la nouvelle à l’unité. Pas un jour ne passe (ou presque) sans qu’on se félicite des potentialités de cette « niche éditoriale ». Le constat était simple : l’édition française ne proposait pas d’espace de publication pour des fictions courtes, isolées, de petits trésors de prose conçus hors d’une « grande œuvre ». In8 serait cet espace-là, et permettrait à ces pépites d’exister quelque part.

Conscient que la frénésie quotidienne, le manque de temps à consacrer à la lecture étaient autant d’atouts pour séduire un lectorat varié et de plus en plus large, In8 a conçu la collection La Porte à Côté, des petits livrets colorés, à lire en 15 minutes, le temps d’un trajet en métro, d’une attente chez le médecin… Jour après jour, il a fallu convaincre les libraires d’accueillir ces petits fascicules, peu habitués – sauf pour une petite poignée d’amateurs convaincus – qu’ils étaient à proposer des textes courts à leurs clients. Face à notre détermination et notre persévérance, ils ont joué le jeu, en sont venus à apprécier, à attendre et défendre chaque parution. Les lecteurs ont suivi, et un public de lecteurs a pris l’habitude de s’offrir un instant d’évasion avec la lecture des nouvelles. On a pris goût à cet immense genre « mineur » qu’est la nouvelle, et, au fil de nouvelles collections, on a décidé d’en faire notre ligne éditoriale et de la défendre tous azimuts : nouvelles étrangères, nouvelles d’anticipation, nouvelles érotiques, micronouvelles et nouvelles illustrées… La forme courte sous toutes ses formes !

 3. Combien de titres publiez-vous à l’année ? Comment sont-ils dictés ? Comment s’insèrent-ils dans vos collections ?

Nous publions une dizaine de titres par an. Notre catalogue s’organise en collections qui ont chacune leur propre fréquence de parution. Notre collection phare La Porte à Côté est la seule à fonctionner avec un comité de lecture composé d’une dizaines de personnes. Les autres collections – Alter & Ego, Polaroïd, Escapades, Quelqu’un m’a dit – sont sous la tutelle de directeurs de collection, ils les développent à leur rythme, selon leurs « tocades » … qu’ils ne nous dictent pas ! mais nous proposent… Et comme nous avons des directeurs de collection très avisés, suprêmement sensibles et intelligents, il est bien rare que nous ne les partagions pas à notre tour…

4. Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?

Mais très très bien, je vous remercie. Hormis le pôle « réception des manuscrits » qui, en dépit de tous nos efforts, est à peu près aussi embouteillé que le périphérique lorsque Bison futé voit rouge-colère… Mais, curieusement, je pense que nous sommes dans une situation similaire (toutes proportions gardées) à celle des « grandes » maisons, à ceci près que nous n’embauchons pas de stagiaire pour lire et répondre aux auteurs éconduits… Plus sérieusement, s’organiser est une nécessité. Nous sommes une petite « industrie » culturelle, nos produits sont diffusés et distribués au niveau national, donc à grande échelle, et nous nous devons de respecter des impératifs de « qualité », des délais au jour près, des mentions obligatoires… sous peine de ne pas durer ! Tout ceci suppose que nous nous coordonnions correctement en interne, aussi peu nombreux que nous soyons. Cette contrainte est autant morale (par respect de nos auteurs qui comptent sur nous pour défendre au mieux leurs livres) qu’économique.

5. Pourriez-vous me citer des auteurs « pilotes » de votre maison d’édition ?

Il y en a beaucoup, des diesels qui ont déjà quelques kilomètres au compteur et des turbos rugissants. En tout cas, tous en ont sous la pédale ! Sans citer de noms, disons qu’il y a des auteurs dont nous avons publié plusieurs ouvrages et avec lesquels nous entretenons des relations d’amitié. Nous aimons accueillir dans notre catalogue de nouveaux auteurs, parfois d’envergure nationale, séduits par le format court dans lequel peu d’éditeurs leur proposent de s’exprimer. Nous nous targuons de pratiquer une politique de suivi et de fidélité envers nos auteurs.

6. Quels sont les livres qui ont particulièrement votre maison depuis sa création ? Acceptez-vous de nous parler des « flops » ?

La nouvelle Enfance, de Fantah Touré, est une belle histoire éditoriale. Ce texte nous est parvenu par la poste, nous l’avons publié en 2006. Il a bénéficié du bouche-à-oreille des lecteurs et des libraires et aujourd’hui encore, il est l’un des livres « best-seller » de la collection « La Porte à côté » qui poursuit son petit bonhomme de chemin.
Des « flops » – on n’en citera aucun – sont inhérents au métier d’éditeur. Mais aucun de nos ouvrages n’est jamais allé au pilon.

 7. Quel est le livre qui vous a échappé et que vous auriez tellement aimé éditer ?

Il est arrivé qu’un texte enthousiasme l’ensemble des membres de notre comité de lecture, et que l’auteur une fois contacté nous apprenne qu’il vient de signer avec un autre éditeur… D’où l’importance d’être très réactif dans le traitement des manuscrits, notre point faible, par manque de temps.

 8. Auriez-vous des titres que vous souhaiteriez mettre particulièrement en avant (vos parutions futures, peut-être, ou une sélection de coups de coeur) ?

Nous avons pour habitude de défendre l’ensemble de nos parutions.

La novella noire de Marcus Malte Cannisses à paraître le 8 mars prochain ravira à coup sûr ses lecteurs. Dans ce texte fort, il installe le suspense et distille crescendo les ingrédients du drame. Je n’en dis pas plus, mais ce quatrième ouvrage de la collection Polaroïd – dirigée par Marc Villard – est à la fois envoûtant, vertigineux et… terrible.

 9. Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler !) ?

Nous travaillons sur un projet qui mêlera fictions courtes et photographies avec les auteurs du blog « Daily Fiction », Matthieu Raffard et Charles-Albéric d’Hardivilliers. Il s’agira d’un beau livre en couleurs, où chaque détail – papier, typographie, graphisme… – aura une grande importance.

La rentrée 2012 sera aussi cosmopolite pour In8, avec la parution d’un recueil de nouvelles américaines signées Bonnie Jo Campbell, d’un recueil de nouvelles du Portugais Mario de Carvalho et d’un roman de l’Espagnol José Luis de Juan.

En ce moment dans notre librairie brestoise et en ligne, les libraires de Dialogues vous proposent un éclairage sur les nouvelles des Ateliers in8,  collection La porte à côté, et vous offrent, pour l’achat de trois livres de cette sélection (ou d’un coffret) et dans la limite des stocks disponibles, un superbe coffret de cartes postales « Microfictions » de Jan Thirion.

(Entre vous et moi, lisez « Des trains à travers la plaine : 4 voyages dans l’univers Bashung« …)

1 commentaire

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog

Une réponse à “Les éditions de l’Atelier In8

  1. j’ai aimé lire ce questionnaire sur ces « inuits »
    apprendre sur les éditeurs differents apportent les idées parfois…
    bisous par là l’équipe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s