Enola Game, le concours : les résultats !

Les éditions Dialogues, en partenariat avec l’association Clef d’œuvre Vive la lecture! ont organisé un concours d’écriture destiné à tous les lecteurs !

Il s’agissait de rédiger un article critique de 800 à 1400 mots présentant le premier roman de Christel Diehl, intitulé Enola Game, en imaginant que cet article sera ensuite publié dans les pages « culture » de la presse magazine ou quotidienne.

Le comité de lecture, constitué de professionnels du livre (libraires, écrivains, bibliothécaires etc.) et de lecteurs passionnés ont retenu trois articles, dont nous vous proposons ici la lecture.

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Enola Game, un huis-clos poignant et sensible

Enola Game. De quoi s’agit-il ? D’un jeu vidéo ? Le lecteur ne s’interroge pas très longtemps : il comprend vite que c’est bien un jeu. Mais un jeu de mots « sinistre », une allusion à cet avion qui largua sa bombe machiavélique sur Hiroshima, un jour de l’été 1945. Un jeu de mots qui plonge d’emblée le lecteur dans une atmosphère trouble et inquiétante, tout comme les premières phrases du roman, imprégnées de larmes et de cris muets, ponctuées d’interrogations sans réponses. À l’évidence, l’auteur, Christel Diehl, maîtrise les non-dits, les mots invisibles, les pensées intériorisées. Ne pas trop raconter, juste ce qu’il faut. Laisser le lecteur lire entre les lignes, deviner, se projeter au-delà de ses mots, elle y parvient à merveille. À lui d’accepter de trouver lui-même des réponses, à lui de participer à l’histoire et de la décoder avec sa propre carte du monde. À qui est-il confronté ? Quels personnages viennent peupler l’univers d’Enola Game ? Qui en sont les acteurs ? Principalement, une mère et sa fille : « elle » et « la petite ». Ni l’une ni l’autre n’ont de prénom : chacun peut ainsi se reconnaître dans ces personnages. Mais mère et fille ont un âge : l’une approche de la quarantaine et l’autre fête ses quatre ans. Si la reconnaissance identitaire est secondaire, l’ancrage temporel en revanche revêt une importance considérable. Pour qui d’ailleurs ? La mère, sûrement, qui « avant EnolaGame, pensait souvent à la quarantaine comme un cap maudit » ; la petite aussi, trop heureuse de souffler ses bougies ; Christel Diehl et son lecteur, enfin. C’est fort probable… Chercher ses repères pour s’y cramponner comme à une bouée de sauvetage, en créer de nouveaux, quoi qu’il advienne, contre vents et marées, pour continuer à vivre, trouver un sens à son existence, c’est bien là le leitmotiv obsédant de ce roman. Il y a toujours l’avant et l’après, ce qui a précédé et suivi « la grande lumière », « les déflagrations ». Quel est donc cet événement ? Nous l’ignorons, Christel Diehl nous laisse imaginer ce que nous voulons : catastrophe nucléaire, coup d’État, attentat… Peu importe : la nature exacte d’Enola Game est accessoire. Seule sa portée préoccupe l’auteur. À quoi une personne seule, coupée du reste de l’humanité – certes, mère et fille sont ensemble, mais chacune affronte seule sa souffrance, tel n’importe quel malade – à quoi peut-elle donc se raccrocher ? Quel sens peut-elle donner à ses actes, à sa douleur ? Comment continuer à respirer, à défaut de hurler, quand on est enfermé dans la « belle maison de pierre », témoin d’un bonheur révolu ? Comment ne pas basculer dans le déraisonnable, la peur incontrôlable, la violence dirigée contre soi ou un autre, invisible ? L’héroïne du roman, qui peut s’apparenter, par certains aspects seulement, à un Robinson féminin, va puiser dans ses souvenirs pour garder force et lucidité. Cependant, ce qu’elle vit n’a pas grand-chose à voir avec une robinsonnade. En effet, à l’inverse du héros mythique, captif de son île, elle ne peut faire corps avec les ressources naturelles, elle qui est prisonnière de sa propre maison et qui a perdu sa liberté. Elle n’a pas le droit de sortir de chez elle et les rares fois où elle s’offre le luxe de la désobéissance, le retour n’en est que plus amer. Ce qui fut autrefois un nid douillet, avec « son odeur de soleil caramélisé (…) où le bonheur était invité » n’est plus désormais que désolation et glace. Un univers kafkaïen, tel est le quotidien de la mère et de son enfant. Une atmosphère oppressante qui ne laisse guère de place à l’espoir, à une issue lumineuse ; « une infinie détresse » qui empêche de respirer. Un sentiment de culpabilité insidieux ronge petit à petit la mère : que faire pour protéger son enfant ? Son courage et son amour seront-ils suffisants pour la sauver d’un danger à la fois palpable (les soldats dans la rue sont bien réels) et mystérieux ? Jusqu’où est-elle prête à aller ? Car c’est là encore l’une des forces de ce roman : Christel Diehl ne s’épanche pas mais réussit, tout en finesse, à traduire la force et la fragilité des liens entre une mère et son enfant. Liens fusionnels car exacerbés par une situation extrême. Si cette mère réussit encore à se lever chaque matin et à singer les gestes de sa vie d’avant, c’est pour protéger sa petite fille. Et paradoxalement, cette petite fille est aussi sa plus grande faiblesse, l’aveu même de sa vulnérabilité. La petite n’est pas Vendredi : le lien indéfectible entre une mère et son enfant renforce autant qu’il fragilise. Grâce à une écriture poétique, fluide et exempte de fioritures, Christel Diehl parvient à entraîner le lecteur dans son univers. Chaque mot est ciselé, choisi avec soin. Chaque phrase a sa place, sa raison d’être. Chaque citation renvoie celui qui la reçoit à ses propres « ombres familières ». Ce style pudique, délicat, parfois sensuel, qui invite à l’introspection, peut désarçonner le lecteur pressé et vorace. Mais il ravit celui qui vit et savoure le texte en même temps qu’il le lit. La personne attentive remarquera combien les mots de Christel Diehl sont gorgés de sons, de saveurs et de couleurs quand ils évoquent le père de l’héroïne trop tôt disparu ou ses réminiscences magnifiées, des petits bonheurs négligés qui renaissent dès lors qu’ils retrouvent « le goût incomparable des choses comptées ». Enola Game a le ton qui convient à ce huis-clos implacable. Il traduit bien la nécessité de revenir d’urgence à l’essentiel, aux fondamentaux qui s’estompent peu à peu dans une société où tout déborde, où l’individu se noie dans l’abondance. Si son héroïne cède enfin à une envie impérieuse d’écrire, acculée par le destin, Christel Diehl, quant à elle, choisit de braver le temps. Elle ose l’arrêter dans sa course folle pour poser ses mots sur le papier et les faire courir « comme une armée d’insectes couturiers ». Sa plume sait réveiller en nous des souvenirs d’enfance, des peurs oubliées, des récits prenants comme celui d’Anne Frank, des films qui nous hantent des années après que nous les avons vus… Enola Game est de ces livres qui ne nous quittent plus…

Laurence Monnier

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Enola Game

 

Il aurait pu s’agir d’un jeu vidéo. Tout s’y prêtait. Le nom d’abord, qui aurait convenu à merveille à une attaque virtuelle de bombardiers habilement dirigés d’un joystick conquérant. Mais également le contexte, à la fois irréel et terriblement vraisemblable : l’auteur maintient savamment le doute sur la nature exacte d’Enola Game, ce brutal événement aux répercussions inouïes, spectaculaires ou plus insidieuses, à l’origine de l’interminable claustration d’une mère et de sa petite fille. Explosion accidentelle, attaque nucléaire, guerre chimique, civile ou mondiale ? Interrogée quant à l’événement qui l’a inspirée, Christel Diehl confie de manière anecdotique : « Une usine de fabrication d’engrais a explosé un été  tout près de chez moi : les déflagrations étaient assourdissantes, le ciel plombé, et une odeur étrange flottait dans l’air. Pendant de longues heures, personne dans le voisinage n’a su exactement ce qui était arrivé. En pareil cas, l’imagination prend très vite le pas sur la raison ».[1] L’auteur s’est également documentée sur Hiroshima pour écrire son œuvre, avant que Fukushima ne vienne dramatiquement lui faire écho.

Car c’est bel et bien d’un roman qu’il est question. Un écrit court, puissant, poignant. Chef d’œuvre de sensibilité contenue, d’efficacité redoutable. Et tragique hymne à la beauté fragile de la vie. Ici, chaque mot est compté, chaque formule travaillée. Dans cette forme épurée, les courts paragraphes s’enchaînent comme autant de salves d’intensité croissante, sans fioritures, vers un dénouement inéluctable.

Finalement, le nom d’Enola Game recouvre à la fois, dans l’esprit martyrisé de l’adulte désorientée, « un repère chronologique » et cette « pâte de temps qui s’étire depuis le premier jour, invasive et informe, constituée de molécules dont on ne sait pas le degré de nocivité. Intuitivement, elle a choisi le genre féminin. Le même que celui du mot tumeur, qui peut comme chacun sait être bénigne ou faire la maligne. »[2]

Isolées, calfeutrées, cernées par de mystérieuses tentacules indéterminées, mère et fille guettent anxieusement, jour après jour, un signe extérieur, une explication, une raison d’espérer. Dans cette arche de Noé des temps modernes qu’est devenue leur maison,  l’adulte tente, coûte que coûte, dans un combat de chaque minute contre l’angoisse et la douleur, de maintenir une vie décente et une sérénité optimiste, pour son enfant de quatre ans.

Mais dans ce déluge silencieux, moyens de communication, distributions alimentaires puis eau courante peu à peu se tarissent. À l’horizon cendré, scruté à la jumelle chaque nuit d’insomnie par des yeux avides et terrifiés, nul rameau d’olivier ne vient récompenser l’espoir tenace de cette mère esseulée.

C’est donc vers l’ultime grenier d’un passé idéalisé que l’adulte va se tourner pour alimenter cette réclusion de miettes de joie, de lumière et d’espérance. Privée du père de son enfant, de sa fille aînée, de sa mère et de ses amis, l’adulte revisite son histoire en même temps que son foyer : « Comme souvent, lorsque le désarroi la guette, elle déambule dans la maison à la recherche d’un objet familier qui aiguillonnera sa mémoire et lui rendra un peu des siens. »[3] Inlassablement, fiévreusement, goulûment, mère et fille distilleront chaque souvenir pour en récolter la précieuse essence, s’enivrer de parfums de cire d’abeille ou de tartes aux pommes, se délecter de cueillettes surabondantes ou de tendre massepain, se réchauffer de bourdonnantes chaleurs estivales et de rassurantes présences aimées. Au cœur de cette interminable réclusion où tout n’est que manque, restent ces ultimes richesses que la privation n’atteint pas : le temps et l’imaginaire. Et Christel Diehl de décrire avec bonheur et profusion tous ces petits riens quotidiens, autrefois tellement négligés ou survolés, aujourd’hui jalousement dégustés et raffinés. Elle aime à citer Mallarmé : « Ma faim qui d’aucun fruit ne se régale trouve en leur docte manque une saveur égale ».[4] Une vraie leçon pour le lecteur invité à « faire un bel usage de [sa] présence au monde » en prenant « le temps [d’en] saluer la beauté fragile»[5].

Un moment, l’auteur avait envisagé d’étudier cette réclusion du point de vue d’un homme emprisonné qui aurait perdu richesse et situation. Mais cette expérience solitaire aurait exclu l’infinie richesse qu’apporte à cette mère l’existence de son enfant. Christel Diehl, elle-même mère d’une petite fille pour la deuxième fois à trente-neuf ans, a souhaité « mêler à cet univers la présence d’un enfant, qui donne d’autres dimensions à la claustration : l’écoute, le partage, la transmission. »[6] Et, dès lors, la perspective est fondamentalement autre : c’est pour sa fille que l’héroïne va puiser jusqu’au tréfonds de son être le courage viscéral de se battre. « Avec la petite, elle se sent vulnérable. Elle est obsédée par la volonté de protéger son enfant du mieux qu’elle peut.»[7]

Cette mère dévouée s’évertue alors à inventer au quotidien, avec et pour sa fille, au moyen de pièces chaque jour plus minces, un puzzle merveilleux de fantaisie renouvelée et de régularité rassurante. Des draps péniblement lavés sous l’eau glacée, séchant devant un feu au trop rare combustible, émerge ainsi l’exclamation joyeuse de la fillette qui s’empresse d’agrémenter de guirlandes la tente improvisée, aussitôt baptisée « maison des rêves ». Comment ne pas repenser ici aux étincelles de joie qu’un père offrait à son fils en créant pour lui, avec une imagination extraordinaire et une ténacité poignante, un jeu-concours insolite au cœur même de l’enfer des camps de concentration, dans le film  La Vie est belle[8] ? Dans ces circonstances extrêmes, l’absolu dévouement des parents à la protection de leur enfant, en leur fournissant des ressources insoupçonnées autant qu’une endurance hors normes, constitue par ricochet le meilleur ressort pour leur propre survie.
Même temporaire.

Mais ces parents pleinement humains gardent pour eux l’angoissant pressentiment d’un avenir redoutable et la crainte d’un effondrement latent. Une peur croissante, décuplée par une imagination débridée que nul échange adulte ne vient ramener à la raison. « Elle craint que le courage la déserte. Cet étrange courage qui la fait avancer depuis le début, qui lui permet de donner le change à la petite et de gérer la pénurie de tant de choses. […] Elle aspire plus que jamais à l’amnésie trompeuse de ses rares moments de sommeil. »[9]

C’est dans un punching-ball improvisé, autant que dans l’écriture et la peinture, que la mère impuissante va déverser sa rage, sa peur et sa colère. Une colère à l’image de celle que l’auteur dit éprouver « face aux modèles sociétal et culturel qu’on nous impose aujourd’hui. La lecture – creuset de l’empathie – est en danger, on ne propose à nos enfants que des joutes électroniques et une marée d’images reflétant le culte de l’individualisme et de la consommation, au moment-même où la misère et l’obscurantisme gagnent partout
du terrain ».[10]

À l’opposé de ces impasses, l’auteur nous invite à décélérer, à nous « enivrer de tout petits bonheurs qui ne coûtent pas un sou »[11]. C’est ce chemin de sagesse, véritable testament, qu’indique l’héroïne à sa fille aînée en disséminant nombre de petits mots à son intention : « Le bonheur ne tient qu’à toi. Il te suffit de décider que chaque jour est une marche vers le plus haut du ciel. Gravis-la avec grâce. Mets-y de la ferveur et de la fantaisie. Et quand bien même l’un de tes jours t’a semblé être un jour de désespoir, un jour de reculade, un jour trébuché, redresse la tête et vise de nouveau les cimes. »[12]

Comme Kafka, Christel Diehl souhaitait un dénouement marquant : « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? »[13] Le coup de poing est là. Terrible. Mais c’est finalement au lecteur qu’est laissée la liberté de son interprétation : dramatique contre-exemple ou transmission réussie de cette leçon de vie ?

Quitterie Bestard


[1] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.
[2] DIEHL (Christel), Enola Game, Éditions dialogues, 2011, p. 49.

[3] Op. cit, p 87.

[4] MALLARMÉ (Stéphane), Poésies, 1945.

[5] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.
[6] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.

[7] DIEHL (Christel), Enola Game, Éditions dialogues, 2011, p. 48.
[8]La Vie est belle, Roberto Benigni, 1997.

[9] DIEHL (Christel), Enola Game, Éditions dialogues, 2011, p. 105-106.

[10] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.
[11] DIEHL (Christel), Interview personnelle du 23 avril 2012.

[12] DIEHL (Christel), Enola Game, Éditions dialogues, 2011, p. 40.

[13] KAFKA (Franz), Lettre à Oskar Pollak, 1904.

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«Que reste-t-il quand il ne reste rien ? »



Il y a la vie avant Enola game, et la vie après Enola game. La petite l’appelle la grande lumière, mais qu’est-ce en réalité ? C’est un ravage.
Nous suivons le destin d’une mère et de sa fille de quatre ans enfermées chez elles contre leur gré. Jour après jour cette mère doit se battre pour sa fille ; faire semblant devient son quotidien ; alors elle replonge dans ses souvenirs pour puiser de belles choses à partager avec son enfant. La saveur de la pâte d’amande de sa jeunesse, la douceur d’un sourire, la pluie, le beau temps. Parfois, elle rêve, mais même les rêves deviennent cauchemars. Pour assurer leur survie, des militaires envoient des vivres aux habitants au pas de leur porte, mais il est interdit de sortir plus de quelques minutes car l’air a été touché lui aussi. La mère parfois s’accorde tout de même quelques instants de liberté dans son jardin, mais l’atmosphère y est tout aussi étouffante, comme si la nature n’était plus qu’un décor vieilli, une triste illusion. Puis, les militaires finissent par ne plus venir et sont vite remplacés par des vandales qui dépouillent sans pitié les gens. Christel Diehl nous raconte cette catastrophe aux allures de fin du monde sans fioritures ; les mots deviennent poétiques là où la poésie n’existe plus. Finalement, Enola game est peut-être une chance de « tout recommencer », se débarrasser des futilités et enfin devenir soi ! Une chose est sûre : l’auteur, en écrivant, dénonce le matérialisme auquel nous sommes tous en proie à cette époque où internet dicte les règles et où la télévision est reine. Ainsi, c’est un roman qui remet en question notre rapport au monde. La mère se souvient d’un temps où elle rêvait d’en avoir plus justement, mais maintenant qu’elle en a trop elle ne sait plus qu’en faire. Alors, inlassablement, elle écrit des vers qu’elle ne veut oublier, des pensées capturées à l’instant qui s’évanouit, elle écrit, elle écrit, jusqu’à ce que cela devienne une question de survie. C’est en lisant Enola game que nous prenons conscience de l’importance du rapport à l’autre mais aussi des mots, car c’est en couchant quelques lettres sur le papier que notre vie prend forme, et il en va de même pour des paroles échangées avec un être cher. Le style impersonnel qu’utilise Christel Diehl crée une atmosphère étrange ; mais alors que le « Elle» qui désigne la mère devrait nous éloigner du personnage, nous ne nous sommes jamais sentis aussi proches de quelqu’un. Ce huis-clos mère-fille est émouvant et d’une grande force, car il s’efforce de préserver la vie dans ce monde où elle n’a plus de sens. L’espoir devient alors le mot d’ordre de nos deux personnages, l’espoir d’un changement, l’espoir d’un  lendemain pour cette petite fille qui n’a encore rien vu du monde, et qui, avec ses yeux innocents aborde cette catastrophe avec candeur. C’est ainsi que se déroule un goûter d’anniversaire improvisé au coin de la cheminée, mais qui au fond n’a jamais été aussi chaleureux. Que les coups de feu incessants se transforment en feux d’artifices multicolores dans cette petite tête qui ne manque pas d’imagination. Finalement cet enfant pourrait bien être le sens, l’essence même de notre existence. Mais malgré cet espoir, l’histoire prend parfois des allures effrayantes et nous amène à nous poser des questions sur notre propre condition. En effet, pourrions-nous en arriver là ? Nous essayons d’abord de nous raisonner, « ça n’est qu’un roman ! », oui mais… Un roman bien réaliste ! Nous réalisons alors amèrement que nous ne sommes pas à l’abri de notre « Enola Game », ou devrait-on dire de la bêtise humaine. Il nous suffit de regarder autour de nous et l’on comprend que cette mère pourrait bien être la nôtre, et cet enfant notre triste reflet. Des héros de nulle-part mais des héros de toujours. Au fond, Christel Diehl nous livre en force tranquille une petite bombe qui ne peut que nous faire réagir. Je n’ai d’abord pas été enthousiasmée par ma lecture, mais au fil des pages, les frissons se sont emparés de moi et alors j’ai su qu’Enola game était un grand roman ! Il m’a parfois fait penser au livre Je suis une légende de Richard Matheson pour cette solitude et ce cataclysme. Mais parfois aussi à Fin de partie de Beckett car on ne sait jamais vraiment ce qui se passe dehors. La mère, parfois, se hisse en haut d’une fenêtre et observe le monde à travers ses jumelles, comme le personnage de Clov chez Beckett. Oui Enola Game est le roman de la fin de partie. Alors, «que reste-t-il quand il ne reste rien» ? Je vous laisse le découvrir, car Enola Game est une chose à vivre par soi-même et je ne voudrais pas vous en dévoiler d’avantage.

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