Dialogues avec ACT éditions

Bertand Joliet nous a fait la grand gentillesse de répondre à nos questions sur ACT Editions, dont le travail nous a interpelés.

Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir que nous à découvrir cette nouvelle maison.

1. D’où vient ce nom, ACT ? Aviez-vous songé à d’autres noms possibles ?

Au tout début, lorsque ACT n’en était qu’à l’état de projet, nous l’appelions « Toutes Mains », du titre du premier ouvrage, parce que cela correspondait aussi à notre façon de faire : comme une femme ou un homme toutes mains, nous faisons tout nous-mêmes, avec les moyens du bord, depuis les choix éditoriaux jusqu’à la distribution, en passant par les corrections, la maquette, etc.

Mais l’allure de ce nom, « Toutes Mains », en plus de la redondance avec le premier titre, nous semblait au fond un peu élitiste jusqu’à ce que nous remarquions que les initiales de la principale instigatrice de ce projet étaient A.C.T., donc ACT… dont ACT.

Il n’y avait plus à réfléchir, le nom était trouvé, tout était dit de ce que nous voulons faire de cette maison d’édition.


2. Quand et comment votre aventure a-t-elle commencé ? Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?

Nous avions chacun l’envie très forte de monter une maison d’édition depuis très longtemps, freinée avant tout par les coûts d’impression.

Il y a eu à la source du projet deux rencontres : la première avec Rimbaud sous la forme d’un fac-similé de la première édition de « Une saison en enfer », et le nom de l’éditeur en bas de la couverture « alliance typographique (M.-J. Poot et compagnie) 37, rue aux Choux, 37 ». On s’est dit qu’on aurait bien aimé être à la place de Jacques Poot…

La deuxième rencontre est celle de l’imprimerie Evidence et de sa directrice, Annie Angeli. Spécialisée dans les courts et moyens tirages. Evidence travaille pour de nombreux et illustres éditeurs et utilise des technologies très récentes qui permettent de baisser les coûts de productions, et rendent les choses tout simplement  possibles pour un oisillon d’éditeur comme nous. Outre les avantages techniques d’Evidence, nous avons surtout trouvé la passion du livre et une gentillesse de toute l’équipe qui ont fait d’Evidence le déclencheur réel de ce projet.

Quant aux difficultés… voilà juste un passage de Conrad dans Typhon : « Des sales temps, il en avait connu, parbleu ! Il avait été saucé, secoué, fatigué comme de juste ; mais tout cela dont on souffrait le jour même était oublié le jour suivant. Si bien qu’à tout prendre, il avait raison, dans les lettres à sa femme, de parler toujours du beau temps. »

3. Combien de titres comptez-vous publier à l’année ? Comment sont-ils dictés ? Comment s’insèrent-ils dans vos collections ?

Nous comptons publier un titre par mois, sauf au mois d’août. Nos choix sont dictés simplement par le désir de voir un livre exister. La question des collections, nous ne nous la posons pas sérieusement, chaque livre nous semblant unique, mais nous imaginons que des collections vont finir par se créer spontanément  au fur et à mesure des publications, comme dans une bibliothèque où petit à petit les livres trouvent leur place. Nous avons aussi un goût certain pour les textes atypiques, qui ne statuent pas trop vite pour le genre où ils se rangent, les livres libres.
4. Vous portez un soin tout particulier à l’aspect de vos livres. D’où vient ce souci du détail ? Où les imprimez-vous ? Comment travaillez-vous le rapport texte / image ?

Ana est graphiste et Bertrand est peintre, si bien que l’image est une première nature chez nous. C’est le livre en papier que nous avons envie de publier et de défendre, avec aussi tout ce que cela implique dans le rapport à l’objet lui-même : une matière, un format, un poids dans la main et, bien sûr, tout ce qui est dans la relation visuelle au texte et à ce qui l’accompagne ou le porte : la maquette, les illustrations (sans jamais oublier le mot de Louis Pons : « l’illustration est la verrue du texte ») et, primordiale, la typographie.

Pour les images, hormis les livres pour enfants, l’idée maîtresse est que l’image soit relativement indépendante et liée au texte par une relation poétique et non pas strictement illustrative.

5. Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?

Nous sommes deux, Ana et Bertrand, et nous faisons à peu près tout ensemble, à part la maquette où Ana est Grand Manitou. La seule règle est de savoir qui des deux a le temps…

6. Y a-t-il un livre que vous auriez aimé éditer ? Lequel ? Pourquoi ?

Bertrand : c’est une question impossible ! à peu près tous les livres que j’ai lu, de Oui-Oui à celui que je suis en train de lire ; j’allais répondre The Waste Land d’Eliot, puis je me suis ravisé pour Leaves of Grass de Whitman, qui m’a fait penser à Lorca, puis au regretté Khair-Eddine, à Pessoa… et, voyant que mes premières intentions allaient vers des poètes, j’ai tourné casaque vers des romanciers, Beckett, Balzac,  mais aussi des auteurs de SF, Dick, Silverberg, Stephen King ou de polar comme Léo Malet ou Chester Himes ; et encore Diderot, Sarraute, Cicéron ou Omar Khayam… impossible de choisir !

Ana : c’est une question terrible et il m’est bien difficile d’y répondre ! ACT c’est aujourd’hui, c’est demain et dans cette question j’entends déjà l’écho du passé, d’une fin. C’est comme si vous demandiez à quelqu’un ayant déjà bien vécu de retracer toutes les choses qu’il regrette de ne pas avoir fait, vu, senti, écouté, goûté… tous les rêves auxquels il nous faut renoncer. Finalement, je la trouve même un peu cruelle cette question, vous ne trouvez pas ? Alors, plutôt que de penser aux livres que je n’éditerai jamais, je préfère me réjouir de ceux qui vont venir. J’espère préserver le plus longtemps possible l’enthousiasme suscité par cette formidable aventure pour bien les accueillir et leur donner la place qu’ils méritent, leur offrir une véritable existence. Et l’audace de cette maison d’édition je la dois en partie à la rencontre de tous ces merveilleux livres que j’ai pu lire, qui m’ont émue et fait grandir. Désormais, ils n’ont eu de cesse de m’accompagner et de guider ma route.

7. Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler!) ?

Le premier projet est de continuer, en respectant nos volontés fondatrices : autofinancement, essayer de faire sans subventions ni mécénat, pas de numérique, distribution uniquement dans les librairies indépendantes…

Dans l’immédiat, les deux prochains titres – des recueils de poésie, Robert Priser « Bleu était le vent » et Olivier Ragasol, « le Beau idéal ». Puis viennent dans le désordre des livres pour enfants, des guides pratiques (nous préparons un condensé de grammaire française par exemple, et un livre de cuisine très hors norme…), un court roman épistolaire, polar d’anticipation de Tanguy Lohéac… douze projets sont sur la planche.

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