Focus sur l’édition de théâtre

 

Le théâtre est mis à l’honneur à la librairie Dialogues. Lieu de vie où le langage est roi, le théâtre est à voir, à écouter mais aussi à lire. Ce mois-ci nous vous proposons de découvrir trois maisons d’éditions de théâtre : Les Solitaires Intempestifs, L’avant-scène théâtre et L’Arche. Pour l’occasion, François Berreur, directeur des Solitaires Intempestifs, Émilie Delaporte, responsable commercial de L’avant-scène théâtre et Rudolf Rach, éditeur de L’Arche, ont accepté de répondre à quelques questions. Interview croisée.

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Pourriez-vous nous présenter brièvement votre maison d’édition ?

F.B. : « Des textes théâtraux, récits, essais ou commentaires, œuvres inédites ou non, des textes que nous aimons, que nous avons peur de perdre ou d’oublier, texte des hommes, des femmes et des mondes qui nous importent, nous font avancer, nous séduisent et que nous voulons partager, faire entendre et donner. »

Jean-Luc Lagarce, 1992

E.D. : L’avant-scène théâtre est avant tout une revue, créée en 1949, après « La Petite Illustration » qui, chaque mois, entre les deux guerres, éditait le texte d’une pièce jouée à Paris. Le modèle de la revue de L’avant-scène théâtre aujourd’hui reste le même (le texte à l’affiche à Paris ou en Province, un cahier de commentaires et d’entretiens et les photos du spectacle) et la maison s’est enrichie d’autres collections : les « quatre-vents » qui publient des textes d’auteurs contemporains qui ne sont pas forcément joués mais dont nous avons envie de faire entendre la voix, « L’anthologie du théâtre français », véritables « bibles » de notre patrimoine culturel dont le dernier volume consacré au Moyen-âge et à la Renaissance doit paraître en fin d’année, et, dans le cadre d’un partenariat avec cette grande institution qu’est la Comédie-Française, les collections des « Nouveaux Cahiers » et des « Petites formes », la première ayant vocation à faire redécouvrir un grand dramaturge du répertoire, la seconde regroupant, autour d’un thème, des pièces courtes d’auteurs contemporains.

R.R. : L’Arche est une maison d’édition française créée en 1949 par Robert Voisin. Si les premiers titres tentent de rendre familiers à un large public des domaines à l’époque surtout réservés aux spécialistes, telles la psychanalyse, la philosophie ou encore l’esthétique, L’Arche se tourne rapidement vers le théâtre : sont fondées une collection répertoriant les pièces jouées au Théâtre National Populaire de Jean Vilar ainsi que la fameuse revue Théâtre populaire ; en 1954, L’Arche convient avec Bertolt Brecht d’une publication française de son œuvre.

L’Arche dispose aujourd’hui d’un large catalogue (plus de 700 pièces publiées) d’auteurs dramatiques. Parmi eux, quelques-uns des plus célèbres des XIXe et XXe siècles (Thomas Bernhard, Federico García Lorca, Anton Tchekhov et bien d’autres).

Dirigée depuis 1986 par Rudolf Rach, L’Arche, fidèle à sa tradition, continue de publier du théâtre en soulignant l’importance de l’écriture contemporaine à travers les œuvres d’auteurs tels que Edward Bond, Daniel Danis, ou Jan Fabre par exemple.

Deux nouvelles collections ont été créées : Tête-à-tête, qui réunit des textes pour des lecteurs en quête de repères philosophiques, éthiques ou esthétiques, et Théâtre jeunesse, qui a pour but de faire découvrir aux plus petits comme aux plus grands une littérature digne de ce nom.

L’Arche, qui assure elle-même la diffusion et la distribution de ses livres, a aussi une autre vocation : elle gère les droits de représentation d’un grand nombre de pièces publiées à L’Arche ou chez d’autres éditeurs, ou encore à l’état de manuscrit ; elles sont répertoriées dans notre catalogue des pièces. Si vous avez un projet de représentation, nous vous invitons à consulter la page de demande de droits.

Les métiers y sont-ils bien circonscrits ou plutôt transversaux ?

F.B. : Très circonscrits : une personne pour la mise en page et les relations avec les auteurs, les correcteurs et les imprimeurs (les corrections et le graphisme sont externalisés), une pour la comptabilité, une pour la diffusion/distribution et une pour les expéditions. Une gérante chapeaute le tout. Je décide pour le choix des textes.

E.D. : Nous sommes 6 personnes à L’avant-scène théâtre : deux directeurs et rédacteurs en chef, deux assistantes d’édition, l’une se consacrant à la revue et aux anthologies et l’autre aux collections quatre-vents et Comédie-Française, une personne s’occupe de la comptabilité et des abonnements et une enfin de la partie commerciale. Bien sûr, étant donné la taille très réduite de notre structure, chacun est amené à remplir des tâches très diverses et qui dépassent le cadre habituel de ses fonctions, mais chaque poste est clairement défini à la base.

R.R. : Les métiers sont transversaux : les compétences et la polyvalence de chacun sont un atout pour ce type de structure.

Pourquoi et comment votre maison d’édition s’est-elle spécialisée dans le théâtre ?

F.B. : C’est dans la naissance de la maison : j’étais acteur et assistant depuis dix ans dans la compagnie de Jean-Luc Lagarce. Nous avons créé en 1992 la maison pour éditer Olivier Py qui ne trouvait pas d’éditeur. Pour les mêmes raisons, j’ai édité Jean-Luc Lagarce après son décès. Devenu metteur en scène, j’ai souhaité partager des rencontres et des coups de cœur.

E.D. : Comme le dit notre historique, notre maison était, traditionnellement, une revue de théâtre. Notre statut de « maison d’édition » s’est finalement construit par la suite, au gré de la création de nouvelles collections. La publication de textes de théâtre a été notre vocation première, elle n’est pas le fruit d’un changement ou d’une évolution de notre ligne éditoriale.

R.R. : L’Arche éditeur est une maison d’édition spécialisée en théâtre depuis le début des années cinquante.

Quels sont les liens entre éditeurs de théâtre et metteurs en scène et comment l’édition théâtrale accompagne-t-elle les évolutions du théâtre, et du théâtre contemporain en particulier ?

F.B. : Travaillant plus dans le théâtre que dans l’édition mes liens relèvent davantage d’une relation confraternelle avec les acteurs et les metteurs en scène. Avec les théâtres, je crois être un spectateur curieux et gourmand, comme éditeur je suis désespéré du peu d’attention que porte bien souvent les directeurs sur la présence des livres dans leurs théâtres.

Le livre est le lieu de l’analyse et de la compréhension des évolutions théâtrales mais c’est bien aussi le poème dramatique qui est la source de son évolution.

E.D. : Dans notre cas, le lien est véritablement très privilégié, le principe même de la revue l’imposant : en plus du texte de la pièce à l’affiche, nous réalisons des entretiens avec les comédiens et les metteurs en scène. Ce sont souvent eux qui nous proposent des projets qui donnent lieu ensuite à une publication. Le lien que nous entretenons avec les théâtres et les metteurs en scène est donc au cœur de notre métier. L’édition théâtrale se doit de publier les textes d’auteurs contemporains méconnus autant que ceux de notre patrimoine, et de les accompagner ensuite, de leur servir de relais quand leurs mots ont enfin la chance de prendre vie sur scène. Il s’agit en fait de fixer, par l’édition papier, le texte d’un spectacle vivant, donc éphémère. Ainsi le contemporain d’aujourd’hui deviendra le patrimoine de demain.

R.R. : L’Arche est aussi une agence qui représente des auteurs de pièces de théâtre, en grande partie publiés par la maison d’édition. Cette double activité d’agence et d’éditeur permet de faire le lien direct entre le texte et sa mise en scène. L’Arche publie essentiellement du théâtre contemporain dont la qualité littéraire semble évidente.

Comment s’effectuent vos choix éditoriaux et combien de titres publiez-vous à l’année ?

F.B. : Nous publions une vingtaine de titres par an, les choix s’effectuent avant tout dans un équilibre entre des essais, des traductions et des œuvres théâtrales mais j’avoue que j’ai un penchant particulier pour les textes qui ne ressemblent pas forcément à l’idée que l’on a du théâtre. J’ai tellement entendu dans ma vie des spécialistes m’expliquer pourquoi tel ou tel n’était pas un auteur de théâtre que je pense sincèrement que comme éditeur « spécialisé », le théâtre n’est pas ma préoccupation première.

E.D. : Nos choix correspondent aux lignes éditoriales des collections décrites plus haut (grand texte à l’affiche pour la revue, auteur contemporain pour les quatre-vents). Nous publions 20 numéros de la revue L’avant-scène théâtre par an, en moyenne 12 livres en collection quatre-vents et trois ou quatre ouvrages en collaboration avec la Comédie-Française.

R.R. : Tout en étant attentifs aux productions contemporaines, nous prenons souvent le risque de publier des textes qui n’ont pas encore été représentés.

Nous publions plus de 25 nouveautés par an.

Quelques nouveautés incontournables :

 

Martin Crimp

Dans la République du bonheur (éd. L’Arche)

Interrompu par l’arrivée de l’oncle Bob, le repas de Noël en famille vire au règlement de compte. Les raisons qu’il donne pour expliquer que Madeleine, sa femme, est restée dans la voiture ne font qu’accentuer les ressentiments et libérer la parole de chacun.

Guillaume von der Weid

La chose qui donne à penser (éd. L’Arche)

Le sens de la philosophie peut être compris de trois façons : d’abord comme le sens du mot « philosophie », c’est-à-dire la philosophie que produisent les philosophes. Ensuite comme le sens des philosophies, celui qu’elles donnent au monde, et qui est du domaine des historiens de la philosophie. Enfin, et c’est le troisième sens qui nous intéresse, comme la direction de la philosophie, c’est-a-dire son utilité. La philosophie n’a de valeur qu’en libérant la vie loin des abstractions et des chapelles qui la ligotent.

Jean-Pierre Siméon

Stabat Mater Furiosa (éd. Les Solitaires Intempestifs)

Stabat Mater Furiosa, cri solitaire d’une femme qui se révolte contre la guerre et la violence, fut montée pour la première fois en 1999 par Christian Schiaretti. Depuis plus de soixante mises en scène ont été réalisées en France. Cette pièce d’un poète venu au théâtre a été traduite en sept langues et jouée dans quatorze pays.

Odile Duboc

Les mots de la matière (éd. Les Solitaires Intempestifs)

Ce livre donne à lire et entendre les mots de l’artiste Odile Duboc. C’est la voix d’une chorégraphe, danseuse, pédagogue, soucieuse de transmettre les valeurs de sa danse, et d’en décrire les gestes fondateurs. Dans une écriture limpide et parfois poétique, elle décline ici ce qui fonde son esthétique et son langage chorégraphique. Les mots de la matière rassemble des textes écrits entre 1981 et 2010, pour certains inédits.

Darina Al Joundi

Le jour où Nina Simone a cessé de chanter (éd. Avant-scène théâtre)

Le soir des funérailles de son père, tandis que sa famille récite des sourates du Coran, Noun interrompt la cérémonie. Fidèle à la mémoire d’un père écrivain et journaliste, combattant de la liberté, elle décide de mettre fin à cette commémoration et de faire respecter les dernières volontés du défunt : être enterré sur un air de jazz. Enfermée à double tour avec le mort, Noun revient sur son histoire au Liban. Elle évoque la guerre, le carcan de la religion, le poids des préjugés et aborde sa lutte contre une société masculine toute-puissante, interdisant à la femme l’exercice de la parole.

 

Robert Abirached

Le théâtre français du XXème siècle (éd. Avant-scène théâtre)

Après une présentation de l’histoire des écritures et des auteurs, des rapports du théâtre avec le monde contemporain et des analyses du métier d’acteur et de l’histoire de la mise en scène, cette anthologie reproduit des extraits de textes dramatiques et théoriques, accompagnés d’introductions et de commentaires des metteurs en scène de premier plan.

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