Lectures thématiques : La langue – Par Arnaud

« On n’habite pas un pays, on habite une langue », Cioran.

À la lecture de novembre plusieurs ouvrages entremêlent le même thème.

S’il y a des livres épatants sur les guerres et notamment Compagnie K. (éd. Gallmeister) de William March (14-18, Les Ardennes), La chute de Paris (éd. La Fabrique) de Herbert Lottman (1940, Paris) ou encore le toujours d’actualité, Yellow Birds (éd. Stock) de Kevin Powers (2004, Afghanistan), trois livres (et un peu plus) ont retenu notre attention concernant le sujet de la Langue.

Éric Faye, tout d’abord, nous plonge aux confins du cercle Arctique au gré duquel l’on voyage, des pays baltes au Groenland, de la Slovaquie au Japon, de la Russie à San Francisco. Après les souvenirs étudiants, de correspondance en correspondants, une rencontre manquée avec Gorbatchev alors qu’il est tout minot, il nous relate de manière truculente les aventures d’un écrivain en Turquie et le quotidien des signatures de livres en terres étrangères. Plus les voyages paraissent extraordinaires et les destinations incongrues plus la réflexion devient profonde et enivrante. On prend alors l’avion sur des tarmacs improbables et sa plume nous fait atterrir sur des pistes découpées dans le brouillard. C’est beau comme un récit de voyage que l’on souhaite partager.

Somnambule dans Istanbul (éd. Stock), Éric Faye.

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Plus individuel mais non moins beau, le crayon fidèle et pourtant en mutation de Richard Millet nous livre un roman solitaire à multiples entrées sur un Américain qui veut écrire en français. Bien sûr celui-ci est empêché par le profond respect qu’il porte à Bugeaud, double de l’auteur, mais la vérité est, non pas ailleurs chez Millet mais partout, ce qui reviendrait à nulle part, suggérerait-il sans doute, et la relation que son héros entretient avec Rebecca, fille hautement singulière, tout à la fois physicienne désabusée et amante indépendante, ne nous épargne ni les jouissances molles ni les élans d’amour les plus tendus. Un roman troublant, trempé dans le sang, sur l’exil, la façon que nous avons de nous exprimer dans la langue et le geste et ce que nous partageons avec qui nous enseigne les choses de la vie.

Une artiste du sexe (éd. Gallimard), Richard Millet.

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Enfin, Allah est grand, ce livre est à conseiller à tous les lecteurs curieux de dégoter LE livre qui sort mais qui est déjà sorti, qu’on n’a pas lu et qu’il faut lire parce que c’est superbe et absolument dans le temps qu’il fait (1924 tout de même) : le Route des Indes de E.M. Forster, traduit par Charles Mauron, et présenté et annoté par Catherine Lanone, est remarquable. C’est une fiction qui fait état de la relation humaine entre Anglais et Indiens; il nous explique page après page (la patience est récompense), pédagogue sans en être, que le motif de découvrir le vrai hindou est déjà un motif colonial malgré les meilleurs sentiments de Misses Quested, Moore ; que la clique de hauts fonctionnaires britanniques, pétrie d’a priori prête à enflammer les rumeurs qui fondent l’incompréhension et le bellicisme n’ont pas bougé d’un pouce ; que le fil de coton que l’on tire nous ramène au roman dans sa totalité et que les portraits des humains que vous lirez vous marqueront aussi sûrement qu’une morsure de serpent au poison diffus. De la difficulté de s’entendre entre civilisations.

Route des Indes (éd. Le Bruit du Temps), E.M. Forster.

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Pour compléter le sujet :

Kizu dans les fissures de la ville (éd. Arléa), Mickaël Ferrier (Sur le Japon et les lézards).

Les derniers jours (éd. Gallimard), Jean Clair (Journal sur la langue maternelle et l’art).

En Inde (éd. Arléa), Albert Londres (Sur Gandhi et Tagore).

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