Interview de Diane de Selliers

  • Pourriez-vous nous raconter l’histoire et les débuts de la maison d’éditions Diane de Selliers ?

Lorsque je suis arrivée à Paris, j’ai cherché une place d’éditeur dans une maison d’édition. J’avais fait mon mémoire sur le succès du Cheval d’orgueil de Pierre Jakez-Hélias, dans la collection Terre Humaine chez Plon, j’avais donc déjà eu une première approche de ce milieu et souhaitais y rester. Mon premier emploi a été chez Claude Tchou. J’ai aussi travaillé aux Editions Hatier en littérature générale et chez Duculot où j’étais en charge du développement éditorial international de cette maison d’édition belge.

L’occasion de créer ma propre maison d’édition est liée à la découverte d’une édition rare des Fables de La Fontaine illustrées par 275 planches en couleurs de Jean-Baptiste Oudry. Cela a été le véritable tournant de ma démarche éditoriale. J’ai pensé qu’une œuvre de cette qualité ne pouvait rester inconnue du public. Le libraire de livres anciens qui possédait cette œuvre m’a autorisée à photographier l’ensemble des 275 planches et les nombreux motifs floraux de Bachelier pour réaliser cette édition contemporaine des Fables accompagnées de cette iconographie exceptionnelle. Je ne savais pas encore à ce moment-là que cela deviendrait le début d’une collection.

Par la suite, un autre livre a transformé ma vie d’éditeur et celle de la maison d’édition : La Divine Comédie de Dante illustrée par Botticelli, troisième titre de ce qui s’appelle aujourd’hui la collection « Des Grands textes illustrés par les plus grands peintres ». Ce poème m’a fait réaliser à quel point les textes fondateurs étaient présents dans notre culture et dans notre façon de penser. J’ai désiré les rendre accessibles au plus grand nombre et éveiller la curiosité du lecteur en les illustrant de la façon la plus pertinente, accompagnés le plus souvent des commentaires d’œuvres venant éclairer à la fois le texte et l’image.

 

  • Comment s’organisent ces éditions ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien circonscrits ou plutôt transversaux ?

Une éditrice, Marion Balalud, travaille en lien étroit avec moi à la production avec l’aide précieuse de deux stagiaires, actuellement Diane Gagneret et Jeanne Cottet, ce qui nous permet de toujours faire avancer plusieurs projets de livres en même temps, et de travailler bien en amont. Nous avons une responsable commerciale, Aurélie Razimbaud, qui gère la communication et les projets à l’international, accompagnée d’une assistante, Louise Bocquin, et d’une stagiaire – actuellement Inès de Boisgelin – qui se concentrent surtout sur l’aspect numérique et la commercialisation française. Mon rôle est essentiellement de superviser cette équipe, d’insuffler les idées, les projets, d’animer. C’est également moi qui choisis les ouvrage que nous allons publier.

Nous avons une organisation avec des rôles qui sont à la fois circonscrits et transversaux. C’est équilibré entre d’une part, des rôles bien définis qui séparent notamment la production de la commercialisation, et d’autre part une transversalité permettant à chacun de participer aux différentes étapes de la vie de la maison, selon leurs souhaits et les possibilités. Aurélie Razimbaud par exemple, passionnée par un poète (dont nous taisons le nom pour le moment),  participe vivement aux recherches iconographiques menées pour illustrer ses écrits.

Cela permet à l’équipe d’être impliquée dans les projets depuis leurs débuts, à partir de la création même jusqu’à l’arrivée du livre dans les mains du lecteur. C’est aussi ce qui fait la force de notre identité, il y a une forte synergie qui permet à chacun de comprendre ce qui est fait, de quelle manière et pour quelles raisons.           

Chacune a ses projets personnels, y compris les stagiaires. On donne beaucoup d’autonomie et de responsabilités, à condition d’évoquer en amont les questions à soulever ou les problèmes à régler. La direction est donc assez horizontale, avec un encadrement pour soutenir les jeunes tout au long de leur projet, avec des formations très pointues.

 

  • Vous publiez un ouvrage par an. Comment ce rythme s’est-il imposé et comment faites-vous vos choix éditoriaux ?

L’idée depuis le premier ouvrage, c’est de faire peu mais bien. Nous voulons faire des livres qui restent. Cela fait déjà 23 ans que je me suis tenue à cette ligne éditoriale. Nous publions peu : chaque année un livre dans la grande collection, un deuxième dans la petite collection et plus rarement, un hors-collection. Nous gardons les mêmes critères de qualité en termes de recherche iconographique, de choix des textes, de choix des intervenants (historiens, scientifiques) qui viennent apporter leurs connaissances à une édition, et nous sommes aussi attachés à la qualité de fabrication pour la photogravure, le papier, l’impression et les reliures par exemple. Bien sûr les gens qui achètent ces livres ne le savent pas mais ils sentent qu’ils sont différents, qu’il y a quelque chose en plus par rapport à ce que l’on trouve habituellement dans le commerce. Nous faisons des livres qui restent : les livres du début de la collection se vendent toujours aussi bien. Aucun n’est démodé. Ils restent tous d’actualité, nos lecteurs les transmettent à leurs enfants et considèrent  qu’ils participent au patrimoine culturel.

 

  • À travers chacun des ouvrages que vous publiez, vous établissez un dialogue saisissant entre art et littérature. Comment construit-on de tels ouvrages, et comment s’effectue le choix des œuvres d’art qui accompagnent les textes fondateurs que vous publiez ?

Je suis toujours à l’affût et à la recherche de textes, fondateurs ou emblématiques, que j’ai envie de connaître et de partager. Et toujours à la recherche d’artistes, contemporains ou classiques, ou d’écoles ou courants de peinture que j’ai envie de faire connaître. Dès que je pressens une rencontre entre un texte et la peinture, je commence à y travailler pour voir si le projet est cohérent et fait sens. La plupart du temps je pars du texte, parfois de l’image comme c’était le cas pour les Fleurs du Mal de Baudelaire. Parfois les deux jaillissent en même temps. Parfois il s’écoule des années avant que je ne trouve la façon d’éclairer une oeuvre.

Par exemple L’Enéide, qui vient de paraître dans notre « Petite collection* » : je voulais l’illustrer par un artiste contemporain car il n’y a pas d’illustration à proprement parler de ce poème. Finalement, après plusieurs années de réflexion, j’ai choisi de l’illustrer avec les fresques et mosaïques contemporaines de Virgile, reproduisant souvent des scènes de L’Iliade et de L’Odyssée d’Homère dont Virgile s’est grandement inspiré et qui était bien représenté dans les fresques, et de donner ainsi une idée de l’époque de Virgile et de ses sources d’inspirations dans la peinture.

 

  • Aujourd’hui, à l’heure du numérique, quels sont les principaux défis à relever pour les éditions Diane de Selliers ? 

Avec le numérique, les pratiques de lecture sont en train de se modifier profondément; de nouvelles exigences émergent, ainsi que de nouveaux modes de transmission des savoirs. Dans ce paysage les défis sont multiples et passionnants : nous emparer de ces outils innovants pour permettre à nos contenus de toucher le plus large public, mais aussi concevoir des livres numériques dans une dynamique vertueuse, favorable à la diffusion des livres papier. Les livres que nous publions sont porteurs de culture universelle et dans les explorations que nous menons autour du numérique nous sommes animés par le désir de poursuivre notre mission d’éditeur : transmettre cette culture, sous toutes ses formes.

*« La petite collection », propose des ouvrages épuisés au sein de « La grande collection » dans un format réduit (19 x 26 cm), habillés d’une couverture souple et d’une jaquette à larges rabats, mis sous coffret lorsque l’ouvrage comprend plus d’un volume.

Retrouvez notre dossier complet consacré aux éditions Diane de Selliers, sur le site http://www.librairiedialogues.fr

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