Entretien avec Claire Fourier

 

Dans L’amour aussi s’arme d’acier, Claire Fourier nous entraîne en 1948 sur la RC4, le mauvais chemin de pierre qui sépare la Chine de l’Indochine et que s’arrachent Français et Viêt Minh. Dans cet enfer naît une histoire d’amour entre un soldat du génie, Francis, et une jeune ambulancière, Lily. Zoom sur l’un des romans les plus forts de Claire Fourier.

Laurence Bellon (Dialogues) : L’amour aussi s’arme d’acier plante son décor en pleine guerre d’Indochine, en 1948. Pourquoi, Claire Fourier, écrire sur ce conflit ?

Claire Fourier : Je n’ai pas choisi mon sujet, c’est le sujet qui m’a choisie. La providence a fait que j’ai rencontré le héros du livre. Il m’a raconté une histoire d’amour sublime vécue personnellement au cœur du conflit. J’ai voulu en savoir davantage et j’ai été happée par un épisode crucial, or méconnu, de la « sale guerre ». C’est devenu un devoir de raconter – et de dégager le sens de ce que je racontais. Il y a aussi que je suis petite-fille d’un marin brestois qui a sillonné la mer de Chine et nourri de ses voyages des petits-enfants émerveillés. Puis c’était l’occasion de rendre hommage aux Bretons, nombreux, qui sont allés mourir en Indochine.

LB : De nouveau, la guerre, un grand sujet, comme un fil rouge dans plusieurs de vos livres. En pointant de votre plume l’horreur, que souhaitez-vous transmettre au lecteur ?

CF : Écrire, c’est dire d’une manière nouvelle le « rien de nouveau sous le soleil ». Je ne fais donc que transmettre, en l’exprimant à ma façon, une leçon vieille comme le monde, banale, mais insurpassée : Faites l’amour, pas la guerre. La guerre est absurde et criminogène ; le politicien qui la provoque est plus absurde encore et criminel. Le guerrier, lui, est mû par une exaltation insoupçonnée des civils. De Gaulle a évoqué le « tumulte enivrant du combat ». Femme, j’essaie de comprendre cette exaltation meurtrière, tout en pointant la « bêtise au front de taureau » de l’homme face à la guerre.

LB : La guerre, mais aussi et surtout l’amour… Volontairement, vous placez les deux côte à côte. L’amour, est-ce selon vous le remède à la guerre, ce vers quoi doit tendre l’homme ?

CF : Pensons aux dieux grecs : Arès, dieu de la guerre, s’éprend d’Aphrodite, déesse de l’amour. Ils ont un enfant. Comment s’appelle-t-il ? Harmonie. Tout est là. Homère, encore : « L’homme se lasse de l’amour, pas de la guerre. » L’Histoire le prouve. Quiconque a étudié le passé ne s’étonne de rien, surtout pas que la guerre soit toujours recommencée, en dépit des « plus jamais ça ! ». Toutefois j’ai à cœur de me battre, là où je suis, avec ma plume – une arme de lumière – pour que l’amour l’emporte. Je suis vaincue d’avance. Tant pis. Je poursuis le combat en humble fille de Rosa Luxemburg, pacifiste qui fut assassinée… pour être partie en guerre contre la guerre.

LB : Dans ce roman construit en trois parties, vous évoquez avec force le contexte historique, puis la bataille elle-même, et la belle romance. À vous lire, on voit tout, comme dans un film. Comment avez-vous composé votre roman ?

CF : Pour que le lecteur suive bien la stupéfiante histoire d’amour, il fallait situer le cadre géographique et historique dont elle découle. La Route du sang, accrochée à la montagne, serpentant, vertigineuse, à travers la jungle, s’est imposée comme un personnage qui respire et dicte son rythme. La composition du livre, son unité, s’est modelée sur la progression sinueuse de ce rythme : net, relevant d’une précision d’orfèvre pour le contexte ; lent et haletant pour le cheminement du convoi ; précipité comme le feu des armes pour l’embuscade ; doux et poignant pour l’étreinte. Vient un moment où la Route du sang et la femme blessée se fondent dans l’esprit du guerrier. Il a combattu sur l’une, il s’allonge sur l’autre et, chaviré, il se prend à verser des larmes d’amour pour la route maudite qui prend corps de femme aimée. Ultime harmonie. 

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