Focus sur « L’automne des bonnets rouges »

L’automne des bonnets rouges, de la colère au renouveau, paru le 13 décembre, aux éditions dialogues, propose les regards croisés de quatre Finistériens sur le mouvement des bonnets rouges, ses causes et conséquences, et sur l’avenir de la Bretagne. Deux d’entre eux répondent à nos questions :

Jacques Baguenard, professeur de droit constitutionnel et de sciences politique à l’UBO

Pourquoi avoir participé à l’écriture d’un livre sur le mouvement des bonnets rouges ?

Deux raisons principales :

– Cette révolte constitue un salutaire réveil pour une Bretagne occidentale qui avait tendance à s’assoupir dangereusement sur des lauriers fanés.

– L’occasion était offerte de donner, vu d’ici, un sens à un mouvement qui, interprété par des analystes éloignés du terrain pour ne pas dire parisiens, ne pouvait que prendre des allures folkloriques ou caricaturales. J’ai le souvenir du relais de télévision de Roc’h Trédudon qui, ayant été plastiqué en janvier 1974, avait privé bon nombre de Finistériens de programmes télévisés pendant de nombreuses semaines… Ce phénomène sociologique original – la redécouverte des veillées au coin du feu – avait donné lieu à des analyses stupidement caricaturales venant d’ailleurs… Qu’un éditeur enraciné ici offre cette opportunité était une occasion à saisir d’emblée !

Selon vous, d’un point de vue politique, qu’illustre cette fronde ?

Cette fronde éclaire trois dimensions :

– Le besoin de respect, car la Basse-Bretagne ne supporte plus que son comportement lui soit dicté par des oukases venant de Rennes, Paris ou Bruxelles… sans qu’elle puisse émettre d’opinion ;

– Le ras-le-bol contre une pression fiscale indécente produite par une élite oligarchique protégée par ses indemnités et son statut ;

– La puissance « subversive » d’une périphérie qui bouscule les certitudes d’un centre devenu autiste.

Après la colère, le renouveau. Par où commence-t-il ?

Le renouveau implique quatre préalables :

1 – que les acteurs de cette révolte ne l’instrumentalisent pas au service de leurs ambitions ;

2 – que se développent les États Généraux du Renouveau impliquant les réseaux tels que l’Institut de Locarn, la Diaspora bretonne, Produit en Bretagne, le groupement tes entrepreneurs (CCIB)… qui ont beaucoup à nous apprendre ;

3 – que les propositions soient clairement hiérarchisées à partir d’une Basse-Bretagne dont Brest doit être le centre d’impulsion au service de l’Armor et de l’Argoat ;

4 – que le tempo soit explicitement fixé et l’objectif identifié : éclairer le chemin suppose que l’on se soit fixé un horizon !

 

Hervé Thouement, maître de conférence en sciences économiques à l’UBO

Pourquoi avoir participé à l’écriture d’un livre sur les bonnets rouges ?

Ma première pensée est allée aux nombreuses personnes victimes de licenciement. Par ailleurs, peu d’économistes, en dehors d’Yves Morvan, ont écrit sur la Bretagne. Mon collègue Erwann Charles et moi avions, en tant que responsables d’un master en développement territorial, le projet de rédiger un ouvrage sur l’économie bretonne ; la proposition de Charles Kermarec, faire analyser la crise des bonnets rouges par des personnes du territoire, nous a séduits et s’est donc présentée comme une opportunité.

Selon vous, d’un point de vue économique, qu’illustre cette fronde ?

Les Trente Glorieuses correspondent à une période d’état stable du capitalisme. Le processus de globalisation ouvre une nouvelle ère de tâtonnement et d’instabilité. Les cartes sont à nouveau rebattues. L’économie bretonne n’y échappe pas, même si elle a bien affronté la première séquence de la crise financière. La fronde des bonnets rouges est un révélateur de la fragilité de son système productif, facette que nous analysons en lien avec la Bretagne occidentale.

Après la colère, le renouveau. Par où commence-t-il ?

Le « renouveau économique » doit transiter à la fois par les entreprises et les pouvoirs publics (État, Région, etc.). À chacun son rôle : aux entreprises d’innover, aux pouvoirs publics de construire un environnement favorisant la créativité. La gouvernance des territoires s’effectue à présent à de multiples niveaux, de la commune à l’Union européenne. Pour être efficiente, elle doit s’appuyer sur le principe de subsidiarité ; pour être réactive, de nombreuses décisions doivent aujourd’hui être prises sur le terrain. Notre dernier chapitre propose en ce sens quelques pistes.

 

Pour en savoir plus sur les bonnets rouges :

L’automne des Bonnets rouge, de la colère au renouveau (éd. Dialogues), de Jacques Baguenard, Hervé Thouement, Erwann Charles et René Pérez.

Une analyse de la révolte des bonnets rouges par quatre experts, avec le recul de ceux qui ne sont pas dans le feu de l’action.

 

À genoux, Bretagne ! ou L’arnaque des Benêts rouges (éd. la Part Commune), de Youenn DrougRu.

Des responsables d’entreprises qui licencient, des leaders d’une agriculture dépassée et polluante, mais incapables de reconnaître leurs erreurs, qui misent sur le désarroi qu’ils ont eux-mêmes provoqué pour masquer le désastre économique qu’ils ont déclenché en Bretagne. L’auteur de ce « coup de gueule » ne supporte plus qu’on exploite ainsi le désespoir des plus modestes, qui se précipitent dans le filet tendu, comme des moutons de Panurge.

 

Qui étaient les bonnets rouges ? (éd. Skol Vreizh), de Michel Nassiet.

Dans ce livre, l’historien Michel Nassiet, professeur à l’université d’Angers, apporte un éclairage nouveau sur la révolte des Bonnets rouges de 1675, ce passé parfois mythifié qui appartient désormais à la mémoire collective des Bretons.

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