Focus sur la maison d’éditions « L’Arachnéen »

Librairie Dialogues : D’où vient ce nom, L’Arachnéen ? Aviez-vous songé à d’autres noms possibles ?

Sandra Álvarez de Toledo : L’Arachnéen est le titre d’un essai de Fernand Deligny, que nous avons publié en 2008. Qui dit «  arachnéen »  dit trame, réseau, le mythe d’Arakné également, et ce mot étrange, avec ses connotations entomologiques, convenait à la fois à l’idée d’un travail méticuleux, complexe, ainsi qu’à l’idée de publier des auteurs qui mobilisent différentes disciplines, les entrecroisent, les perçoivent comme « naturellement » liées par une certaine idée de l’art (la littérature, la philosophie, la danse, le cinéma, etc.).

couv_jaune

LB : Quand et comment votre aventure a-t-elle commencé ? Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?

SAT : Nous avons publié notre premier livre, les Œuvres de Fernand Deligny (1850 pages, plus de 500 images), en 2007.

couv_oeuvres

Nous avons rapidement compris que nous étions les seules à pouvoir publier une telle somme. Gérard Bobillier, le directeur des éditions Verdier à qui nous l’avions proposé avant de fonder L’Arachnéen, a décliné l’offre tout en saluant l’indispensable « réparation » (Deligny avait à l’époque largement disparu). L’éditeur Dominique Carré aurait été prêt à s’engager, mais nous avions une idée précise de la manière dont nous voulions présenter cette œuvre et concevoir l’architecture du livre et nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure. La difficulté consistait à trouver des aides. Le CNL nous a largement soutenu, ainsi que le Ministère de la Jeunesse et des sports, qui conservait la mémoire de l’importance du Deligny-éducateur. Nous avons eu la chance de trouver un diffuseur-distributeur, qui était Pollen à l’époque (nous sommes maintenant diffusés par La Différence et distribués par Volumen).

LB : Combien de titres publiez-vous à l’année ? Comment sont-ils dictés ?

SAT : Nous publions deux à trois titres par an. Nous aimons travailler avec des auteurs, sur le long terme.

DELIGNY_7FACE_COUV

Après Deligny (dont nous avons publié ensuite d’autres ouvrages, dont le plus récent est un roman, La Septième face du dé), nous avons publié sept livres de l’historien de l’art Jean-François Chevrier: nous avons réédité son Proust et la photographie (augmenté d’une nouvelle iconographie et d’un texte inédit), puis une série de recueils et enfin L’Hallucination artistique (700 pages). Nous avons également publié un livre que j’aime particulièrement sur le cinéaste bengali Ritwik Ghatak (un contemporain de Satyajit Ray), un très grand artiste, hélas peu connu excepté par les cinéphiles (son œuvre a fait l’objet d’une rétrospective en 2011, au moment de la parution du livre). Nous sommes actuellement engagés dans la publication des textes de Catherine Coquio, qui est l’une des spécialistes de ce qu’on appelle la littérature de témoignage.

LB : Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?

SAT : Nous travaillons à deux. Anaïs Masson, avec qui j’ai fait tous les livres (quatorze!) publiés à ce jour par L’Arachnéen, vient de partir après huit années de travail commun. Quelqu’un prendra sa place prochainement. Anaïs Masson est photographe, elle a un sensibilité très fine à l’image et elle a joué un rôle fondamental dans le choix iconographique,  et dans le travail de photogravure et de préparation de l’impression. Pour ma part, j’ai choisi les auteurs, « édité » (au sens américain) un certain nombre d’ouvrages dont j’ai également écrit les préfaces ou postfaces,  et travaillé de près à la mise en page, notamment David Poullard, tandis qu’Anaïs, elle, travaillait avec Filiep Tacq, pour les livres de Jean-François Chevrier. Les compétences informatiques me faisant entièrement défaut, c’est elle qui alimentait le site et mettait en page nos catalogues et dossiers, dont j’écrivais les textes. Pour le reste, nous partagions l’essentiel des tâches, comme cela se fait dans les petites maisons, notamment le travail de la presse, le suivi de la diffusion en librairie, etc.

LB : Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler !) ?

SAT : Nous travaillons actuellement sur le recueil de textes de Catherine Coquio (500 pages), qui rassemblera une grande partie des très beaux textes qu’elle a consacrés à la littérature liée aux génocides et notamment aux œuvres d’Imre Kertész, Charlotte Delbo, Primo Lévi, Jean Cayrol, Piotr Rawicz, Etty Hillesum, pour n’en citer que quelques-uns. Ce premier tome sera suivi d’un second.

Nous publierons également un fascinant roman de Thomas Harlan, Rosa, qui est en cours de traduction de l’allemand par Marianne Dautrey. Thomas Harlan est également cinéaste, et son œuvre s’est en grande partie déterminée contre celle de son père, Veit Harlan, le réalisateur officiel du régime nazi et auteur du sinistre Juif Süss. Nous préparons également une monographie de l’artiste Anne-Marie Schneider.

Pour aller découvrir l’ensemble des ouvrages de cette maison d’éditions, rendez-vous sur le site www.librairiedialogues.fr

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s