Focus sur les éditions Alma

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Trois questions à Catherine Argand

 Catherine Argand, vous êtes directrice éditoriale d’Alma éditeur. Pourriez-vous nous raconter la naissance de cette maison en 2010 ?

Il était une fois deux journalistes et amis, passionnés de littérature et d’Histoire depuis l’enfance. L’un avait travaillé comme chef de service ou rédacteur en chef à La Croix, RFI, France-Culture, le JDD, Livres Hebdo. L’autre avait bifurqué vers l’édition et pris en charge la collection de littérature étrangère aux éditions Payot-Rivages. Ils avaient beaucoup lu, savaient reconnaître un texte singulier et les idées neuves, se passionnaient pour l’époque et ses défis théoriques : En quoi un roman est-il plus qu’une histoire ? Quelle langue écrit-on aujourd’hui ? Comment convaincre les jeunes chercheurs de vulgariser leurs travaux ? Ou techniques : Quels sont les modalités et les partenaires du marché électronique ? Qui sont les nouveaux prescripteurs ? Ils auraient pu se spécialiser dans la réédition. Installés dans leurs bibliothèques respectives, il leur aurait suffi d’attraper tel ou telle merveille « injustement oubliée » ou « méconnue » comme l’on dit. Non, ce qu’ils voulaient c’est avoir « the finger on the pulse », détecter les pépites dans l’incroyable créativité de l’époque. Alma reçoit jusqu’à 5 manuscrits par jour et travaille avec un comité de journalistes, de chercheurs et d’auteurs en alerte sur ce qui sort, ce qui se dit, ce qui se joue en France et à l’étranger. Chercheurs d’or, voilà ce qu’ils ont voulu faire en créant la maison.

Ils ont donc commencé par définir une ligne éditoriale, une charte graphique, signer des contrats avec les premiers auteurs, créer un site, chercher des locaux, passer contrat avec un diffuseur-distributeur, constituer un comité, se présenter aux librairies. Un an avant que le premier livre sorte, ils ont construit les outils, le programme, l’équipe. Le tout, avec beaucoup de joie.

« Le monde est ce qui nous intrigue. Le texte est une intrigue qui nous ouvre le monde. » Deux phrases qui sont une véritable ligne éditoriale. Comment se décline-t-elle à travers vos parutions ?

À raison de dix-huit titres par an, dont deux ou trois premiers romans, la maison publie à part égale fiction et non fiction. Ou, pour le dire autrement, des essais et des romans. De l’un à l’autre de ces deux genres le mot clé reste le même : intrigue. Les essais décryptent un monde intriguant, complexe, obscur, mouvant. Celui du passé dont on n’a pas tout dit ou de manière par trop univoque, celui du présent où l’histoire incessamment se joue sous nos yeux et qui mérite des outils de réflexion on ne peut plus affûté. Les romans, dont la structure repose sur une intrigue, nous plongent eux dans l’infiniment grand, l’infiniment petit, l’infiniment autrement, l’infiniment subjectif du monde. Dans les deux cas les livres que nous publions élucident, arpentant qui par le dessus qui par le dessous la peau de l’univers.

Prenons à titre d’exemple Léonard de Vinci, homme de guerre. Pascal Brioist y fait le portrait, à front renversé, d’un homme extrêmement célèbre dont on ignore pourtant souvent qu’il consacra le plus clair de son temps à la guerre plutôt qu’à la peinture. C’est cette carrière de conseiller militaire que l’auteur retrace, montrant par là même à quel point la Renaissance italienne fut un champ de bataille. Prenons maintenant L’homme incertain, le premier roman de Stéphanie Chaillou sorti ces jours. Sur les conséquences de la PAC (Politique Agricole Commune) à la fin des années 70 et plus généralement d’un monde en profonde mutation dont un grand nombre peine à comprendre l’usage, rarement livre aura été plus juste, plus humain, plus éloquent. Incarné en un mot.

Vous publiez une vingtaine de titres par an, qui se répartissent à parts égales entre fiction et non-fiction, en vous attachant à découvrir et développer l’œuvre de nouveaux auteurs. Quel doit être selon vous le rôle de l’éditeur dans la découverte et la construction d’une œuvre ?

Nous ne publions pas des livres, nous publions des auteurs. Pas à pas, livre après livre nous accompagnons leur œuvre. Nous savons qu’il faut du temps pour faire connaître un écrivain, Modiano lui-même n’était pas nobélisable dans sa prime jeunesse. Il convient d’abord de détecter dans un manuscrit qui retient notre attention ce qui est formidable. Il s’agit parfois d’un détail, d’une idée, d’un personnage au second plan. Le désigner à l’auteur si le texte est retenu, l’aider à débarbouiller son récit de ce qui nuit à son timbre ou à l’économie du récit (incohérence, chute de rythme, scène parachutée, personnage flou, volonté de tout dire…) L’aider aussi, s’il s’agit d’un essai, à choisir dans l’infini de ses connaissances ce qui fait sens et table des matières. Seule une relation de grande confiance et de grand respect permet ce travail en commun. Écrire est une force qui expose à la plus grande des vulnérabilités. En se proposant comme horizon, veilleur, tuteur, interlocuteur ou nanny l’éditeur fait l’un des plus beaux métiers du monde. C’est notre avis !

Quelques coups de coeur des libraires aux éditions Alma

Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec des raviolis. Mais, alors que s’approche l’instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l’action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes. Véritable pochette surprise, ce premier roman ajoute à la géométrie rigoureusement scientifique, la collision jubilatoire du probable et de l’improbable.

Un jeune homme quitte la femme qu’il aime pour un vagabondage. Son voyage finira par le ramener par hasard, à l’essentiel.

À travers une suite de textes courts, tenant parfois du journal de bord, parfois de l’instantané, le lecteur est invité à cheminer aux côtés du narrateur, Walther, et devient le compagnon de route de son voyage géographique et intime.

Comment devient-on Vasco de Gama ?

Voici enfin traduite en français l’œuvre magistrale de l’historien indien. Un livre plein de bruits et de fureur qui satisfera ceux que passionne une histoire désormais globale et tout autant les amateurs de récits d’aventure ou de voyage.

Si l’Afrique ancienne n’a pas d’écritures, elle a bien sûr une histoire depuis longtemps sous-estimée lorsqu’elle n’est pas simplement niée. À partir de traces laissées par des civilisations brillantes et les traditions orales, François-Xavier Fauvelle-Aymar reconstitue de manière captivante la richesse de ce continent retrouvé. En trente-quatre courts essais, cet ouvrage offre un panorama de l’Afrique subsaharienne du VIIIe au XVe siècles.

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