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Focus sur les éditions Alma

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Trois questions à Catherine Argand

 Catherine Argand, vous êtes directrice éditoriale d’Alma éditeur. Pourriez-vous nous raconter la naissance de cette maison en 2010 ?

Il était une fois deux journalistes et amis, passionnés de littérature et d’Histoire depuis l’enfance. L’un avait travaillé comme chef de service ou rédacteur en chef à La Croix, RFI, France-Culture, le JDD, Livres Hebdo. L’autre avait bifurqué vers l’édition et pris en charge la collection de littérature étrangère aux éditions Payot-Rivages. Ils avaient beaucoup lu, savaient reconnaître un texte singulier et les idées neuves, se passionnaient pour l’époque et ses défis théoriques : En quoi un roman est-il plus qu’une histoire ? Quelle langue écrit-on aujourd’hui ? Comment convaincre les jeunes chercheurs de vulgariser leurs travaux ? Ou techniques : Quels sont les modalités et les partenaires du marché électronique ? Qui sont les nouveaux prescripteurs ? Ils auraient pu se spécialiser dans la réédition. Installés dans leurs bibliothèques respectives, il leur aurait suffi d’attraper tel ou telle merveille « injustement oubliée » ou « méconnue » comme l’on dit. Non, ce qu’ils voulaient c’est avoir « the finger on the pulse », détecter les pépites dans l’incroyable créativité de l’époque. Alma reçoit jusqu’à 5 manuscrits par jour et travaille avec un comité de journalistes, de chercheurs et d’auteurs en alerte sur ce qui sort, ce qui se dit, ce qui se joue en France et à l’étranger. Chercheurs d’or, voilà ce qu’ils ont voulu faire en créant la maison.

Ils ont donc commencé par définir une ligne éditoriale, une charte graphique, signer des contrats avec les premiers auteurs, créer un site, chercher des locaux, passer contrat avec un diffuseur-distributeur, constituer un comité, se présenter aux librairies. Un an avant que le premier livre sorte, ils ont construit les outils, le programme, l’équipe. Le tout, avec beaucoup de joie.

« Le monde est ce qui nous intrigue. Le texte est une intrigue qui nous ouvre le monde. » Deux phrases qui sont une véritable ligne éditoriale. Comment se décline-t-elle à travers vos parutions ?

À raison de dix-huit titres par an, dont deux ou trois premiers romans, la maison publie à part égale fiction et non fiction. Ou, pour le dire autrement, des essais et des romans. De l’un à l’autre de ces deux genres le mot clé reste le même : intrigue. Les essais décryptent un monde intriguant, complexe, obscur, mouvant. Celui du passé dont on n’a pas tout dit ou de manière par trop univoque, celui du présent où l’histoire incessamment se joue sous nos yeux et qui mérite des outils de réflexion on ne peut plus affûté. Les romans, dont la structure repose sur une intrigue, nous plongent eux dans l’infiniment grand, l’infiniment petit, l’infiniment autrement, l’infiniment subjectif du monde. Dans les deux cas les livres que nous publions élucident, arpentant qui par le dessus qui par le dessous la peau de l’univers.

Prenons à titre d’exemple Léonard de Vinci, homme de guerre. Pascal Brioist y fait le portrait, à front renversé, d’un homme extrêmement célèbre dont on ignore pourtant souvent qu’il consacra le plus clair de son temps à la guerre plutôt qu’à la peinture. C’est cette carrière de conseiller militaire que l’auteur retrace, montrant par là même à quel point la Renaissance italienne fut un champ de bataille. Prenons maintenant L’homme incertain, le premier roman de Stéphanie Chaillou sorti ces jours. Sur les conséquences de la PAC (Politique Agricole Commune) à la fin des années 70 et plus généralement d’un monde en profonde mutation dont un grand nombre peine à comprendre l’usage, rarement livre aura été plus juste, plus humain, plus éloquent. Incarné en un mot.

Vous publiez une vingtaine de titres par an, qui se répartissent à parts égales entre fiction et non-fiction, en vous attachant à découvrir et développer l’œuvre de nouveaux auteurs. Quel doit être selon vous le rôle de l’éditeur dans la découverte et la construction d’une œuvre ?

Nous ne publions pas des livres, nous publions des auteurs. Pas à pas, livre après livre nous accompagnons leur œuvre. Nous savons qu’il faut du temps pour faire connaître un écrivain, Modiano lui-même n’était pas nobélisable dans sa prime jeunesse. Il convient d’abord de détecter dans un manuscrit qui retient notre attention ce qui est formidable. Il s’agit parfois d’un détail, d’une idée, d’un personnage au second plan. Le désigner à l’auteur si le texte est retenu, l’aider à débarbouiller son récit de ce qui nuit à son timbre ou à l’économie du récit (incohérence, chute de rythme, scène parachutée, personnage flou, volonté de tout dire…) L’aider aussi, s’il s’agit d’un essai, à choisir dans l’infini de ses connaissances ce qui fait sens et table des matières. Seule une relation de grande confiance et de grand respect permet ce travail en commun. Écrire est une force qui expose à la plus grande des vulnérabilités. En se proposant comme horizon, veilleur, tuteur, interlocuteur ou nanny l’éditeur fait l’un des plus beaux métiers du monde. C’est notre avis !

Quelques coups de coeur des libraires aux éditions Alma

Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec des raviolis. Mais, alors que s’approche l’instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l’action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes. Véritable pochette surprise, ce premier roman ajoute à la géométrie rigoureusement scientifique, la collision jubilatoire du probable et de l’improbable.

Un jeune homme quitte la femme qu’il aime pour un vagabondage. Son voyage finira par le ramener par hasard, à l’essentiel.

À travers une suite de textes courts, tenant parfois du journal de bord, parfois de l’instantané, le lecteur est invité à cheminer aux côtés du narrateur, Walther, et devient le compagnon de route de son voyage géographique et intime.

Comment devient-on Vasco de Gama ?

Voici enfin traduite en français l’œuvre magistrale de l’historien indien. Un livre plein de bruits et de fureur qui satisfera ceux que passionne une histoire désormais globale et tout autant les amateurs de récits d’aventure ou de voyage.

Si l’Afrique ancienne n’a pas d’écritures, elle a bien sûr une histoire depuis longtemps sous-estimée lorsqu’elle n’est pas simplement niée. À partir de traces laissées par des civilisations brillantes et les traditions orales, François-Xavier Fauvelle-Aymar reconstitue de manière captivante la richesse de ce continent retrouvé. En trente-quatre courts essais, cet ouvrage offre un panorama de l’Afrique subsaharienne du VIIIe au XVe siècles.

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Dialogues avec ACT éditions

Bertand Joliet nous a fait la grand gentillesse de répondre à nos questions sur ACT Editions, dont le travail nous a interpelés.

Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir que nous à découvrir cette nouvelle maison.

1. D’où vient ce nom, ACT ? Aviez-vous songé à d’autres noms possibles ?

Au tout début, lorsque ACT n’en était qu’à l’état de projet, nous l’appelions « Toutes Mains », du titre du premier ouvrage, parce que cela correspondait aussi à notre façon de faire : comme une femme ou un homme toutes mains, nous faisons tout nous-mêmes, avec les moyens du bord, depuis les choix éditoriaux jusqu’à la distribution, en passant par les corrections, la maquette, etc.

Mais l’allure de ce nom, « Toutes Mains », en plus de la redondance avec le premier titre, nous semblait au fond un peu élitiste jusqu’à ce que nous remarquions que les initiales de la principale instigatrice de ce projet étaient A.C.T., donc ACT… dont ACT.

Il n’y avait plus à réfléchir, le nom était trouvé, tout était dit de ce que nous voulons faire de cette maison d’édition.


2. Quand et comment votre aventure a-t-elle commencé ? Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?

Nous avions chacun l’envie très forte de monter une maison d’édition depuis très longtemps, freinée avant tout par les coûts d’impression.

Il y a eu à la source du projet deux rencontres : la première avec Rimbaud sous la forme d’un fac-similé de la première édition de « Une saison en enfer », et le nom de l’éditeur en bas de la couverture « alliance typographique (M.-J. Poot et compagnie) 37, rue aux Choux, 37 ». On s’est dit qu’on aurait bien aimé être à la place de Jacques Poot…

La deuxième rencontre est celle de l’imprimerie Evidence et de sa directrice, Annie Angeli. Spécialisée dans les courts et moyens tirages. Evidence travaille pour de nombreux et illustres éditeurs et utilise des technologies très récentes qui permettent de baisser les coûts de productions, et rendent les choses tout simplement  possibles pour un oisillon d’éditeur comme nous. Outre les avantages techniques d’Evidence, nous avons surtout trouvé la passion du livre et une gentillesse de toute l’équipe qui ont fait d’Evidence le déclencheur réel de ce projet.

Quant aux difficultés… voilà juste un passage de Conrad dans Typhon : « Des sales temps, il en avait connu, parbleu ! Il avait été saucé, secoué, fatigué comme de juste ; mais tout cela dont on souffrait le jour même était oublié le jour suivant. Si bien qu’à tout prendre, il avait raison, dans les lettres à sa femme, de parler toujours du beau temps. »

3. Combien de titres comptez-vous publier à l’année ? Comment sont-ils dictés ? Comment s’insèrent-ils dans vos collections ?

Nous comptons publier un titre par mois, sauf au mois d’août. Nos choix sont dictés simplement par le désir de voir un livre exister. La question des collections, nous ne nous la posons pas sérieusement, chaque livre nous semblant unique, mais nous imaginons que des collections vont finir par se créer spontanément  au fur et à mesure des publications, comme dans une bibliothèque où petit à petit les livres trouvent leur place. Nous avons aussi un goût certain pour les textes atypiques, qui ne statuent pas trop vite pour le genre où ils se rangent, les livres libres.
4. Vous portez un soin tout particulier à l’aspect de vos livres. D’où vient ce souci du détail ? Où les imprimez-vous ? Comment travaillez-vous le rapport texte / image ?

Ana est graphiste et Bertrand est peintre, si bien que l’image est une première nature chez nous. C’est le livre en papier que nous avons envie de publier et de défendre, avec aussi tout ce que cela implique dans le rapport à l’objet lui-même : une matière, un format, un poids dans la main et, bien sûr, tout ce qui est dans la relation visuelle au texte et à ce qui l’accompagne ou le porte : la maquette, les illustrations (sans jamais oublier le mot de Louis Pons : « l’illustration est la verrue du texte ») et, primordiale, la typographie.

Pour les images, hormis les livres pour enfants, l’idée maîtresse est que l’image soit relativement indépendante et liée au texte par une relation poétique et non pas strictement illustrative.

5. Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?

Nous sommes deux, Ana et Bertrand, et nous faisons à peu près tout ensemble, à part la maquette où Ana est Grand Manitou. La seule règle est de savoir qui des deux a le temps…

6. Y a-t-il un livre que vous auriez aimé éditer ? Lequel ? Pourquoi ?

Bertrand : c’est une question impossible ! à peu près tous les livres que j’ai lu, de Oui-Oui à celui que je suis en train de lire ; j’allais répondre The Waste Land d’Eliot, puis je me suis ravisé pour Leaves of Grass de Whitman, qui m’a fait penser à Lorca, puis au regretté Khair-Eddine, à Pessoa… et, voyant que mes premières intentions allaient vers des poètes, j’ai tourné casaque vers des romanciers, Beckett, Balzac,  mais aussi des auteurs de SF, Dick, Silverberg, Stephen King ou de polar comme Léo Malet ou Chester Himes ; et encore Diderot, Sarraute, Cicéron ou Omar Khayam… impossible de choisir !

Ana : c’est une question terrible et il m’est bien difficile d’y répondre ! ACT c’est aujourd’hui, c’est demain et dans cette question j’entends déjà l’écho du passé, d’une fin. C’est comme si vous demandiez à quelqu’un ayant déjà bien vécu de retracer toutes les choses qu’il regrette de ne pas avoir fait, vu, senti, écouté, goûté… tous les rêves auxquels il nous faut renoncer. Finalement, je la trouve même un peu cruelle cette question, vous ne trouvez pas ? Alors, plutôt que de penser aux livres que je n’éditerai jamais, je préfère me réjouir de ceux qui vont venir. J’espère préserver le plus longtemps possible l’enthousiasme suscité par cette formidable aventure pour bien les accueillir et leur donner la place qu’ils méritent, leur offrir une véritable existence. Et l’audace de cette maison d’édition je la dois en partie à la rencontre de tous ces merveilleux livres que j’ai pu lire, qui m’ont émue et fait grandir. Désormais, ils n’ont eu de cesse de m’accompagner et de guider ma route.

7. Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler!) ?

Le premier projet est de continuer, en respectant nos volontés fondatrices : autofinancement, essayer de faire sans subventions ni mécénat, pas de numérique, distribution uniquement dans les librairies indépendantes…

Dans l’immédiat, les deux prochains titres – des recueils de poésie, Robert Priser « Bleu était le vent » et Olivier Ragasol, « le Beau idéal ». Puis viennent dans le désordre des livres pour enfants, des guides pratiques (nous préparons un condensé de grammaire française par exemple, et un livre de cuisine très hors norme…), un court roman épistolaire, polar d’anticipation de Tanguy Lohéac… douze projets sont sur la planche.

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« Mets en scène ton livre préféré et donne aux autres l’envie de le lire »…


« Mets en scène ton livre préféré et donne aux autres l’envie de le lire »… C’est l’intitulé du concours photo organisé par la Médiathèque de Plouarzel du 15 mars au 15 avril 2012.
Pendant un mois, apprentis et maîtres photographes, enfants et adultes, ont planché sur le thème… Vous pouvez aller apprécier l’originalité des oeuvres créées pour l’occasion à la Médiathèque.

Et pour vous donner un avant-goût, voici quelques-unes des photographies gagnantes :

Guide de Survie en Territoire Zombie, photo de Patrick, Kersaint-Plabennec

Cœur Cerise, photo de Maryse, Plouarzel

Lucky Luke Contre Pinkerton, Julien, Pont de Buis Lès Quimerc’h

Pour en voir et savoir plus, c’est ici : http://concoursphotolivre.wordpress.com/

Envie de participer à un concours photo ?
Iroise TV en lance un sur le thème « Bord de mer en Iroise ».
Vous devez envoyer 1 ou 2 fichiers numériques en 1000 pixels de large max avec vos coordonnées et votre âge à l’adresse : photos@iroise-tv.fr.
Toutes vos photos seront publiées dans un album « Concours Photos Iroise TV » sur Facebook : https://www.facebook.com/iroisetv
Plus d’info sur : www.iroise-tv.fr

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La bibliothèque idéale de Nathalie Skowronek

A la rentrée, nous avions attiré votre attention sur le premier roman de Nathalie Skowronek, Karen et moi (Arléa). Depuis, nous avons eu la chance de la rencontrer.
A l’occasion de sa visite à Brest, elle a eu la gentillesse de se prêter au jeu de nos « 5 questions » rituelles.

Nathalie Skowronek nous a également confié sa bibliothèque idéale, dans laquelle vous puiserez peut-être vos prochaines lectures…

  1. Une histoire d’amour et de ténèbres d’Amos Oz

Durant six cents pages bouleversantes, Amos Oz retrace l’histoire de sa famille, de son peuple et de son pays pour finalement arriver à dire l’essentiel, ce autour de quoi tournaient nombre de ses livres : le suicide de sa mère.

  1. Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras

Un livre rageur où Marguerite Duras, ici Suzanne, dit les rapports ambivalents qu’elle entretient avec sa mère, femme obstinée mais inadaptée qui, en voulant apporter une aisance financière à la famille, les entraîne dans sa chute.

  1. L’Appel de la forêt de Jack London

L’histoire très simple d’un chien de traineaux qui, dans la rudesse du Grand Nord, découvre le pire et le meilleur de l’homme. Un livre formateur qui pose la question de la liberté et de nos choix.

  1. La Madone Sixtine de Vassili Grossman

Un court texte qui dit l’horreur du monde et le pouvoir de la poésie : l’arrivée d’une famille à Treblinka où la mère qui s’avance n’est autre que la Madone de Raphaël, dont la part irréductiblement humaine survivra nécessairement à ses bourreaux.

  1. Les raisins de la colère de John Steinbeck

Autre lieu, autre époque mais toujours la misère de ceux que l’on chasse et qui cherchent désespérément un ailleurs. Un livre douloureusement moderne.

  1. Dora Bruder de Patrick Modiano

La longue errance du narrateur sur les traces d’une jeune fille nommée Dora Bruder dont un quotidien des années quarante annonce la disparition.

  1. Rimbaud le fils de Pierre Michon

Ou comment en parlant de Rimbaud, Michon nous fait entrer dans son atelier poétique.

  1. Maus de Art Spiegelman

La shoah racontée dans une bande dessinée où les Juifs sont les souris et les Allemands les chats. Un propos fort, de l’invention pure et une technique narrative époustouflante.

  1. Madame Bovary de Gustave Flaubert

Parce que, après l’avoir lu, on n’oublie plus les rêves, les échecs et l’enfermement de la vibrante Emma Rouault, dite Bovary, du nom de son mari.

  1. La Ferme africaine de Karen Blixen

Le récit autobiographique et réinventé des années africaines de celle qui a permis qu’à mon tour, je commence à écrire.

Clara lui accorde aussi un billet sur son (admirable) blog, que nous vous invitons à découvrir et à suivre : http://fibromaman.blogspot.com/2011/10/rencontre-avec-nathalie-skowronek.html

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Dialogues avec Hoalen

La librairie Dialogues et Hoalen s’associent pour que vous puissiez trouver des livres choisis spécialement pour vous lors de votre prochain passage à l’Ocean Store Hoalen de Kelerdut.

A l’occasion de ce nouveau partenariat, nous avons le plaisir de vous inviter à découvrir les coulisses de Hoalen, en parcourant l’entretien suivant, que ses fondateurs ont eu la gentillesse de nous accorder.

LA LEGENDE

« Il y a bien longtemps, là où la houle océanique frappe les côtes bretonnes, une légende est née. Une algue, s’étant glissée sous le battoir d’une lavandière, fut frappée sur le linge d’un marin. L’histoire dit que celui-ci, trouvant l’icône fort à son goût, en marqua tous ses effets. »

Quelques générations plus tard, pour ces hommes et femmes de mer expérimentés qui bravent la houle, Hoalen (« sel » en breton) redonne vie à cette algue en la frappant sur ses produits.  Le logotype s’inspire donc de cette algue posée au fond de l’eau.

QUI ETES VOUS ?

HOALEN voit le jour en 2006 en France, sur les côtes du Finistère nord. Puisant son inspiration dans les sports de houle (le longboard, le windsurf, le kite surf, la voile, le paddleboard, ou encore le stand-up paddle), HOALEN est avant tout une marque à état d’esprit qui, dans le vaste univers du « surfwear » (vêtements liés aux sports de glisse) a fait le choix de la sobriété et du confort pour s’adresser à une clientèle adulte.

HOALEN est également une aventure humaine, celle de ses 3 créateurs, Eric et Virginie Cantineau et Gérald Pelleau, qui ont élu domicile sur les côtes bretonnes pour faire naître et grandir ce projet.

Plus qu’une marque de vêtements, HOALEN, par son histoire et ses actions, souhaite promouvoir un style de vie et un mode d’entreprenariat sur les côtes, fondé sur le mieux-être et le dépassement de soi.

QUELLES SONT LES ORIGINES DE HOALEN ?

« HOALEN, explique Eric Cantineau (co-fondateur de la marque,  petit-fils de goémonier de Plouguerneau), répond au constat suivant : le surf a débarqué sur de nombreuses plages du monde entier dans les années 60. Le succès fut tel qu’un secteur d’activité est né, le « surfwear », mais ceux qui ont fait son succès ont grandi et, pour la plupart, ils surfent encore. Il suffit de parcourir les plages de France pour noter que les adultes sont nombreux dans les vagues. Pourtant les intervenants du secteur continuent aujourd’hui à ne s’adresser qu’aux jeunes surfeurs (moins de 25 ans) avec une communication et des vêtements ad hoc ».

HOALEN, dans un esprit d’authenticité et de pérennité, s’adresse à ces adultes, hommes et femmes, pratiquants intensifs de sports de houle, souvent très polyvalents, mais aussi à tous ceux qu’inspirent ces sports, leurs icônes ou le style de vie qui s’y attache. HOALEN crée pour eux des vêtements et fait la promotion des sports qui leur sont chers au travers d’événements originaux.

OU PEUT-ON VOUS TROUVER ?

HOALEN est distribuée dans une soixantaine de points de vente en France, sur son site internet www.hoalen.com et, depuis peu au Japon où cette collection sera présente dans deux prestigieux surfshops de la côte.

La démarche de HOALEN au Japon s’appuie sur deux partenaires locaux, figures du longboard local, ainsi que sur deux ambassadeurs de renom : Meiko, surfeuse et rédactrice en chef de magazines de surf japonais, et Shojiro, waterman émérite et créateur d’un nouveau club de surf à Shonan.

Enfin, à quelques encablures du phare de l’île Vierge, sur une petite plage de Lilia-Plouguerneau, là où la marque est née il y a 4 ans, HOALEN, a ouvert les portes en septembre 2010 de son ‘Ocean Store’, à la fois vitrine de la marque et de ses collections, café, lieu de vie et illustration du bonheur d’entreprendre et de vivre sur les côtes.

Entreprendre sur les côtes, amener les gens dans l’eau, deux intentions qui guident les pas de HOALEN depuis sa création en 2006.

Alors comment ouvrir son premier magasin en propre autrement que les pieds dans l’eau, et ailleurs que sur sa terre d’origine, la Bretagne, sans faillir à l’authenticité de sa démarche ?

HOALEN, par ce premier ‘Ocean Store’, va jusqu’au bout de la démarche de ses fondateurs. Ils montrent qu’entreprendre sur les côtes est possible et que, contre toute idée reçue, faire venir des clients sur une côte reculée l’est également.

QUI HABILLEZ-VOUS ?

HOALEN s’adresse aux adultes, hommes et femmes, pratiquants intensifs et amateurs de sports de houle mais aussi à tous ceux qu’inspirent ces sports, leurs icônes ou le style de vie qui s’y attache. Les collections sont donc pensées certes pour la pratique des sports de houle (avec quelques pièces néoprène, maillots et boardshorts) mais également pour l’avant et l’après plage avec des pièces allant du polo à la robe en passant par la chemise, le pantalon ou le blouson. Et, les adultes passant une grande partie de leur temps dans un environnement professionnel,  les collections sont également dessinées pour les moments plus loin de la plage.

HOALEN puise son inspiration dans les sports de houle et la vie sur les côtes. Elle crée des vêtements certes inspirés de l’univers sportif mais adaptés aux adultes, affranchis de la mode à outrance, aux coupes rassurantes, aux marquages élégants, aux tissus, accessoires et graphismes de qualité.

Marque pour adultes, HOALEN s’adresse de fait aux parents. Elle voit dans le sport un moment de partage et d’apprentissage entre les générations. C’est donc tout naturellement que HOALEN décline pour les enfants de 4 à 12 ans une dizaine de modèles adultes.

QUI SONT VOS AMBASSADEURS ?

Dans un univers où la plupart des équipementiers ne communiquent qu’à travers le sport d’élite, les compétitions et les athlètes de haut niveau, HOALEN réinvente les règles du jeu et emprunte les codes sportifs davantage pour le style et les valeurs (telles que le dépassement de soi) que pour la performance.

Depuis sa création en 2006, HOALEN bénéficie du soutien actif d’ambassadeurs.

Icônes d’un sport ou « watermen » expérimentés, ils partagent une même passion pour la mer, des exploits et un engagement personnel dans le développement des sports de houle. Ils brillent chacun dans une discipline mais surfent tous par ailleurs. Ils ont fait de la mer leur terrain de jeu et de la côte leur lieu de vie. Ils prêtent leur histoire et leur visage à HOALEN.

Parmi eux figurent notamment :

– Ronan Chatain, longboardeur émérite, co-fondateur de l’Ecole de Surf de Bretagne et entraîneur du pôle Espoirs du Surf breton,

– François-Xavier Maurin, figure du longboard français, waterman avéré, et son fils Romain Maurin, ancien champion d’Europe de longboard,

– Sébastien Josse, skipper sur le Vendée Globe 2009,

– Faustine Merret, championne olympique en planche à voile en 2004, et « waterwomen » impressionnante,

– Bruno Sroka, champion du monde en kite surf en 2007, et dont les défis en font rêver plus d’un (Cap Horn en kite),

– Philippe Bru, waterman, organisateur du Defi Wind à Gruissan, de la partie sportive du Festival de Dakhla au Maroc.

Retrouvez sur http://www.hoalen.com /facesofoalen  ces ambassadeurs en images.

LORS DE QUELS EVENEMENT ETES-VOUS REPRESENTES ?

HOALEN souhaite être un acteur du développement des sports de houle : le longboard (support emblématique des débuts du surf), mais aussi le paddleboard, le windsurf, le kite surf et la course au large.

Par l’organisation ou le soutien de plusieurs rendez-vous sportifs annuels, HOALEN entend transmettre ses valeurs chères et communes à ces sports : la prouesse technique et esthétique, le dépassement de soi et l’émulation.

Retrouvez ces rencontres en images sur www.hoalen.com/facesofhoalen.

« HOALEN Fathers & Sons », 4ième édition –  Juin 2011, Guéthary (64)

Unique en son genre, la « HOALEN Fathers & Sons » est un rendez-vous convivial qui met à l’honneur le surf conjugué en famille. Imaginé par HOALEN, l’événement met à l’honneur l’esprit transgénérationnel du sport : les participants concourent dans les vagues par binôme, chaque binôme devant être constitué de 2 personnes ayant un lien familial et une génération d’écart. Les supports autorisés sont le longboard, le shortboard et le stand-up paddle.

« HOALEN La Route des Phares », 5ième édition – Juillet  2010, Plouguerneau-Lilia (29)

La HOALEN Route des Phares est une course longue distance en « paddle » (à la rame) sur 3 supports (paddleboard, pirogue et stand-up paddle) organisée par HOALEN entre deux phares de renommée, le phare du Four et le phare de l’île Vierge, au large de la commune de Plouguerneau-Lilia, où HOALEN siège.

Lors de la dernière édition en 2010, une quarantaine d’équipages en pirogues en paddleboards et en stand-up paddle ont relevé le défi de parcourir à la force de leurs bras les 30 kilomètres qui séparent ces 2 phares prestigieux de la côte nord du Finistère, parcours

réputé pour la force de ses courants et ses écueils, et dont les 16 miles nautiques à parcourir en font la seconde plus longue course à la rame d’Europe.

Et HOALEN est également  partenaire du :

« Festival de Dakhla » 4ième édition – Février 2011, Maroc

Pour la troisième année consécutive en 2011, HOALEN s’associe au Festival de Dakhla au Maroc, un grand rendez-vous musical mais également une rencontre unique dans l’un des lagons les plus appropriés aux sports de glisse. Une centaine de sportifs, dont les plus grandes figures mondiales du longboard, du windsurf et du kite surf, répondent chaque année présents à ce rendez-vous insolite qui, loin des compétitions, voit pour la première fois se mélanger toutes les disciplines des sports de glisse sur un seul et même événement : surf sur l’océan (épreuves de longboard et de shortboard), windsurf et kite surf (longue distance de 45 km dans le lagon de Dakhla), stand-up paddle.

Tour de Belle Ile à la voile – Mai 2011, la Trinité-sur-mer (56)

En mai 2011 aura lieu la quatrième édition d’une course qui, dans un esprit de convivialité et d’émulation, rassemble depuis trois ans un nombre important de voiliers (plus de 300 en 2010), petits et grands avec, à leur bord, des professionnels comme des amateurs. Départ de la Trinité-sur-Mer pour 41 miles en baie de Quiberon autour de Belle-Ile en mer.

OU PUISIEZ-VOUS VOTRE INSPIRATION ?

HOALEN puise son inspiration dans les sports de houle et la vie sur les côtes, la Bretagne, ses décors contrastés, parfois violents, sa forte culture d’hommes de mer, sa beauté qui en fait une véritable toile de fond pour HOALEN.

QUELS MOTS ASSOCIEZ-VOUS A HOALEN

HOALEN s’appuie sur des valeurs, des fondements qui guident la stratégie de la marque. Ils sont au nombre de 9 (en anglais car ils sont destinés à s’exporter) :

Passion – Drives life.

Swell sports – Right place, right moment.

Experienced people – Balanced maturity.

Soul attitude – Emulation rather than competition.

Lucid adrenaline – Everyday need for emotions.

Pioneering – Explore & innovate.

Family & tribe – A good session is a shared session.

Unique & authentic – Honour your roots, question conformity.

Ideal – Search for it, don’t wait !

LA BANDE SON DE HOALEN

Un mélange de folk, de jazz, de reggae, de musiques californiennes et australiennes et de « world music ».

DES LIVRES CULTES ?

« Mermer » de Hugo Verlomme.

Des romans d’aventuriers ou d’aventure du XXème siècle comme « Sur la piste du Lion’ » biographie de Joseph Kessel écrite Yves Courrière, « Mermoz » ou « Les Cavaliers » de Joseph Kessel.

Les romans de Jack Kerouac.

QUE PEUT-ON VOUS SOUHAITER POUR LE FUTUR ?

Le même succès que celui de Dialogues avec l’exportation du concept en plus.

En savoir plus : http://www.hoalen.com/

Retrouvez la sélection bibliographique des libraires de Dialogues pour Hoalen sur notre site : https://www.librairiedialogues.fr/profil/27407/.

En voici un aperçu :

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Interview de Blandine Le Callet

 

Interview de Blandine Le Callet réalisée par Clara en janvier 2011.

Après « Une pièce montée  » où vous décriviez les travers et défauts d’une famille bourgeoise, vous effectuez un virage à 180 degrés très réussi avec « La ballade de Lila K« . D’où vous est venue cette envie de changement ?

En fait, cela fait plusieurs années que j’ai en tête des projets de romans très différents les uns des autres. Après le succès inespéré d' »Une pièce montée », j’ai compris que je risquais de me laisser « enfermer » si j’écrivais un deuxième roman dans la même veine. C’est donc délibérément que j’ai choisi d’écrire un roman très différent. Mais malgré tout, je trouve qu’il y a beaucoup de points communs entre les deux romans : il y a de la causticité et de l’humour dans « La ballade… » ; et il y a également une certaine noirceur dans « Une pièce montée ».

« La ballade Lila K » met en scène un monde futuriste régi par la technologie. Tout est analysé, contrôlé. La liberté des habitants n’existe plus, ils doivent se conformer à des règles. Est-ce là votre propre vision de notre société dans des dizaines d’années ou plus ?

La société que je décris dans ce roman est une démocratie – je prends soin d’insister là-dessus. L’ordre qui y règne, avec son lot de contraintes et de contrôles, est un ordre consenti par la majorité des citoyens, parce qu’ils en retirent confort et sécurité. Bien sûr, le prix à payer est élevé, puisqu’il s’agit de l’abandon d’une grande part de leur liberté. Mais au total, la plupart de ces gens estiment qu’ils ne perdent pas au change. Je pense non seulement qu’une telle société est plausible, mais qu’elle est en marche de façon quasi-irrépressible : par paresse, lâcheté, ignorance, bêtise, et aussi par souci de faire des économies, nous sommes en train de mettre en place un système de contrôle de la vie des gens de plus en plus efficace. Les choses se passent de façon à la fois consentie et insidieuse – c’est cela que je trouve particulièrement troublant. Je pense que le monde de Lila K verra le jour ; il est d’ailleurs déjà plus ou moins là. (Tout détenteur d’une carte bleue et d’un téléphone portable peut ainsi réfléchir au nombre d’informations que détiennent sur lui son banquier et son opérateur téléphonique.)

Dans ce monde, les livres sont considérés comme dangereux. On pense à la censure intellectuelle. Est-ce une mise en garde ?

Je suis très troublée par le nouveau visage de la censure dans nos sociétés contemporaines. Sous prétexte de servir des causes parfaitement honorables – défense des droits des femmes, lutte contre la pédophilie, lutte contre l’alcoolisme, lutte contre la tabagie, etc. – on s’attaque à la liberté d’expression d’une façon que je trouve parfois totalement aberrante. Quelques exemples : à Londres, demande d’interdiction (heureusement déboutée) de l’affiche d’une exposition qui représentait une « Eve » de Cranach pour « atteinte à la dignité du corps féminin » ; protestation d’une association contre une publicité pour une eau minérale représentant une petite fille torse nu avec un verre d’eau sur la tête, sous prétexte que l’affiche présentait un caractère pédophile ; la cigarette de Malraux effacée sur le timbre poste à son effigie, la pipe de Jacques Tati gommée sur une affiche dans le métro… Le pire, c’est que tout cela conduit purement et simplement à l’autocensure. Mais je ne peux pas dire que mon livre soit une mise en garde, car je crois malheureusement que l’on se trouve face à un courant irrépressible.

Lila, l’héroïne, garde de sa petite enfance des traumatismes importants. En grandissant, elle a cette quête de retrouver sa mère. Pensez-vous que de connaître son passé et ses origines sont nécessaires pour mieux se construire et s’épanouir ?

Oui, je suis persuadée que la connaissance de son passé et de ses origines est importante pour se construire et s’épanouir. Mais cela ne veut pas dire que je pense que cela donne pour autant à tout le monde un « droit de savoir ». La question se pose actuellement de façon très douloureuse aux enfants nés sous X, dont certains revendiquent la levée du secret de leur origine. Le débat s’est même élargi récemment aux enfants nés de dons de sperme. Je crois en l’occurrence qu’on doit prendre en compte les aspirations des deux parties : pour le cas des enfants nés sous X, il y a le désir de l’enfant de connaître ses origines, et de l’autre côté, le choix d’une femme de ne pas élever un enfant, de ne pas lui donner de place dans sa vie. Il me semble que ce désir-là doit aussi être respecté.
Dans le cas de Lila, les choses sont un peu différentes : elle a vécu plusieurs années avec sa mère, et elle lui a été arrachée. Ce dont j’ai surtout voulu parler dans ce roman, c’est du lien étrange et presque fou qui unit un enfant maltraité à sa mère : très souvent, l’amour persiste envers et contre tout. C’est à la fois magnifique et terrible, incompréhensible. Pour moi, c’est cela le sujet principal du roman : l’amour filial, qui survit à la maltraitance.

Dans vos deux livres, l’humour caustique, acéré est présent. Vous vous en servez pour dénoncer des situations. Est-ce un trait d’esprit ou une qualité importante pour vous ?

L’humour me semble effectivement très important, et même vital. Il permet d’aborder avec distance des situations difficiles, parfois insupportables. Sur le plan littéraire, c’est aussi un moyen de traiter des sujets « difficiles », de faire « passer les choses », l’air de rien. Le poète latin Lucrèce employait la métaphore de la coupe pleine d’une potion amère, dont le médecin enduit le bord de miel, afin que le malade avale la potion sans se rendre compte de son amertume. L’humour, c’est le miel que j’instille dans mes romans. Je ne compte pas m’arrêter !

  • Blandine le Callet sera à la librairie le 27 janvier à 18h pour rencontrer et dialoguer avec ses lecteurs.

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Le Christ s’est arrêté à Rome


Spécialiste reconnu du XVIIème siècle, Jean Rohou est un humaniste athée. Bon connaisseur de la Bible et de l’histoire du christianisme, il publie un livre à la fois sympathique et critique, qui n’est pas un rejet, mais un appel.
Il est l’auteur de « Fils de ploucs », devenu un classique. Dans « Le Christ s’est arrêté à Rome » (editions-dialogues.fr), il nous livre une réflexion sur ce que représente de nos jours l’Église, sur sa signification, sa portée mais aussi sur ses paradoxes et débordements.

Préfacé par Mgr Albert Rouet, figure intellectuelle d’une Église ouverte, « Le Christ s’est arrêté à Rome » n’est pas un pamphlet mais un ouvrage qui a pour mission de mener son lecteur, croyant ou non, à la réflexion.

Nous avons demandé à Jean Rohou les raisons qui l’ont amené à écrire ce livre et avons le plaisir de vous en faire part :

« La grande prospérité européenne, fondée sur l’exploitation du reste du monde, est terminée. Appauvrissement, chômage, conflits sociaux, délinquance, violences peut-être marqueront l’avenir. On ne pourra résoudre le problème en réduisant l’injustice sociale. Les riches ne sont nullement disposés à partager. De plus, nous vivons dans un système socio-économique mondialisé : la possibilité de le rendre moins injuste à l’échelle d’un pays est très réduite.

Que faire pour redonner sens à la vie et santé à la société ? De fâcheuses propositions s’affirment déjà : un nationalisme xénophobe, une hostilité aux libertés individuelles. Et des organisations comme l’Opus Dei ou les Légionnaires du Christ s’apprêtent à remettre le christianisme au service de l’autoritarisme. Il faudrait y opposer des solutions généreuses, qui pourraient se réclamer de l’Évangile : outre la foi en Dieu, qui donne sens à toute la vie, il commande l’amour d’autrui et prioritairement des démunis de toute sorte. Qu’avez-vous fait pour les affamés, les étrangers, les malades, les prisonniers ? Tel sera le critère du jugement dernier (Matthieu 25, 31-46).

Malheureusement, ce n’est pas là-dessus qu’insiste le Vatican, mais sur des censures qui n’ont aucun fondement dans l’Évangile : le célibat obligatoire des prêtres (qui ne s’est imposé qu’au XVIIe siècle), l’interdiction de la prêtrise aux femmes (auxquelles Jésus accordait une attention exceptionnelle pour l’époque), la condamnation de diverses pratiques sexuelles, dont le Christ ne dit rien. Il réprouve l’adultère, mais empêche la lapidation de la coupable, prévue par la loi de l’époque. « Soyez généreux », dit-il. « Ne vous posez pas en juge […] Ne condamnez pas » (Luc 6, 36-37). Le Vatican passe son temps à juger, interdire et condamner. Plus de 1000 théologiens ont été inquiétés ou condamnés par le futur Benoît XVI sous le pontificat de Jean-Paul II.

La trahison de l’Évangile ne date pas d’aujourd’hui. Dès qu’ils ont cessé de la persécuter, les pouvoirs ont mis la religion de l’Ami des pauvres au service des puissants et des riches. La compromission politique (avec les rois, les seigneurs, Pétain, Franco) est révolue. Mais la compromission socio-économique persiste. Depuis 1891, l’Église a une généreuse doctrine sociale ; mais ce ne sont que des mots. Les associations caritatives font un travail admirable ; mais elles ne peuvent que réduire un peu les scandaleuses injustices d’un système économique et politique dont les dirigeants étaient presque tous chrétiens jusqu’à une date récente, et dont beaucoup le sont encore. Les prêtres-ouvriers s’étaient engagés aux côtés des prolétaires : Rome les a interdits ; puis elle les a rétablis, mais trop tard. L’Église d’Amérique du Sud s’était engagée dans un vigoureux combat contre l’injustice : le Vatican s’est appliqué à le réduire.

Jamais il n’y eut un décrochage si important entre Rome et les consciences. L’interdiction de la contraception est révélatrice. Le concile Vatican II l’aurait sans doute acceptée. Le pape l’a empêché de se prononcer. Il a nommé deux commissions qui se sont prononcées favorablement : l’une par 52 voix contre 4, l’autre par 9 contre 3 et 3 abstentions. Il l’a néanmoins interdite dans une encyclique qui « n’invoque aucun argument tiré de l’Écriture » (le cardinal Congar). Cette interdiction a provoqué dans la majorité des consciences catholiques « une sorte de stupeur et de scandale », ont déclaré 18 théologiens français qui s’y sont immédiatement opposés, comme des centaines d’autres. Pour la première fois, les fidèles ont massivement désobéi.

Jésus condamnait sévèrement ceux qui « chargent les hommes de fardeaux accablants » (Luc 11, 46). L’Église les multiplie parce qu’elle fonctionne comme un système de pouvoir. Et elles sont souvent tellement inadaptées qu’elles aboutissent à des transgressions — parfois criminelles comme la pédophilie. Sur le terrain les prêtres doivent souvent accepter ou même conseiller des solutions contraires aux principes romains.

À l’intérieur même de l’Église la plupart de ceux qui sont en situation de parler librement expriment leur désaccord. Ainsi, les supérieurs généraux des jésuites et des dominicains désapprouvent le célibat obligatoire, l’interdiction de l’ordination des femmes et le rigorisme sexuel.

Pour lui redonner du dynamisme, il faudrait bien distinguer la foi (rapport personnel à Dieu) de la religion, qui relève de l’histoire et trop souvent de l’instrumentalisation socio-idéologique, et de la morale personnelle que suffisent à régler les consciences et les lois civiles. »

« Le Christ s’est arrêté à Rome » paraît le jeudi 18 novembre.
A 18h le jour-même de sa parution, Jean Rohou est l’invité de la librairie Dialogues pour une rencontre en public.

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