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Didier Daeninckx, le maître du roman noir

Relisez l’œuvre de Didier Daeninckx, désormais disponible en numérique chez publie.net. Et découvrez toute la collection publie.noir ici.

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La campagne en librairie, c’est parti !

De nombreux candidats déclarés ou supposés à l’élection présidentielle de 2012 ont signé des livres à paraître dans les prochaines semaines : Ségolène Royal, Dominique de Villepin, François Bayrou, Jean-Louis Borloo, Jean-Pierre Chevènement, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Nicolas Sarkozy, Martine Aubry, Marine Le Pen, Pierre Laurent, Jean-Luc Mélanchon, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud…

Aujourd’hui, à la veille de l’ouverture de l’Université d’été du Parti Socialiste à La Rochelle, parait le livre de discours et d’entretiens de François Hollande : « Le rêve français » (aux éditions Privat).

« Le livre se compose essentiellement de deux grands moments. En premier lieu est proposé le texte intégral,souvent inédit, des grands discours qui ont conduit François Hollande de sa décision de se porter candidat à la magistrature suprême jusqu’à l’entrée dans la campagne des primaires socialistes » explique l’argumentaire de l’éditeur. « L’ouvrage se poursuit dans un second temps par un long entretien inédit que François Hollande a accordé à Vincent Duclert et Denis Lefevre, historiens, et à Bernard Poignant et Dominique Villemot (…). Au gré de cet échange, il précise les grands thèmes qui vont conduire et ont toujours guidé son action » ajoute la fiche de présentation de l’ouvrage. (Source Livres Hebdo)

Le livre est d’ores et déjà disponible à la librairie et sur le site Internet, en version papier ici : https://www.librairiedialogues.fr/livre/1953691-le-reve-francais-discours-et-entretien-2009-2–francois-hollande-privat

et en version numérique là : https://www.librairiedialogues.fr/livre/2012561-le-reve-francais-discours-et-entretien-2009-2–francois-hollande-editions-privat.

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La carte et le territoire, Michel Houellebecq, Flammarion.

Dans un roman très bien mené, Michel Houellebecq brosse un personnage Jed Martin, un contemporain, qui passe à travers sa vie, sans rien comprendre. En dehors de repérer très clairement le mouvement de ses produits alimentaires préférés sur les rayons du Franprix du Boulevard Vincent Auriol à Paris à côté de chez lui, il avance en aveugle. Il lui reste un vieux père qu’il voit pour un unique repas de Noel, dont il voudrait comprendre les options dans la vie. Ils se parlent peu, Jed fait des hypothèses sur l’éventuel suicide énigmatique de sa mère, sur la vocation contrariée de son père. Fasciné soudain par les cartes Michelin, il les photographie obsessionnellement et devient un photographe en vue, avec une belle Olga, chargée de communication, qui arrive dans son lit. Son succès avec les photos de cartes Michelin correspond à une montée des régionalismes et du tourisme pittoresque niais en France, mais cela met un point d’arrêt à sa vocation de photographe. Quand Olga s’esquive, il ne s’en aperçoit presque pas, il continue à tourner en rond et surveiller les mouvements des produits à son supermarché. Puis c’est l’ « objet parfait » qui le retient, la chose bien faite, l’envie lui vient de peindre les métiers qui l’entourent comme pour faire un état des lieux ethnographique de son temps. Il se lance dans un projet énorme auquel il consacre une ardeur une intelligence sans égal et la totalité de son énergie. Le résultat est puissant, une technique totalement maîtrisée, une vue de l’époque fascinante de justesse, personnages au travail au bord de la disparition des métiers. Un galeriste le soutient, on envisage de demander au grand écrivain Michel Houellebecq une préface pour le catalogue. Jed part rencontrer Houellebecq en Irlande, l’écrivain est décrit comme un homme en loques, fort intelligent, mais à l’abandon, revenu de tout. Il finit par accepter. Jed, en plus d’un paiement important veut faire le portrait de l’écrivain. L’artiste Jed devient avec cette exposition de peinture une star de l’art contemporain, ses œuvres sont vendues aux enchères à des niveaux planétaires. Richissime, il renonce à la peinture et au reste d’ailleurs, pour s’installer dans la France profonde dans un domaine lié à ses ancêtres, son père s’étant fait euthanasier en douce en Suisse. La fin vire au polar autour de la mort spectaculaire improbable de Houellebecq assassiné, corps déchiqueté, tête séparée, et le tableau volé.

Avec une très grande acuité, Houllebecq fait de sa posture une performance, il renvoie aux cinquantenaires d’aujourd’hui, gâtés, un miroir lisse de leur absence de désir et de la vacuité de toute réussite, advenue par le jeu du divertissement, de la spéculation, et d’un faux retour aux racines —car totalement fabriqué par les médias. Evidemment il fait l’économie de la vérité des personnes !

Se voir tourner à vide, paradoxalement fait jouir.

Marie-Magdeleine Lessana, auteur et lectrice

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Culture de soi, culture des autres : Michel Serres

Catherine Clement recevait Michel Serres dans son émission Culture de soi, Culture des autres sur France Culture pour évoquer avec lui le concept de Biogée, la terre et la vie, la vie et la terre, son nouveau récit, paru aux Éditions Dialogues.

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L’homme qui arrêta d’écrire

L’homme qui arrêta d’écrire. Roman
Marc-Edouard Nabe

Chacun pris aux pièges de ses petites médiocrités quotidiennes. Personne n’échappe au jeu de massacre, comme d’habitude tout est vrai, un livre qui n’aurait jamais pu être publié chez aucun éditeur en l’état. Vous pensez, une coupe par pages, combien de nègres pour le livre noir de Nabe? En ces temps de virtuel généralisé, c’est un monde en contraire suréalisé qui nous est donné. C’est très drôle, les références littéraires sont nombreuses comme d’habitude chez Nabe (Joyce, Dante, Céline…). On retrouve avec bonheur le Nabe du Journal ou du Bonheur justement, qui sème ses farces et attrapes, ses espiègleries. Des scènes d’anthologie comme celles entre autres au Palais de Tokyo, du journal unique pour la presse ou avec Julien Doré, Alain Delon… On citerait tout, comme dans le cochon, tout est bon (sauf peut-être avec les passages du Libre Penseur qui nous bassinent un peu, mais c’est sans doute exprès). Une fois refermé, on a envie de remettre le couvert une nouvelle fois. A laisser décanter et à reprendre dans quelques temps. Bref une semaine de lecture jubilatoire comme on n’a rarement l’occasion d’en faire. Le livre diffusé directement par l’auteur sur un site internet en pied de nez à tous les éditeurs. Auto-publication de qualité médiocre? Vous voulez rire, le livre est splendide avec une attention toute particulière sur la composition! Mille lecteurs, Nabe? C’est clair qu’avec ce livre, il met dans le mille. Qu’on se le dise, Marc-Edouard Nabe est de retour, et quel retour…

Hervé Bienvault, lecteur

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Ego Tango

Ego Tango
Caroline Mulder
Champ Vallon

La narratrice, à l’identité floue, raconte et se raconte : un quotidien qui ne distingue plus vraiment la nuit du jour, exclusivement occupé par le tango, toujours en attente sans vraiment savoir de quoi (d’un amour qui passe et fuit ; de la prochaine soirée de danse ; du retour de Lou danseuse amie autant que rivale subitement disparue), un quotidien où le fantasme occupe plus l’espace que la réalité.

Des personnages se croisent, se cherchent en s’évitant, se regardent sans se voir. Ambiance moite, addictions multiples, décrépitude à peine masquée par un vernis défraîchi … c’est dans un univers surprenant et envoûtant que se déroule Ego Tango.

Soutenu par un style abrupt, haché et pourtant poétique, un style qui rebute et qui émeut tout à la fois, ce roman peut égarer, il peut agacer, il peut transporter … mais il ne peut pas laisser indifférent. Difficile de qualifier la plume de Caroline de Mulder : la syntaxe est maltraitée voire cassée comme le sont les corps et les âmes de ses anti-héros. La beauté jaillit de phrases qui n’en sont pas, de phrases qui commencent souvent par des propos convenus pour s’achever net, laissant le sens en suspens, maltraitant la ponctuation, faisant surgir l’émotion de la laideur et de l’errance. La plume de Caroline de Mulder danse comme ses personnages : tantôt en rythme, en avant, tantôt reculant, comme par à-coups.

A plusieurs reprises, lors de ma lecture, j’ai pensé à « Une Charogne » de Baudelaire ainsi qu’à des poèmes qu’on trouve beaux sans pourtant les comprendre vraiment. J’ai aimé Ego Tango sans l’aimer ; ma seule certitude est que je n’oublierai pas le nom de son auteur et que je guetterai la sortie de son prochain roman.

Eloah

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EXTRAIT

La mirada

Ezequiel, que je pense. Il n’y a que lui pour faire grincer toutes les marches à la fois – fébrile. D’humeur féroce, évidemment. Oublié le passé, le monde entier, plus rien n’existe, lui seul. Il ne frappe pas à la porte, qui est tout contre. Elle s’ouvre. «Frappe, nom de, combien de fois encore». La pourriture!, je pense à part moi, pourrait frapper au moins. Je ne tourne pas la tête pour voir: je sais, je grelotte de tout mon long dans le sofa, que les anciens locataires ont laissé avant de filer. Jamais eu le courage de descendre cette masse morte et la poussière qui va avec. Toute force m’abandonne quand je la vois là en plein, d’où que je regarde, elle bivouaque dans mon champ de vision. L’allergie sévit depuis que j’y couche. De ce matin pas bougé. Je porte un soutien dont l’élastique est craqué, des collants résilles couleur chair, noircis à hauteur des pointes, rien dessus, rien dessous, c’est tout simple.
Dehors l’hiver, et l’appartement chauffé à bloc. Ce matin lundi reçu un troisième rappel: la peur qu’on me coupe le gaz me fait pousser à fond. Toujours ça de pris au malheur.

Ezequiel. Il me tombe dans les bras, son visage froid dans mes seins, ses cheveux partout sur moi. Ses muscles à tout rompre, un spasme qui part de l’épaule et court sur ma peau. Je vois. Et puis quoi encore, je lui dis, quoi encore, que tu te pourris le sang avec. Pas bientôt fini, ces saletés. Pas de ça chez moi, t’entends. Bonne nuit. Bon vent. Le visage toujours caché, et moi toujours dans ses cheveux, il monte une de ses mains à ma nuque, comme s’il y voyait, caresse, rien qu’un peu fort. (Je faiblis.) Je t’ai dit: débarrasse-moi. Casse-toi, ou c’est moi qui. (Sa bouche contre ma peau me calme.) Je voulais, qu’il dit, te voir, je ne fais que passer. Par-dessus lui, agenouillé contre moi, moi allongée, par dessus sa main en haut de ma cuisse, je vois la tache sombre de mon sexe, diminuée à peine par le collant clair. À cause de l’élastique, la circulation un peu coupée sous le nombril. Sur mon ventre, la respiration d’Ezequiel, tout son visage, sa peau mal rasée. Je commence à m’y perdre. Je passe ma main dans ses magnifiques cheveux un peu gluants. Leur odeur inhumaine. Je proteste mollement: c’est à cette heure-ci. J’attire son visage vers le mien. Il m’embrasse dans le cou, sans m’avoir regardée. Je n’ai plus rien à dire. D’accord, je pense, d’accord.


Née en 1976 à Gand (Belgique), Caroline De Mulder enseigne à l’université de Namur . Elle vit actuellement à Paris. Ego tango est son premier roman. Elle publiera au printemps 2011 un essai aux Editions Gallimard (Faust amoureux)

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Au nord du monde de Marcel Theroux

Au Nord du monde
De Marcel Theroux
Plon

L’héroïne s’appelle Makepeace, shérif autoproclamé d’Evangeline, une ville totalement vidée de ses habitants. Seule depuis près de 15 ans et affrontant la solitude absolue d’hivers rigoureux, Makepeace patrouille dans les rues désertes, sauvant les livres et les armes des décombres. Cette terre froide et inhospitalière porte les stigmates de la catastrophe écologique qui a détruit le monde alentour. Tel un trappeur, l’héroïne organise sa survie dans la ferme familiale avec méthode, courage et ruse. Un jour, une jeune femme nommée Ping surgit de nulle part, laissant entendre qu’il existe de la vie ailleurs…

Suite au décès de ce « compagnon de fortune » et rongée par la lassitude, Makepeace tente de se suicider. Alors qu’elle passe à l’acte, un avion vient s’écraser non loin d’elle. Un nouveau signe de vie… Makepeace se ressaisit et décide de prendre la route pour rencontrer le genre humain, avec l’espoir d’un monde meilleur… ou sa fin…

A travers des paysages polaires désertiques et hostiles, Makepeace risque sa vie. Evidemment, on fait tout de suite le rapprochement avec le livre « La route » de Cormac McCarthy, mais le ton se veut ici plus optimiste. L’héroïne fait des rencontres, croise des survivants réduits à l’état de bêtes dangereuses, découvre de petits villages affamés repliés sur la peur et la haine. Elle intègre une communauté de religieux fanatiques, puis un camp de travail. Autant de situations qui font décliner ses espérances mais elle ne se laisse pas abattre : sa force, sa conviction et son instinct de survie sont les plus forts. D’abord esclave, elle devient ensuite gardienne. Et ses espoirs renaissent avec la Zone, une ancienne grande ville abritant une base scientifique secrète, que l’armée va fouiller régulièrement pour rapporter des objets précieux du temps d’avant tout en sacrifiant ses esclaves contaminés…

Au final, une quête bouleversante et un personnage attachant qui explore, à travers un monde dévasté, la place de l’homme dans l’univers qu’il a lui-même façonné puis détruit…

L’Odyssée d’Homer

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Marcel Theroux in Russia – Visionner sur le site du Guardian.

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