Archives de Catégorie: Maisons d’édition invitées sur ce blog

La Souris Qui Raconte, maison d’édition 100% numérique jeunesse web et tablettes

LASOURISQUIRACONTEmail


1. D’où vient ce nom, La Souris qui raconte ? Aviez-vous songé à d’autres noms possibles ?

Lorsque j’ai démarré sur ce projet, à partir du moment où j’ai su que ma maison d’édition serait 100% numérique, ce nom s’est imposé à moi immédiatement.

Numérique, ordinateur… Ordinateur, souris… Souris, histoires…

Et hop « La Souris Qui Raconte » est née avec dans l’idée, j’avoue, de devenir une marque au même titre que « La vache qui rit », ou « La pie qui chante » !


2. Quand et comment votre aventure a-t-elle commencé ? Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ?

La Souris Qui Raconte a été créée en juin 2010, mai j’ai commencé à réfléchir à ce que j’allais bien pouvoir faire de moi en mai 2008 juste après mon licenciement. J’avais envie de créer quelque chose. La cadre sup’ quinqua avait des idées de grandeur. D’abord, retourner à mes premières amours (je suis diplômée en arts graphiques) en utilisant mes 20 ans d’expérience dans la direction artistique et de production. J’ai pas mal traîné du côté de mon ancienne école. J’ai enrôlé quelques jeunes tout juste diplômés et on a réfléchi ensemble à mon histoire. Comme j’avais aussi écrit quelques manuscrits, la maison d’édition a commencé à se dessiner. Et puis ensuite, tout a été question de rencontres, d’opportunités saisies, de claques aussi, où il n’est pas question de rester à terre… Bref… un chantier, où chaque corps de métier participe a la construction. Le chantier est toujours en œuvre.


3. Pourquoi du numérique ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?

Je ne voulais pas créer une ixième maison d’édition papier. La concurrence est trop importante et d’une qualité telle, que je n’aurais pas pu me différencier. Créer une maison d’édition 100% numérique, ça c’était culotté… Pour les enfants, en plus ? Je me souviens encore du regard de certains ! Personne n’y croyait vraiment, et moi obstinément, j’avançais ! M’accrochant à mon fil d’Ariane : numérique, les enfants aiment. Et puis la tablette est arrivée. C’était super, parce que cela montrait que, sans m’en douter alors, j’avais pressenti l’importance du phénomène. En même temps c’était terrible parce que mes histoires en ©Flash ne se lisent pas sur les tablettes ! Il a fallu s’adapter. C’est ce que je fais depuis lors. Je m’adapte sur un marché en pleine construction, dont personne ne sait vraiment ce qu’il donnera. Vous avez ceux qui disent et écrivent plein de choses sur l’affaire, et puis vous avez les acteurs, qui font l’affaire. Et l’affaire est compliquée ! Des difficultés partout. Nous construisons quelque chose en terre inconnue, avec probablement la même curiosité qu’un Christophe Colomb.

4icones appli


4. Combien de titres publiez-vous à l’année ? Comment sont-ils dictés ? Et le choix des illustrateurs ?

Le nombre de titres édités par an est très variable. Le 100% numérique à quand même quelques avantages. Celui d’être maître de ses publications, sans rendre compte aux diffuseurs, en est un. Nous avons édités 25 titres web entre novembre 2010 et février 2012. Nous en avons 3 en préparation pour le premier semestre 2013. Si l’année 2012 n’a pas vu beaucoup de nouveautés nous avons adaptés 6 de nos 25 titres pour tablettes iPad, Android et Kindle. 3 autres sont également en préparation. J’essaye de ne laisser aucun canal de diffusion inexploré.

Pour ce qui est des illustrateurs, ce sont évidemment mes goûts qui dictent mes choix. Comme pour les textes. Je propose à mes lecteurs des textes exigeants que j’ai parfois du mal à vendre, parce que, m’assure-t-on, ce n’est pas ce à quoi s’attend le lecteur ! Personnellement j’ai choisi mon camp, je préfère regarder Arte plutôt que M6, et comme je regarde assez peu la TV, je préfère lire Stephan Zweig ou François Cheng plutôt que des romans de gare !

Un éditeur c’est aussi un missionnaire, et ma bonne parole est celle de la richesse et de la diversité, de l’altruisme et de la compassion, dans des textes où l’enfant n’est pas pris pour un c. (ça rime avec compassion) !

De toutes façons, si j’avais voulu développer un vrai business rentable et « bancable » il aurait certainement fallu faire autre chose.

J’aime ce que je fais, alors, tant qu’à me faire plaisir !…  Je suis à fond !


5. Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?

« La Souris Qui Raconte » c’est deux personnes à temps plein, mon mari, ingénieur du son, et moi. Lui s’occupe de toute la partie audio et vidéo des livres numériques. Il joue aussi très bien le rôle de l’épaule sur laquelle on s’épanche lorsque la coupe est pleine (je dis « on », le lecteur aura rectifié de lui même, c’est moi en fait) ! Sinon (et surtout), La Souris Qui Raconte c’est une équipe d’auteurs, illustrateurs, conteurs, traducteurs, animateurs, développeurs… et j’en oublie, qui ont été contaminé par le même virus que moi, la curiosité ! Et avec qui nous partageons sans aucun doute les mêmes valeurs !

Quant à mes rôles, ils sont multiples, j’ai une panoplie de casquettes, vous ne pouvez pas imaginer ! Ça aussi c’est passionnant, passer de la partie éditoriale pure et dure, à la direction d’acteur, au marketing ou au commercial, et se sortir des situations les plus compliquées. Brachetti et Houdini n’ont plus qu’à bien se tenir !


6. Quelques mots sur « Conte du haut de mon crane » ?

Ah « Conte du haut de mon crâne », j’avais peur que vous ne me posiez pas la question ! Dire seulement quelques mots risque d’être difficile ! Alors on va essayer de prendre les choses dans l’ordre. Le texte d’abord, écrit par Séverine Vidal. Je parlais tout à l’heure d’exigence ! Celui-ci l’est, sans contestation. Il n’est d’ailleurs pas destiné aux jeunes enfants, mais plus aux lecteurs à partir de 9-10 ans et jusqu’à 77 ans. L’histoire se passe dans la mémoire du héros, Ari Allistair Arx-Sorensen.

Devant son manoir en flamme, il va nous raconter ses souvenirs. Son enfance, sa mélancolie, sa louve, son amour et sa folie aussi. Le texte, pas vraiment gai, est ponctué de petites touches d’humour grâce au talent graphique de l’illustratrice Claire Fauché, qui a fait un travail remarquable ! La voix de la narratrice Cécile Givernet, donnera la chair de poule, aux plus sensibles de vous ! Ce genre de livre qui vous laisse une empreinte, une fois la dernière page lue.

Pre╠üs.conte-Se╠üv+ClaireSéverine Vidal et Claire Fauché

Edité fin septembre 2011 sur le site web lasourisquiraconte.com, il est aussi disponible sous forme d’applications pour tablettes depuis le mois de juin 2012. J’ai également voulu le proposer en format epub (audio fixed lay out) ; les lecteurs d’applications n’étant pas les mêmes que les lecteurs d’ebook. Le flacon ici importe peu, car cette expérience de lecture part bel et bien du texte. Mais pour ceux qui souhaiterait quand même s’enivrer, découvrez-le sous ses deux formats !

> Retrouvez le sur librairiedialogues.fr, ici !


7. Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler !) ?

Je le disais tout à l’heure, trois nouveaux projets web, encore deux adaptations applicatives, j’espère quelques epub et puis tout ce que je ne sais pas encore !

Et pourquoi pas une présence plus affirmée dans les librairies ?

Poster un commentaire

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog

Finitude a déjà 10 ans !

Anniversaire ou non-anniversaire, c’est tous les jours que nous célébrons Finitude à la librairie dialogues ! Mais ne boudons pas notre plaisir de fêter un dixième anniversaire.
Pour l’occasion, Emmanuelle Boizet a eu la gentillesse de répondre à dix petites questions pour nous faire connaître un peu mieux les coulisses de cette grande maison.

1. D’où vient ce nom, Finitude ? Aviez-vous songé à d’autres noms possibles ?
Finitude était le nom de la librairie de livres anciens que nous avions avant de nous lancer dans l’édition, et avant ça, c’était le nom d’une très éphémère revue littéraire que nous avions créée lorsque nous étions étudiants.

2. Quand et comment votre aventure a-t-elle commencé ? Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?
En fait, la maison n’a jamais été « créée », nous étions libraires, nous avons publié un premier livre, puis un autre etc… et les choses se sont faites ainsi petit à petit, jusqu’à ce que nous réalisions que nous étions devenus éditeurs! On a alors fermé la librairie (qui n’était plus très rentable) et continué l’aventure.
3. Combien de titres publiez-vous à l’année ? Comment sont-ils dictés ? Comment s’insèrent-ils dans vos collections ?
Nous publions 10 à 15 titres par an, surtout par coup de cœur, avec un véritable engagement derrière chaque titre et une volonté de « suivre » les auteurs. Nous n’avons pas de collections, volontairement, cela laisse plus de liberté dans le choix des titres. Nous ne nous interdisons rien, du moment que c’est pertinent, même pas de publier des Aphorismes de Cioran traduits en rébus!
4. Vous portez un soin tout particulier à l’aspect de vos livres, magnifiques objets. D’où vient ce souci du détail ? Où les imprimez-vous ?
Nous avons été libraires d’ancien pendant plus de 10 ans. Cela donne une très bonne culture de l’histoire du livre. De plus, nous avons longtemps travaillé avec  Edmond Thomas l’éditeur-imprimeur de Plein-Chant, qui a une vraie rigueur, une connaissance encyclopédique de son métier et qui nous a beaucoup appris.
5. Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quel sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?
Nous sommes un couple, Emmanuelle & Thierry Boizet, et même s’il y a quelques tâches plus spécifiques (communication pour Emmanuelle, graphisme et composition pour Thierry) toutes les décisions sont prises en commun.
6. Pourriez-vous me citer des auteurs « pilotes » de votre maison d’édition ?
Les auteurs les plus importants sont Georges Perros, dont nous avons publié six titres, Jean-Pierre Martinet avec la réédition de Jérôme et H.D. Thoreau avec la publication de son Journal. Nous sommes aussi particulièrement fiers d’avoir découvert de nouveaux auteurs tels qu’Emmanuelle Pol et Oscar Coop-phane dont nous venons tout juste de publier le premier roman très prometteur: Zénith-Hôtel.
7. Quels sont les livres qui ont particulièrement votre maison depuis sa création ? Acceptez-vous de nous parler des « flops » ?
Nous avons été très déçus de l’échec de la réédition du Passage des Anges, l’unique roman du poète Odilon-Jean Perier, écrit en 1928. C’est un livre d’une poésie, d’une inventivité, d’une originalité extrême, mais je crois que la couverture était très ratée et que les lecteurs ont pu penser, à cause du mot « ange » dans le titre, que c’était une histoire gnangnan!Il est aussi très difficile de faire lire de jeunes auteurs, si la presse ne les soutient pas. Je regrette que les romans de Pierre Cendors, un auteur qui a un véritable univers, n’aient pas eu plus d’audience.
8. Quel est le livre qui vous a échappé et que vous auriez tellement aimé éditer ?
Plein… trop!
9. Auriez-vous des titres que vous souhaiteriez mettre particulièrement en avant  ?
Aucun en particulier. Je crois qu’on a un catalogue assez éclectique & varié. Un lecteur un peu curieux devrait pouvoir y trouver son bonheur! La Douceur du Corset d’Emmanuelle Pol est un livre plutôt féminin, Lonely Betty de Joseph Incardona plaira aux amateurs de polars, et même les enfants trouveront leur compte dans Comme qui dirait… des expressions imagées de la langue françaises illustrées par Claude Ballaré. C’est ça, je crois, qu’il faut faire en librairie, fureter, feuilleter et accepter d’être conquis par ce qu’on ne cherchait pas au départ.
10. Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler !) ?

 Continuer…
Bientôt à la librairie à Brest et en ligne, les éditions Finitude seront (encore plus) à l’honneur et vous pourrez découvrir les superbes cartes postales d’anniversaire qu’elles vous ont concoctées.
Un avant-goût ? D’accord !

1 commentaire

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog

Les éditions de l’Atelier In8

Mais qui sont donc les éditions de l’Atelier In8, qui nous régalent notamment de ces petites nouvelles publiées « à l’unité » et qui se dévorent le temps d’un trajet en bus, en métro, en trolley ?

Pour en avoir le cœur net, nous avons demandé à Sylvie Lemaire de répondre à notre désormais classique questionnaire et c’est avec grand plaisir que nous partageons ses réponses avec vous.

1. D’où vient ce nom, in8 ? Aviez-vous songé à d’autres noms possibles ?

In8 vient d’ « in octavo », un terme d’imprimerie qui désigne une forme de livre où la feuille imprimée a été pliée trois fois, donnant ainsi huit feuillets, soit seize pages. Sous sa forme abrégée, In8 se prononce [inuit] ce qui suscite immanquablement des hésitations et des questions chez nos interlocuteurs, le meilleur moyen pour briser la glace !

2. Quand et comment votre aventure a-t-elle commencé ? Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?

C’est une histoire de récidiviste et de coup de génie. De récidiviste, car le fondateur de l’Atelier In8 avait déjà préalablement monté une maison avec un associé, avant de partir vers d’autres horizons. Le coup de génie, l’illumination heureuse, c’est l’idée d’éditer de la nouvelle à l’unité. Pas un jour ne passe (ou presque) sans qu’on se félicite des potentialités de cette « niche éditoriale ». Le constat était simple : l’édition française ne proposait pas d’espace de publication pour des fictions courtes, isolées, de petits trésors de prose conçus hors d’une « grande œuvre ». In8 serait cet espace-là, et permettrait à ces pépites d’exister quelque part.

Conscient que la frénésie quotidienne, le manque de temps à consacrer à la lecture étaient autant d’atouts pour séduire un lectorat varié et de plus en plus large, In8 a conçu la collection La Porte à Côté, des petits livrets colorés, à lire en 15 minutes, le temps d’un trajet en métro, d’une attente chez le médecin… Jour après jour, il a fallu convaincre les libraires d’accueillir ces petits fascicules, peu habitués – sauf pour une petite poignée d’amateurs convaincus – qu’ils étaient à proposer des textes courts à leurs clients. Face à notre détermination et notre persévérance, ils ont joué le jeu, en sont venus à apprécier, à attendre et défendre chaque parution. Les lecteurs ont suivi, et un public de lecteurs a pris l’habitude de s’offrir un instant d’évasion avec la lecture des nouvelles. On a pris goût à cet immense genre « mineur » qu’est la nouvelle, et, au fil de nouvelles collections, on a décidé d’en faire notre ligne éditoriale et de la défendre tous azimuts : nouvelles étrangères, nouvelles d’anticipation, nouvelles érotiques, micronouvelles et nouvelles illustrées… La forme courte sous toutes ses formes !

 3. Combien de titres publiez-vous à l’année ? Comment sont-ils dictés ? Comment s’insèrent-ils dans vos collections ?

Nous publions une dizaine de titres par an. Notre catalogue s’organise en collections qui ont chacune leur propre fréquence de parution. Notre collection phare La Porte à Côté est la seule à fonctionner avec un comité de lecture composé d’une dizaines de personnes. Les autres collections – Alter & Ego, Polaroïd, Escapades, Quelqu’un m’a dit – sont sous la tutelle de directeurs de collection, ils les développent à leur rythme, selon leurs « tocades » … qu’ils ne nous dictent pas ! mais nous proposent… Et comme nous avons des directeurs de collection très avisés, suprêmement sensibles et intelligents, il est bien rare que nous ne les partagions pas à notre tour…

4. Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?

Mais très très bien, je vous remercie. Hormis le pôle « réception des manuscrits » qui, en dépit de tous nos efforts, est à peu près aussi embouteillé que le périphérique lorsque Bison futé voit rouge-colère… Mais, curieusement, je pense que nous sommes dans une situation similaire (toutes proportions gardées) à celle des « grandes » maisons, à ceci près que nous n’embauchons pas de stagiaire pour lire et répondre aux auteurs éconduits… Plus sérieusement, s’organiser est une nécessité. Nous sommes une petite « industrie » culturelle, nos produits sont diffusés et distribués au niveau national, donc à grande échelle, et nous nous devons de respecter des impératifs de « qualité », des délais au jour près, des mentions obligatoires… sous peine de ne pas durer ! Tout ceci suppose que nous nous coordonnions correctement en interne, aussi peu nombreux que nous soyons. Cette contrainte est autant morale (par respect de nos auteurs qui comptent sur nous pour défendre au mieux leurs livres) qu’économique.

5. Pourriez-vous me citer des auteurs « pilotes » de votre maison d’édition ?

Il y en a beaucoup, des diesels qui ont déjà quelques kilomètres au compteur et des turbos rugissants. En tout cas, tous en ont sous la pédale ! Sans citer de noms, disons qu’il y a des auteurs dont nous avons publié plusieurs ouvrages et avec lesquels nous entretenons des relations d’amitié. Nous aimons accueillir dans notre catalogue de nouveaux auteurs, parfois d’envergure nationale, séduits par le format court dans lequel peu d’éditeurs leur proposent de s’exprimer. Nous nous targuons de pratiquer une politique de suivi et de fidélité envers nos auteurs.

6. Quels sont les livres qui ont particulièrement votre maison depuis sa création ? Acceptez-vous de nous parler des « flops » ?

La nouvelle Enfance, de Fantah Touré, est une belle histoire éditoriale. Ce texte nous est parvenu par la poste, nous l’avons publié en 2006. Il a bénéficié du bouche-à-oreille des lecteurs et des libraires et aujourd’hui encore, il est l’un des livres « best-seller » de la collection « La Porte à côté » qui poursuit son petit bonhomme de chemin.
Des « flops » – on n’en citera aucun – sont inhérents au métier d’éditeur. Mais aucun de nos ouvrages n’est jamais allé au pilon.

 7. Quel est le livre qui vous a échappé et que vous auriez tellement aimé éditer ?

Il est arrivé qu’un texte enthousiasme l’ensemble des membres de notre comité de lecture, et que l’auteur une fois contacté nous apprenne qu’il vient de signer avec un autre éditeur… D’où l’importance d’être très réactif dans le traitement des manuscrits, notre point faible, par manque de temps.

 8. Auriez-vous des titres que vous souhaiteriez mettre particulièrement en avant (vos parutions futures, peut-être, ou une sélection de coups de coeur) ?

Nous avons pour habitude de défendre l’ensemble de nos parutions.

La novella noire de Marcus Malte Cannisses à paraître le 8 mars prochain ravira à coup sûr ses lecteurs. Dans ce texte fort, il installe le suspense et distille crescendo les ingrédients du drame. Je n’en dis pas plus, mais ce quatrième ouvrage de la collection Polaroïd – dirigée par Marc Villard – est à la fois envoûtant, vertigineux et… terrible.

 9. Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler !) ?

Nous travaillons sur un projet qui mêlera fictions courtes et photographies avec les auteurs du blog « Daily Fiction », Matthieu Raffard et Charles-Albéric d’Hardivilliers. Il s’agira d’un beau livre en couleurs, où chaque détail – papier, typographie, graphisme… – aura une grande importance.

La rentrée 2012 sera aussi cosmopolite pour In8, avec la parution d’un recueil de nouvelles américaines signées Bonnie Jo Campbell, d’un recueil de nouvelles du Portugais Mario de Carvalho et d’un roman de l’Espagnol José Luis de Juan.

En ce moment dans notre librairie brestoise et en ligne, les libraires de Dialogues vous proposent un éclairage sur les nouvelles des Ateliers in8,  collection La porte à côté, et vous offrent, pour l’achat de trois livres de cette sélection (ou d’un coffret) et dans la limite des stocks disponibles, un superbe coffret de cartes postales « Microfictions » de Jan Thirion.

(Entre vous et moi, lisez « Des trains à travers la plaine : 4 voyages dans l’univers Bashung« …)

1 commentaire

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog

Les éditions Absalon

Créées fin 2006, sous le signe de William Faulkner (Absalon, Absalon !), les Editions Absalon ont pour vocation première de promouvoir une littérature de création, d’expression tant française qu’étrangère.
Nous sommes heureux de les inviter sur notre blog, le temps d’une interview et bien plus longtemps encore…

Quand et comment l’idée de créer Absalon est-elle née ?

L’idée de créer les Éditions Absalon est née en 2006, en raison d’une profonde addiction à la littérature et d’une volonté de faire émerger de nouvelles voix. La littérature autrichienne, fondamentalement différente de la littérature allemande par son humour et son regard distancié sur le réel, nous a semblé à ce titre injustement méconnue.

Pourquoi ce nom ?

En référence à Absalon, Absalon ! de William Faulkner, écrivain qui fait partie de notre panthéon littéraire, en raison, notamment, de l’inventivité de la narration dans ses grands romans.

Combien de livres publiez-vous à l’année ? Et surtout, comment les choisissez-vous ?

Entre 4 et 5. Le premier critère, tant pour la collection autrichienne « K. 620 » que pour les réédition de la collection « La Reverdie », est la qualité littéraire. Dans le premier cas, l’idée est de publier non un titre isolé, mais l’œuvre d’un auteur. Le choix est d’autant plus aisé que Catherine, directrice de la collection « K. 620 », est elle-même traductrice, et donc lectrice, de l’allemand. Dans le second cas, il s’agit de rééditer des textes aujourd’hui difficilement accessibles d’auteurs auxquels nous sommes particulièrement attachés. Mais, cette collection est aussi le lieu de faire partager de belles découvertes.

Aviez-vous le projet de plusieurs collections dès le début de l’aventure ?

Oui, nous tenions tous deux à publier, c’est-à-dire à rendre public, à la fois deux textes oubliés de notre cher Villiers de l’Isle-Adam (Tribulat Bonhomet et Axël) et à faire découvrir au lecteur français les petites proses poétiques d’un Günter Brus (Amor & Furor), personnalité davantage connue par ses dessins et surtout performances artistiques que pour ses écrits littéraires.

Quelle importance accordez-vous au graphisme, à la mise en page, aux couvertures, aux illustrations ?

Énorme, sans même parler de l’importance accordée aux photographies de couverture, nous n’avons pas hésiter à passer commande à un photographe pour illustrer les Enigmes de Marc Papillon de Lasphrise et à deux membres de l’OuBaPo pour La Princesse Hoppy de Jacques Roubaud.

Quels sont les auteurs qui ont particulièrement marqué l’histoire de votre maison d’édition ?

Werner Kofler et Jacques Roubaud, dont Automne, liberté et La Princesse Hoppy ont par ailleurs parus simultanément à l’automne 2008 ont été de belles rencontres.

Par quel livre dois-je commencer, pour découvrir votre catalogue ? Pourquoi ?

Question difficile ! Difficile de choisir, en effet, entre un auteur confirmé tel que Werner Kofler, maître de l’invective et de l’imprécation, virtuose du collage et dynamiteur du récit, et une figure d’une nouvelle génération tel que Hanno Millesi, chez qui la critique sociale et la critique du langage sont teintés d’un humour fortement anglo-saxon. aussi recommanderions-nous au lecteur curieux d’entreprendre une excursion dans les paysages alpestres de Derrière mon bureau de Werner Kofler, et, ou, de tenter une immersion dans l’univers lucide et caustique de Murs de papier de Hanno Millesi.

Pouvez-vous nous parler de vos nouveautés de l’année ?

En début d’année nous avons publié Jacques Roubaud, compositeur de mathématique et de poésie, ouvrage collectif qui dresse sinon un panorama complet de l’œuvre de Jacques Roubaud, tente du moins, pour la première fois en français, d’en explorer les différentes facettes.

Dans le même temps paraissait L’Anatomie du parasite de Georg Petz. Ce recueil de nouvelles, à l’écriture éminemment poétique, baigne dans une atmosphère crépusculaire de fin du monde, où l’homme est un « parasite » pour l’homme. Ici l’humanité loin de s’acheminer vers un quelconque progrès, se dirige , au contraire, vers le « régrès ».

Cet automne notre collection autrichienne est à l’honneur avec un nouvel opus de Werner Kofler, Hôtel Clair de Crime, deuxième volume de son triptyque alpestre, dans lequel Kofler se livre à un dynamitage jouissif de la narration et de la réalité, sans jamais perdre de vue l’histoire, petite ou grande, de l’Autriche.

Simultanément, paraît … plus gros que le ventre de Linda Stift, psycho-thriller dans lequel la narratrice tombe sous l’emprise d’une vieille femme, hantée par la figure de Sissi ; dans le même temps les vieux démons de la narratrice, la boulimie et son avers l’anorexie, ressurgissent. Un roman baroque où l’humour le dispute au suspens.

À la toute fin de l’année devrait sortir Le Roi fou de Gustave Kahn. Au travers du portrait d’un Ubu mélancolique, roi d’une Belgique d’opérette transportée en pays allemand, et sous l’humour mordant de certaines saynètes, perce la critique sociale et politique à l’encontre de l’alliance des gouvernants et des financiers pour mettre en coupe réglée les pauvres et les colonies, situation qui n’est pas sans rappeler certains aspects de notre époque.

Y a-t-il d’autres projets dont vous souhaiteriez nous faire part ?

Quant à nos projets, ils consistent avant tout à approfondir le travail déjà réalisé depuis cinq et à continuer à publier nos auteurs.


Propos recueillis par Caroline, pour la librairie dialogues, en novembre 2011.
Merci, mille fois merci à Catherine & Dominique Fagnot, des éditions Absalon, d’avoir eu la gentillesse et la patience de répondre à ces questions.

1 commentaire

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog

Les éditions Ex Aequo

Laurence Schwalm, des éditions Ex Aequo a eu l’amabilité de répondre à quelques questions sur sa maison…

Quand et à quelle occasion les éditions Ex Aequo ont-elles été fondées ?
Les éditions Ex Aequo on été fondées en mars 2009. J’ai créé ma maison d’édition parce que j’avais la volonté de travailler dans l’univers du livre électronique et surtout parce que je n’étais pas satisfaite du travail de mon éditeur, puisque je suis aussi auteur.

Pourquoi ce nom ?
Parce que chez Ex Aequo nous sommes tous égaux, il n’y a pas d’auteur favori et mieux traité que les autres, et il y a aussi la volonté de partager les risques et les succès à part égale, mais aussi les revenus tirés de l’édition. J’ai voulu créer une maison dirigée par un auteur, encadrée par des auteurs (mes directeurs de collections sont tous auteurs) et travaillant en collaboration étroite avec des auteurs. Mais ce n’en est pas pour autant une association de type loi de 1901, c’est bien une entreprise, ancrée dans la réalité économique et ayant un chef d’entreprise à sa tête (j’ai dirigé une agence de presse-publicité-marketing-conseil durant près de 20 ans avant de créer Ex Aqeuo).

Comment sont nées les différentes collections ?

Les collections sont venues au fur et à mesure que le catalogue s’est construit, pour donner plus de visibilité aux textes en les regroupant par famille, mais aussi pour porter des projets à long terme comme la collection « Courts Lettrages » dont le but est de faire découvrir aux lecteurs le monde des scénarios de court-métrage.

Combien de livres publiez-vous par an ?

Entre 20 et 30, mais il n’y a pas de limite ou d’objectif fixé ; un livre est édité lorsqu’il est prêt, et si une année nous devons en éditer 40 ou plus ce n’est pas un problème.

 Sur quels critères les choisissez-vous ? Acceptez-vous les manuscrits ?

Les manuscrits sont choisis sur une ligne éditoriale simple : si c’est bon on édite, si ce n’est pas assez bon nous faisons retravailler le texte et nous accompagnons les auteurs dans ce travail, si c’est vraiment mauvais nous le disons. Il arrive , mais assez rarement, qu’un texte soit écarté d’entrée uniquement parce qu’il n’a pas le niveau de qualité que voulons pour nos lecteurs, ou qu’il s’éloigne trop de nos goûts (on ne peut pas éditer et défendre un texte que l’on n’aime pas). Tous les livres qui ont été édités chez Ex Aequo étaient des manuscrits envoyés simplement par la poste ; alors oui, nous acceptons les manuscrits, mais nous demandons aux auteurs de ne nous envoyer un texte que lorsqu’il est abouti.

Quels sont les titres dont vous êtes la plus fière ? Ceux qui ont remporté un grand succès ? Ceux dont vous attendiez plus ?
Je suis fière de tous les titres qui ont été édités dans ma maison, sans exception ; ils sont tous différents et chacun méritait de figurer dans mon catalogue.
Certains remportent un plus grand succès que d’autres, c’est le cas des thrillers et des romans policiers, parce que ce genre est en vogue et que c’est avant tout du livre-plaisir, du livre-loisir. Ces thrillers caracolent en permanence en tête des hits-parades des ventes de livres électroniques en France, je trouve seulement dommage que les libraires ne s’y intéressent pas au niveau du format papier. Pourtant, un livre qui se place numéro 1 des ventes devrait attirer la curiosité d’un libraire, non ? Et il y a les romans qui n’arrivent pas à trouver leur lectorat ; cela arrive… Des romans qui font un flop en terme de ventes… il y en a ; la poésie ne se vend pas, les nouvelles sont un genre qui ne se vend pas non plus, le théâtre encore moins… mais je considère que c’est mon rôle d’éditeur de tenter la chance quand même et de rester fidèle à ma politique éditoriale : si c’est bon, je l’édite !

De quel livre auriez-vous souhaité être l’éditrice ?

Il y en a de nombreux. Souvent en lisant certains auteurs actuels ou passés je me dis que je me souhaite de pouvoir un jour éditer de tels livres, mais je suis persuadée au fond de moi que certains titres que j’ai édités, ou que j’éditerai, deviendront des succès de librairie parce que le talent des auteurs est là. Il ne reste qu’à les faire découvrir, et c’est normalement le travail des libraires.

Depuis quand et pourquoi éditez-vous des livres numériques ?

J’ai édité tout de suite en numérique, et je m’intéressait au livre numérique depuis de nombreuses années. Je suis intimement persuadée que le livre numérique est une façon de mettre les auteurs à portée de leurs lecteurs sans que le prix du livre vienne freiner leur rencontre ; c’est pourquoi j’ai délibérément mis un prix assez bas à mes ebooks(un peu moins cher qu’un livre de poche) afin que les textes que j’édite soient à la portée financière du plus grand nombre possible de lecteurs.

2 Commentaires

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog

Les éditions Corentin

À la quête des grands mythes littéraires et des récits des mondes imaginaires, les éditions Corentin, fondées en Bretagne en 1992, proposent aux amateurs d’une poétique du merveilleux de redécouvrir l’âge d’or de l’illustration.

Pour nous faire découvrir cette maison originale, Patrick Naze répond à nos questions.

Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ?

Tout un jeu de circonstances mêlées : c’est d’abord le désir de renouer avec la planète dessin, l’une des premières que j’ai explorée en illustrant pour la presse suisse Tages Anzeiger et Nebelspalter, puis en tant que dessinateur de bandes dessinées aux éditions Dargaud dans les années 1970-80. Ensuite, le goût d’entreprendre partagé avec quelques amis rencontrés en Bretagne m’a donné l’idée de me mettre à mon compte. Enfin, par amour des beaux livres illustrés du début du XXe, je me devais de transmettre ce plaisir de la découverte d’images d’un autre temps. Les éditions Corentin sont donc nées d’un mélange de hasard et d’une envie d’offrir quelque chose de différent aux lecteurs. Sans parler de ma rencontre insolite avec Merlin dans la forêt de Brocéliande…

Comment s’organise-t-elle ?

Dans la meilleure ambiance, nous sommes une équipe de trois personnes très complices, ce n’est pas hiérarchisé, chacun apportant le meilleur de soi-même, avec deux postes importants : la partie éditoriale et la partie commerciale. Nous restons une maison d’édition indépendante, et poursuivons nous-mêmes, contre vents et marées, la diffusion et distribution de nos ouvrages en France, en Belgique et en Suisse avec le soutien de nombreux acteurs du livre, de l’art, et des institutions, qui suivent attentivement nos publications et nous encouragent depuis de longues années.

Combien de temps prend la genèse d’un livre ?

Disons dans l’espace d’un rêve, le temps d’un soupir pour certains y suffit. Nous avons beaucoup fréquenté les fonds des bibliothèques en France, en Angleterre et aux États-unis, découvert des trésors fabuleux, visité un grand nombre d’expos, fait de multiples rencontres, et lu des tas de bouquins. Ce travail nous le continuons et c’est sans nul doute la partie la plus passionnante du métier d’éditeur. Par exemple nous sommes très fiers d’avoir réhabilité l’œuvre de l’illustrateur danois Kay Nielsen: ce projet nous l’avons conduit durant de longues années pour aboutir à notre publication des Mille et une Nuits, une vraie merveille, dont l’édition de 1919 avait connu tant de péripéties pour cause de récession économique.

Comment choisissez-vous vos papiers, vos reliures ?

L’art et la manière nous ont été transmis par les derniers imprimeurs-artisans. Pour notre collection Les belles images, notre exigence nous a conduit à choisir des grammages de papiers couchés de luxe avec une bonne main, dans le respect des règles environnementales. De plus on a la chance d’avoir encore quelques bons relieurs en France, qui sous-traitent avec des petites entreprises pour la réalisation de la dorure à chaud.

Vous choisissez des textes empreints de merveilleux, des textes appartenant à l’imaginaire collectif, parfois en étant passé sous les semelles réductrices de Walt Disney… Est-ce que les rééditer est une manière de les réhabiliter ?

Pour un esprit bien fait lire les originaux est préférable. Mise à part la tentaculaire multinationale qu’il a engendrée, Walt Disney, – ce Jules Ferry de l’imaginaire – a le mérite d’avoir visité avec son frère les fonds des bibliothèques en Europe dans les années 1930. Ils ont repris ensuite à leur compte les contes et légendes recensés en leur temps par Perrault, Andersen, et les frères Grimm, pour en faire parfois de véritables chefs-d’œuvre du cinéma d’animation. Ils ont eu tout de même le mérite de propager à travers toutes les couches sociales et toutes les cultures ces récits qui font partie de notre patrimoine universel. Il n’en demeure pas moins que sur le plan littéraire, la qualité des traductions est indispensable pour exprimer l’esprit des œuvres. Rééditer ces grands classiques en remontant à leurs sources, c’est aussi une manière de rendre hommage aux grands textes des romantiques que les surréalistes avaient mis à l’honneur, et d’échapper ainsi à l' »enserrement » de nos rêves.

Pourquoi choisir de les illustrer par les plus grands noms de l’illustration ? (Vous allez me répondre que ce sont aussi les plus talentueux !) Ne souhaiteriez-vous pas faire connaître les travaux d’artistes plus confidentiels ?

Il faut rétablir les choses. Les illustrateurs du Golden Age au début du XXe siècle furent nombreux et chacun, à sa manière, a contribué à enrichir, par le dessin, des œuvres littéraires. Puis l’apparition de la photogravure et de la quadrichromie a permis à de nombreux artistes d’exprimer plus librement leur véritable talent de peintre au service de l’imprimerie et de l’édition. De là émergeront de grands noms, et dans le domaine du merveilleux, Arthur Rackham est indéniablement un innovateur : il adapte à son art les contraintes techniques qu’on lui impose, apporte un univers nouveau entre grotesque et enchantement, et transcende le texte en créant parfois des chocs salutaires dans la bonne société londonienne. Il est donc naturel que son génie continue d’impressionner et d’influencer des générations de dessinateurs qui pour la plupart se destineront au monde de la BD. Rackham est inimitable et reste une référence. Edmond Dulac fut à l’époque son seul rival : ce toulousain, naturalisé anglais, fera par la suite une carrière de peintre portraitiste mondain. Mais ils demeurent après plus d’un demi-siècle, et malgré la reconnaissance internationale de leur talent, des « artistes confidentiels ». Dans le contexte actuel, tenter de faire connaître l’œuvre de Kay Nielsen par exemple, qui est

quasiment inconnu en France, est pour nous une prise de risque considérable. On ne valorise pas assez dans le monde de l’art ce grand artiste qui pourtant réalisa des œuvres magnifiques : il créa d’ailleurs pour Walt Disney des dessins animés par exemple la Nuit sur le Mont Chauve, dans Fantasia, et ses cartons furent réemployés pour La Petite Sirène. D’autre part nous publions des grands textes classiques, et cela limite aussi notre choix. Il faut ajouter que le raffinement de cette ligne esthétique liée aux grandes œuvres littéraires n’a duré que quelques dizaines d’année, la production de livres illustrés a été parcimonieuse, ce qui mérite encore plus notre attention. Ne serait-il pas consternant de voir ces grands maîtres de l’illustration, si respectueux de l’écrit et du livre en tant qu’objet précieux, retomber une nouvelle fois dans l’oubli ? Notre mission est de les faire redécouvrir. Remettre à l’honneur leurs œuvres est le but de notre maison d’éditions depuis plus de quinze ans, ensuite il faut aller à la rencontre d’un public plus élargi, et c’est ce que nous nous efforçons de faire.


Pensez-vous que Rackham, Dulac et Nielsen soient encore trop méconnus ? Pour quelle(s) raison(s) ?

Absolument, comme je le disais à l’instant, seuls les amateurs éclairés les connaissent bien en France. Ils resteront méconnus tant que les musées nationaux ne se décideront pas un jour à organiser de grandes expositions en leur honneur, au même titre que pour les autres grands peintres du début du XXe siècle. Apprenez que dans les réserves de Beaubourg, ou celles du musée du Luxembourg par exemple sont conservés des originaux de Rackham ou encore de Dulac. Ensuite, dans un monde hyper-médiatisé qui nous bombardent de milliards d’images à la seconde, le traitement de leurs œuvres à la fois délicates, subtiles, et modestes reste trop intimiste et rend difficile pour le grand public l’accès aux originaux, leur lien trop étroit avec le monde de la bibliophilie et de la littérature ne facilite pas non plus la tâche. Ils demeurent des artistes, qui ont voué tout leur art et leur vie à accompagner des grands écrivains. ils ont même parfois contribué à leur succès. Certes, pour les Anglo-saxons, leur appartenance au monde de l’art ne fait pas polémique : Rackham, Dulac, etc., sont dans la lignée des peintres préraphaélites Burne-Jones ou Rossetti, etc . Ce qui n’est pas le cas en France.

Franck Frazetta travaille aussi sur le merveilleux, mais a un univers plus fantastique. Plus « musclé », aussi.  Pourquoi lui ? Une question de panthéon personnel ?

Frank Frazetta est un superbe artiste New-Yorkais, il est plus proche de notre génération, son génie est sous son pinceau, il peint comme un maître du quattrocento, et abuse de l’anatomie des corps et des raccourcis avec une telle outrance qu’il a profondément marqué de son génie le monde de l’Héroic Fantasy. Depuis il a fait école, beaucoup l’ont imité par la suite piteusement, lui aussi est un monument dans le monde de l’illustration. Aux États-Unis le succès de ses créatures fabuleuses fut immense.

Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler!) ?

Nous avons deux monographies en cours, des projets de partenariat avec des expositions à Paris, la publication de grands classiques laissés à l’abandon, et toujours pour émerveiller les lecteurs des illustrations inédites d’Arthur Rackham et d’Edmond Dulac.

En savoir plus sur les éditions Corentin : http://editionscorentin.ultra-book.com/

Pour les commander : https://www.librairiedialogues.fr/recherche_avancee/?code=&title=&author_name=&publisher_name=corentin&collection_title=&type=Book

Poster un commentaire

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog

Jigal, ça rime avec cigale !…

Plein soleil ! Cela vous donne envie de Sud ? Partez à la découverte d’une maison d’édition marseillaise qui nous donne à lire “une littérature policière sensuelle, où l’on mange et où l’on transpire dans la moiteur marine et les parfums lourds des villes écrasées de soleil” (Lire).

« Jigal a le Sud chevillé au corps, mais pas seulement, elle a le désir de textes forts et d’auteurs charnels, dans la lignée du polar méditerranéen. »
Jimmy Gallier

Le site de l’éditeur : http://polar.jigal.com/
La sélection des libraires : https://www.librairiedialogues.fr/dossiers/jigal-ca-rime-avec-cigale/

1 commentaire

Classé dans Maisons d'édition invitées sur ce blog