Focus sur la maison d’éditions « L’Arachnéen »

Librairie Dialogues : D’où vient ce nom, L’Arachnéen ? Aviez-vous songé à d’autres noms possibles ?

Sandra Álvarez de Toledo : L’Arachnéen est le titre d’un essai de Fernand Deligny, que nous avons publié en 2008. Qui dit «  arachnéen »  dit trame, réseau, le mythe d’Arakné également, et ce mot étrange, avec ses connotations entomologiques, convenait à la fois à l’idée d’un travail méticuleux, complexe, ainsi qu’à l’idée de publier des auteurs qui mobilisent différentes disciplines, les entrecroisent, les perçoivent comme « naturellement » liées par une certaine idée de l’art (la littérature, la philosophie, la danse, le cinéma, etc.).

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LB : Quand et comment votre aventure a-t-elle commencé ? Comment vous est venue l’idée de monter cette maison ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées en montant votre projet ?

SAT : Nous avons publié notre premier livre, les Œuvres de Fernand Deligny (1850 pages, plus de 500 images), en 2007.

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Nous avons rapidement compris que nous étions les seules à pouvoir publier une telle somme. Gérard Bobillier, le directeur des éditions Verdier à qui nous l’avions proposé avant de fonder L’Arachnéen, a décliné l’offre tout en saluant l’indispensable « réparation » (Deligny avait à l’époque largement disparu). L’éditeur Dominique Carré aurait été prêt à s’engager, mais nous avions une idée précise de la manière dont nous voulions présenter cette œuvre et concevoir l’architecture du livre et nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure. La difficulté consistait à trouver des aides. Le CNL nous a largement soutenu, ainsi que le Ministère de la Jeunesse et des sports, qui conservait la mémoire de l’importance du Deligny-éducateur. Nous avons eu la chance de trouver un diffuseur-distributeur, qui était Pollen à l’époque (nous sommes maintenant diffusés par La Différence et distribués par Volumen).

LB : Combien de titres publiez-vous à l’année ? Comment sont-ils dictés ?

SAT : Nous publions deux à trois titres par an. Nous aimons travailler avec des auteurs, sur le long terme.

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Après Deligny (dont nous avons publié ensuite d’autres ouvrages, dont le plus récent est un roman, La Septième face du dé), nous avons publié sept livres de l’historien de l’art Jean-François Chevrier: nous avons réédité son Proust et la photographie (augmenté d’une nouvelle iconographie et d’un texte inédit), puis une série de recueils et enfin L’Hallucination artistique (700 pages). Nous avons également publié un livre que j’aime particulièrement sur le cinéaste bengali Ritwik Ghatak (un contemporain de Satyajit Ray), un très grand artiste, hélas peu connu excepté par les cinéphiles (son œuvre a fait l’objet d’une rétrospective en 2011, au moment de la parution du livre). Nous sommes actuellement engagés dans la publication des textes de Catherine Coquio, qui est l’une des spécialistes de ce qu’on appelle la littérature de témoignage.

LB : Comment s’organise votre maison d’édition ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien définis, ou au contraire, plutôt transversaux ?

SAT : Nous travaillons à deux. Anaïs Masson, avec qui j’ai fait tous les livres (quatorze!) publiés à ce jour par L’Arachnéen, vient de partir après huit années de travail commun. Quelqu’un prendra sa place prochainement. Anaïs Masson est photographe, elle a un sensibilité très fine à l’image et elle a joué un rôle fondamental dans le choix iconographique,  et dans le travail de photogravure et de préparation de l’impression. Pour ma part, j’ai choisi les auteurs, « édité » (au sens américain) un certain nombre d’ouvrages dont j’ai également écrit les préfaces ou postfaces,  et travaillé de près à la mise en page, notamment David Poullard, tandis qu’Anaïs, elle, travaillait avec Filiep Tacq, pour les livres de Jean-François Chevrier. Les compétences informatiques me faisant entièrement défaut, c’est elle qui alimentait le site et mettait en page nos catalogues et dossiers, dont j’écrivais les textes. Pour le reste, nous partagions l’essentiel des tâches, comme cela se fait dans les petites maisons, notamment le travail de la presse, le suivi de la diffusion en librairie, etc.

LB : Quels sont vos projets (ou plutôt ceux que vous voudrez bien dévoiler !) ?

SAT : Nous travaillons actuellement sur le recueil de textes de Catherine Coquio (500 pages), qui rassemblera une grande partie des très beaux textes qu’elle a consacrés à la littérature liée aux génocides et notamment aux œuvres d’Imre Kertész, Charlotte Delbo, Primo Lévi, Jean Cayrol, Piotr Rawicz, Etty Hillesum, pour n’en citer que quelques-uns. Ce premier tome sera suivi d’un second.

Nous publierons également un fascinant roman de Thomas Harlan, Rosa, qui est en cours de traduction de l’allemand par Marianne Dautrey. Thomas Harlan est également cinéaste, et son œuvre s’est en grande partie déterminée contre celle de son père, Veit Harlan, le réalisateur officiel du régime nazi et auteur du sinistre Juif Süss. Nous préparons également une monographie de l’artiste Anne-Marie Schneider.

Pour aller découvrir l’ensemble des ouvrages de cette maison d’éditions, rendez-vous sur le site www.librairiedialogues.fr

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Focus sur « L’automne des bonnets rouges »

L’automne des bonnets rouges, de la colère au renouveau, paru le 13 décembre, aux éditions dialogues, propose les regards croisés de quatre Finistériens sur le mouvement des bonnets rouges, ses causes et conséquences, et sur l’avenir de la Bretagne. Deux d’entre eux répondent à nos questions :

Jacques Baguenard, professeur de droit constitutionnel et de sciences politique à l’UBO

Pourquoi avoir participé à l’écriture d’un livre sur le mouvement des bonnets rouges ?

Deux raisons principales :

– Cette révolte constitue un salutaire réveil pour une Bretagne occidentale qui avait tendance à s’assoupir dangereusement sur des lauriers fanés.

– L’occasion était offerte de donner, vu d’ici, un sens à un mouvement qui, interprété par des analystes éloignés du terrain pour ne pas dire parisiens, ne pouvait que prendre des allures folkloriques ou caricaturales. J’ai le souvenir du relais de télévision de Roc’h Trédudon qui, ayant été plastiqué en janvier 1974, avait privé bon nombre de Finistériens de programmes télévisés pendant de nombreuses semaines… Ce phénomène sociologique original – la redécouverte des veillées au coin du feu – avait donné lieu à des analyses stupidement caricaturales venant d’ailleurs… Qu’un éditeur enraciné ici offre cette opportunité était une occasion à saisir d’emblée !

Selon vous, d’un point de vue politique, qu’illustre cette fronde ?

Cette fronde éclaire trois dimensions :

– Le besoin de respect, car la Basse-Bretagne ne supporte plus que son comportement lui soit dicté par des oukases venant de Rennes, Paris ou Bruxelles… sans qu’elle puisse émettre d’opinion ;

– Le ras-le-bol contre une pression fiscale indécente produite par une élite oligarchique protégée par ses indemnités et son statut ;

– La puissance « subversive » d’une périphérie qui bouscule les certitudes d’un centre devenu autiste.

Après la colère, le renouveau. Par où commence-t-il ?

Le renouveau implique quatre préalables :

1 – que les acteurs de cette révolte ne l’instrumentalisent pas au service de leurs ambitions ;

2 – que se développent les États Généraux du Renouveau impliquant les réseaux tels que l’Institut de Locarn, la Diaspora bretonne, Produit en Bretagne, le groupement tes entrepreneurs (CCIB)… qui ont beaucoup à nous apprendre ;

3 – que les propositions soient clairement hiérarchisées à partir d’une Basse-Bretagne dont Brest doit être le centre d’impulsion au service de l’Armor et de l’Argoat ;

4 – que le tempo soit explicitement fixé et l’objectif identifié : éclairer le chemin suppose que l’on se soit fixé un horizon !

 

Hervé Thouement, maître de conférence en sciences économiques à l’UBO

Pourquoi avoir participé à l’écriture d’un livre sur les bonnets rouges ?

Ma première pensée est allée aux nombreuses personnes victimes de licenciement. Par ailleurs, peu d’économistes, en dehors d’Yves Morvan, ont écrit sur la Bretagne. Mon collègue Erwann Charles et moi avions, en tant que responsables d’un master en développement territorial, le projet de rédiger un ouvrage sur l’économie bretonne ; la proposition de Charles Kermarec, faire analyser la crise des bonnets rouges par des personnes du territoire, nous a séduits et s’est donc présentée comme une opportunité.

Selon vous, d’un point de vue économique, qu’illustre cette fronde ?

Les Trente Glorieuses correspondent à une période d’état stable du capitalisme. Le processus de globalisation ouvre une nouvelle ère de tâtonnement et d’instabilité. Les cartes sont à nouveau rebattues. L’économie bretonne n’y échappe pas, même si elle a bien affronté la première séquence de la crise financière. La fronde des bonnets rouges est un révélateur de la fragilité de son système productif, facette que nous analysons en lien avec la Bretagne occidentale.

Après la colère, le renouveau. Par où commence-t-il ?

Le « renouveau économique » doit transiter à la fois par les entreprises et les pouvoirs publics (État, Région, etc.). À chacun son rôle : aux entreprises d’innover, aux pouvoirs publics de construire un environnement favorisant la créativité. La gouvernance des territoires s’effectue à présent à de multiples niveaux, de la commune à l’Union européenne. Pour être efficiente, elle doit s’appuyer sur le principe de subsidiarité ; pour être réactive, de nombreuses décisions doivent aujourd’hui être prises sur le terrain. Notre dernier chapitre propose en ce sens quelques pistes.

 

Pour en savoir plus sur les bonnets rouges :

L’automne des Bonnets rouge, de la colère au renouveau (éd. Dialogues), de Jacques Baguenard, Hervé Thouement, Erwann Charles et René Pérez.

Une analyse de la révolte des bonnets rouges par quatre experts, avec le recul de ceux qui ne sont pas dans le feu de l’action.

 

À genoux, Bretagne ! ou L’arnaque des Benêts rouges (éd. la Part Commune), de Youenn DrougRu.

Des responsables d’entreprises qui licencient, des leaders d’une agriculture dépassée et polluante, mais incapables de reconnaître leurs erreurs, qui misent sur le désarroi qu’ils ont eux-mêmes provoqué pour masquer le désastre économique qu’ils ont déclenché en Bretagne. L’auteur de ce « coup de gueule » ne supporte plus qu’on exploite ainsi le désespoir des plus modestes, qui se précipitent dans le filet tendu, comme des moutons de Panurge.

 

Qui étaient les bonnets rouges ? (éd. Skol Vreizh), de Michel Nassiet.

Dans ce livre, l’historien Michel Nassiet, professeur à l’université d’Angers, apporte un éclairage nouveau sur la révolte des Bonnets rouges de 1675, ce passé parfois mythifié qui appartient désormais à la mémoire collective des Bretons.

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Entretien avec Claire Fourier

 

Dans L’amour aussi s’arme d’acier, Claire Fourier nous entraîne en 1948 sur la RC4, le mauvais chemin de pierre qui sépare la Chine de l’Indochine et que s’arrachent Français et Viêt Minh. Dans cet enfer naît une histoire d’amour entre un soldat du génie, Francis, et une jeune ambulancière, Lily. Zoom sur l’un des romans les plus forts de Claire Fourier.

Laurence Bellon (Dialogues) : L’amour aussi s’arme d’acier plante son décor en pleine guerre d’Indochine, en 1948. Pourquoi, Claire Fourier, écrire sur ce conflit ?

Claire Fourier : Je n’ai pas choisi mon sujet, c’est le sujet qui m’a choisie. La providence a fait que j’ai rencontré le héros du livre. Il m’a raconté une histoire d’amour sublime vécue personnellement au cœur du conflit. J’ai voulu en savoir davantage et j’ai été happée par un épisode crucial, or méconnu, de la « sale guerre ». C’est devenu un devoir de raconter – et de dégager le sens de ce que je racontais. Il y a aussi que je suis petite-fille d’un marin brestois qui a sillonné la mer de Chine et nourri de ses voyages des petits-enfants émerveillés. Puis c’était l’occasion de rendre hommage aux Bretons, nombreux, qui sont allés mourir en Indochine.

LB : De nouveau, la guerre, un grand sujet, comme un fil rouge dans plusieurs de vos livres. En pointant de votre plume l’horreur, que souhaitez-vous transmettre au lecteur ?

CF : Écrire, c’est dire d’une manière nouvelle le « rien de nouveau sous le soleil ». Je ne fais donc que transmettre, en l’exprimant à ma façon, une leçon vieille comme le monde, banale, mais insurpassée : Faites l’amour, pas la guerre. La guerre est absurde et criminogène ; le politicien qui la provoque est plus absurde encore et criminel. Le guerrier, lui, est mû par une exaltation insoupçonnée des civils. De Gaulle a évoqué le « tumulte enivrant du combat ». Femme, j’essaie de comprendre cette exaltation meurtrière, tout en pointant la « bêtise au front de taureau » de l’homme face à la guerre.

LB : La guerre, mais aussi et surtout l’amour… Volontairement, vous placez les deux côte à côte. L’amour, est-ce selon vous le remède à la guerre, ce vers quoi doit tendre l’homme ?

CF : Pensons aux dieux grecs : Arès, dieu de la guerre, s’éprend d’Aphrodite, déesse de l’amour. Ils ont un enfant. Comment s’appelle-t-il ? Harmonie. Tout est là. Homère, encore : « L’homme se lasse de l’amour, pas de la guerre. » L’Histoire le prouve. Quiconque a étudié le passé ne s’étonne de rien, surtout pas que la guerre soit toujours recommencée, en dépit des « plus jamais ça ! ». Toutefois j’ai à cœur de me battre, là où je suis, avec ma plume – une arme de lumière – pour que l’amour l’emporte. Je suis vaincue d’avance. Tant pis. Je poursuis le combat en humble fille de Rosa Luxemburg, pacifiste qui fut assassinée… pour être partie en guerre contre la guerre.

LB : Dans ce roman construit en trois parties, vous évoquez avec force le contexte historique, puis la bataille elle-même, et la belle romance. À vous lire, on voit tout, comme dans un film. Comment avez-vous composé votre roman ?

CF : Pour que le lecteur suive bien la stupéfiante histoire d’amour, il fallait situer le cadre géographique et historique dont elle découle. La Route du sang, accrochée à la montagne, serpentant, vertigineuse, à travers la jungle, s’est imposée comme un personnage qui respire et dicte son rythme. La composition du livre, son unité, s’est modelée sur la progression sinueuse de ce rythme : net, relevant d’une précision d’orfèvre pour le contexte ; lent et haletant pour le cheminement du convoi ; précipité comme le feu des armes pour l’embuscade ; doux et poignant pour l’étreinte. Vient un moment où la Route du sang et la femme blessée se fondent dans l’esprit du guerrier. Il a combattu sur l’une, il s’allonge sur l’autre et, chaviré, il se prend à verser des larmes d’amour pour la route maudite qui prend corps de femme aimée. Ultime harmonie. 

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Focus sur les éditions « Plein jour »

Nouvelle dans le paysage éditorial français, la maison d’édition Plein Jour donne la parole à des écrivains qui nous offrent des plongées dans le réel, qui sont un miroir de notre temps. Focus sur une jeune maison d’édition qui fait du documentaire une œuvre à part entière. 

Quelques mots sur les éditions Plein Jour

Les éditions Plein Jour, créées par Sibylle Grimbert et Florent Georgesco, ont été conçues à partir d’une idée très simple, qui était d’abord un goût : le goût de la parole, le plaisir d’entendre les gens se raconter, prendre le temps de décrire leur monde avec assez de précision pour que leur récit ne ressemble à rien de ce qu’on a l’habitude d’entendre. Parole pleine, parole unique, hors des sentiers battus, qui rejoint la littérature dans ce qu’elle a de plus singulier, d’inassimilable aux discours convenus.

Le pari était de demander à des écrivains de recueillir cette parole. Si, en partant d’elle, ils se mettaient à écrire sur des personnes, des situations, des questions de société aussi diverses qu’ils le sont eux-mêmes, ils pourraient donner à leurs plongées dans le réel une forme haletante, riche, intelligente, rappelant certains des grands reportages que la presse américaine a su au fil des ans nous donner, surtout lorsqu’ils furent, comme ici, l’œuvre d’auteurs de talent.

Chacun, bien sûr, devait écrire à sa manière, et le résultat est qu’en effet aucun de ces livres n’est semblable aux autres.

À ce premier projet, qui est le cœur de l’identité des éditions Plein Jour, s’est très naturellement ajouté, comme une suite logique et indispensable, un volant plus journalistique, astreint à une actualité souvent plus immédiate, autour d’un travail d’investigation fouillé, documenté. À chaque fois il a suffi que les auteurs s’emparent de leurs sujets pour que, romanciers ou journalistes, ils réussissent à faire du documentaire une œuvre à part entière, un genre noble et personnel, à travers lequel, ensemble, ils contribuent, en s’efforçant de comprendre ce qui nous entoure, à tendre à notre temps un miroir où se reflète sa réalité la plus intime.

Entretien avec Sibylle Grimbert et Florent Georgesco

 

Laurence Bellon (Dialogues) : Vous avez créé la maison d’édition Plein Jour il y a quelques mois. Pourriez-vous nous dire quelques mots de la naissance et des débuts de cette belle maison d’édition ?

S. G. & F. G. : Vous parlez à des éditeurs heureux. Avec les premiers livres, ceux de Sylvain Pattieu et Aymeric Patricot, notre projet a été accompli au-delà de nos espérances. Nous leur avions imposé une seule contrainte : aller sur le terrain, partir de discussions avec les personnes qu’ils rencontreraient, et raconter la réalité qu’ils auraient observée, en restituant ce qui leur serait dit. Ils en ont tiré deux livres totalement différents, dans leur écriture même, avec comme seul point commun d’être extrêmement forts. C’était plus qu’encourageant pour nous, cela prouvait que notre intuition – si les écrivains parlent, s’emparent de questions de société, le résultat sera varié et toujours inattendu – était bonne, mais naturellement ces deux auteurs étaient avant tout d’excellents écrivains. Le risque était calculé.

LB : Sibylle Grimbert et Florent Georgesco, vous êtes respectivement écrivain et journaliste. Comment vivez-vous alors ces premiers pas en tant qu’éditeurs ?

S. G. : Les livres ayant été très bien accueillis, nous pouvons dire que c’est assez agréable ! Pour un écrivain, il s’agit d’une toute autre approche du travail de l’écriture, peut-être même d’un tout autre regard. Il ne peut être question d’être soi, de faire triompher sa subjectivité, ce qui est le droit de l’auteur seul.

F. G. : J’ai été éditeur avant d’être journaliste. Je fais ce métier depuis une dizaine d’années, disons que je l’apprends depuis une dizaine d’années. Il y a un moment où il faut cesser d’apprendre. Nous avions assez d’idées, Sibylle et moi, pour qu’il devienne urgent de franchir le pas, de faire enfin ce qu’on avait envie de faire. Ce ne sont donc pas tout à fait des premiers pas, mais je découvre une liberté nouvelle, ce qui est toujours très excitant.

LB : Avec Plein Jour, vous nous proposez des documentaires littéraires, c’est-à-dire éclairés par le regard singulier d’un écrivain. Comment cette forme s’est-elle imposée, et s’agit-il d’une nouvelle forme dans le paysage littéraire français ?

S. G. & F. G. : L’idée nous est venue en bavardant, en parlant des livres que nous aimions, mais aussi en nous racontant ce que nous avions vu et entendu durant la journée. Ce dernier point, qui semble anodin, nous a donné envie d’écouter les gens. Ce qu’ils disent est souvent beaucoup plus riche et complexe que ce que nous voyons dans les médias. Il nous semblait aussi que si ce type d’ouvrages d’enquête, cet intérêt porté aux faits de société, avait été une tradition française, par exemple avec Gide, elle avait eu tendance à s’éclipser, à se réfugier aux États-Unis, avec le « nouveau journalisme » – Capote, Mailer, Wolfe… Nous avons voulu la rapatrier. Nous étions également, tous les deux, très admiratifs des livres d’une merveilleuse journaliste britannique, Gitta Sereny, qui pourrait être notre figure tutélaire. Gitta Sereny faisait des enquêtes, souvent autour d’anciens nazis (l’extraordinaire Au fond des ténèbres, sur Franz Stangl, le commandant de Treblinka) mais pas seulement, fondées elles aussi sur la parole des gens. Nous avons toujours pensé que son art de restituer la parole, et à travers elle de faire surgir la vérité, était un des plus précieux qui soient.

LB : Comment sont dictées les thématiques abordées dans les livres que vous publiez, et dans quelle mesure doivent-elles être en résonance avec l’actualité brûlante ?

S. G. & F. G. : Les thèmes peuvent venir des auteurs ou de nous. Ils doivent intéresser les uns et les autres au même degré : quand on lance un projet, tout le monde est mobilisé, il faut beaucoup de motivation. Il n’est pas nécessaire que les sujets soient brûlants, mais sans doute, puisque le domaine est l’actualité, sont-ils toujours marqués par une certaine urgence, une question, un sentiment diffus que là, en ce moment, il se passe quelque chose qu’on ne comprend pas, qu’on voudrait comprendre ou qu’on comprend trop bien. En fait nous croyons que tous les sujets abordés sont appelés à une longue vie. Ils sont universels, la nature humaine est toujours la même ; seuls les conditions, le décor du surgissement des thèmes diffère.

LB : Dans l’époque d’immédiateté de l’information dans laquelle nous vivons, qu’apporte finalement le regard de l’écrivain sur l’actualité ?

S. G. & F. G. : La vie médiatique est rapide, parfois allusive, très attachée à l’événement, et en cela peut-être un peu lapidaire dans son approche des questions qu’elle pose, des histoires qu’elle raconte, des catégories sociales qu’elle interroge. Il est dans la nature d’un livre, quel qu’il soit (enfin, s’il est bon !), de s’intéresser aux nuances, de ne pas s’effrayer de la complexité. Que ce type de livres soit écrit par des écrivains – et non des universitaires par exemple – permet en outre d’offrir un regard intellectuel appuyé sur du sensible. Les écrivains ne sont pas hors du champ de la réflexion. Ils bénéficient au contraire, en tant que romanciers, d’une plus grande liberté d’approfondir cette réflexion que beaucoup de gens, une liberté qu’exprime leur style, leur écriture qui est en soi, d’ailleurs, une façon de construire une pensée.

Les premières parutions

Sylvain Pattieu

Avant de disparaître. Chronique de PSA-Aulnay.

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Aymeric Patricot

Les petits blancs. Un voyage dans la France d’en bas.

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À paraître en février :

Claire Berest

Enfants perdus. De la brigade des mineurs aux ZEP : rencontres au bord du gouffre.

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Yves Mamou

Hezbollah, dernier acte. Le terrorisme chiite à l’heure du printemps arabe.

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Interview de Diane de Selliers

  • Pourriez-vous nous raconter l’histoire et les débuts de la maison d’éditions Diane de Selliers ?

Lorsque je suis arrivée à Paris, j’ai cherché une place d’éditeur dans une maison d’édition. J’avais fait mon mémoire sur le succès du Cheval d’orgueil de Pierre Jakez-Hélias, dans la collection Terre Humaine chez Plon, j’avais donc déjà eu une première approche de ce milieu et souhaitais y rester. Mon premier emploi a été chez Claude Tchou. J’ai aussi travaillé aux Editions Hatier en littérature générale et chez Duculot où j’étais en charge du développement éditorial international de cette maison d’édition belge.

L’occasion de créer ma propre maison d’édition est liée à la découverte d’une édition rare des Fables de La Fontaine illustrées par 275 planches en couleurs de Jean-Baptiste Oudry. Cela a été le véritable tournant de ma démarche éditoriale. J’ai pensé qu’une œuvre de cette qualité ne pouvait rester inconnue du public. Le libraire de livres anciens qui possédait cette œuvre m’a autorisée à photographier l’ensemble des 275 planches et les nombreux motifs floraux de Bachelier pour réaliser cette édition contemporaine des Fables accompagnées de cette iconographie exceptionnelle. Je ne savais pas encore à ce moment-là que cela deviendrait le début d’une collection.

Par la suite, un autre livre a transformé ma vie d’éditeur et celle de la maison d’édition : La Divine Comédie de Dante illustrée par Botticelli, troisième titre de ce qui s’appelle aujourd’hui la collection « Des Grands textes illustrés par les plus grands peintres ». Ce poème m’a fait réaliser à quel point les textes fondateurs étaient présents dans notre culture et dans notre façon de penser. J’ai désiré les rendre accessibles au plus grand nombre et éveiller la curiosité du lecteur en les illustrant de la façon la plus pertinente, accompagnés le plus souvent des commentaires d’œuvres venant éclairer à la fois le texte et l’image.

 

  • Comment s’organisent ces éditions ? Qui y travaille ? Quels sont vos rôles ? Sont-ils bien circonscrits ou plutôt transversaux ?

Une éditrice, Marion Balalud, travaille en lien étroit avec moi à la production avec l’aide précieuse de deux stagiaires, actuellement Diane Gagneret et Jeanne Cottet, ce qui nous permet de toujours faire avancer plusieurs projets de livres en même temps, et de travailler bien en amont. Nous avons une responsable commerciale, Aurélie Razimbaud, qui gère la communication et les projets à l’international, accompagnée d’une assistante, Louise Bocquin, et d’une stagiaire – actuellement Inès de Boisgelin – qui se concentrent surtout sur l’aspect numérique et la commercialisation française. Mon rôle est essentiellement de superviser cette équipe, d’insuffler les idées, les projets, d’animer. C’est également moi qui choisis les ouvrage que nous allons publier.

Nous avons une organisation avec des rôles qui sont à la fois circonscrits et transversaux. C’est équilibré entre d’une part, des rôles bien définis qui séparent notamment la production de la commercialisation, et d’autre part une transversalité permettant à chacun de participer aux différentes étapes de la vie de la maison, selon leurs souhaits et les possibilités. Aurélie Razimbaud par exemple, passionnée par un poète (dont nous taisons le nom pour le moment),  participe vivement aux recherches iconographiques menées pour illustrer ses écrits.

Cela permet à l’équipe d’être impliquée dans les projets depuis leurs débuts, à partir de la création même jusqu’à l’arrivée du livre dans les mains du lecteur. C’est aussi ce qui fait la force de notre identité, il y a une forte synergie qui permet à chacun de comprendre ce qui est fait, de quelle manière et pour quelles raisons.           

Chacune a ses projets personnels, y compris les stagiaires. On donne beaucoup d’autonomie et de responsabilités, à condition d’évoquer en amont les questions à soulever ou les problèmes à régler. La direction est donc assez horizontale, avec un encadrement pour soutenir les jeunes tout au long de leur projet, avec des formations très pointues.

 

  • Vous publiez un ouvrage par an. Comment ce rythme s’est-il imposé et comment faites-vous vos choix éditoriaux ?

L’idée depuis le premier ouvrage, c’est de faire peu mais bien. Nous voulons faire des livres qui restent. Cela fait déjà 23 ans que je me suis tenue à cette ligne éditoriale. Nous publions peu : chaque année un livre dans la grande collection, un deuxième dans la petite collection et plus rarement, un hors-collection. Nous gardons les mêmes critères de qualité en termes de recherche iconographique, de choix des textes, de choix des intervenants (historiens, scientifiques) qui viennent apporter leurs connaissances à une édition, et nous sommes aussi attachés à la qualité de fabrication pour la photogravure, le papier, l’impression et les reliures par exemple. Bien sûr les gens qui achètent ces livres ne le savent pas mais ils sentent qu’ils sont différents, qu’il y a quelque chose en plus par rapport à ce que l’on trouve habituellement dans le commerce. Nous faisons des livres qui restent : les livres du début de la collection se vendent toujours aussi bien. Aucun n’est démodé. Ils restent tous d’actualité, nos lecteurs les transmettent à leurs enfants et considèrent  qu’ils participent au patrimoine culturel.

 

  • À travers chacun des ouvrages que vous publiez, vous établissez un dialogue saisissant entre art et littérature. Comment construit-on de tels ouvrages, et comment s’effectue le choix des œuvres d’art qui accompagnent les textes fondateurs que vous publiez ?

Je suis toujours à l’affût et à la recherche de textes, fondateurs ou emblématiques, que j’ai envie de connaître et de partager. Et toujours à la recherche d’artistes, contemporains ou classiques, ou d’écoles ou courants de peinture que j’ai envie de faire connaître. Dès que je pressens une rencontre entre un texte et la peinture, je commence à y travailler pour voir si le projet est cohérent et fait sens. La plupart du temps je pars du texte, parfois de l’image comme c’était le cas pour les Fleurs du Mal de Baudelaire. Parfois les deux jaillissent en même temps. Parfois il s’écoule des années avant que je ne trouve la façon d’éclairer une oeuvre.

Par exemple L’Enéide, qui vient de paraître dans notre « Petite collection* » : je voulais l’illustrer par un artiste contemporain car il n’y a pas d’illustration à proprement parler de ce poème. Finalement, après plusieurs années de réflexion, j’ai choisi de l’illustrer avec les fresques et mosaïques contemporaines de Virgile, reproduisant souvent des scènes de L’Iliade et de L’Odyssée d’Homère dont Virgile s’est grandement inspiré et qui était bien représenté dans les fresques, et de donner ainsi une idée de l’époque de Virgile et de ses sources d’inspirations dans la peinture.

 

  • Aujourd’hui, à l’heure du numérique, quels sont les principaux défis à relever pour les éditions Diane de Selliers ? 

Avec le numérique, les pratiques de lecture sont en train de se modifier profondément; de nouvelles exigences émergent, ainsi que de nouveaux modes de transmission des savoirs. Dans ce paysage les défis sont multiples et passionnants : nous emparer de ces outils innovants pour permettre à nos contenus de toucher le plus large public, mais aussi concevoir des livres numériques dans une dynamique vertueuse, favorable à la diffusion des livres papier. Les livres que nous publions sont porteurs de culture universelle et dans les explorations que nous menons autour du numérique nous sommes animés par le désir de poursuivre notre mission d’éditeur : transmettre cette culture, sous toutes ses formes.

*« La petite collection », propose des ouvrages épuisés au sein de « La grande collection » dans un format réduit (19 x 26 cm), habillés d’une couverture souple et d’une jaquette à larges rabats, mis sous coffret lorsque l’ouvrage comprend plus d’un volume.

Retrouvez notre dossier complet consacré aux éditions Diane de Selliers, sur le site http://www.librairiedialogues.fr

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Lectures thématiques : La langue – Par Arnaud

« On n’habite pas un pays, on habite une langue », Cioran.

À la lecture de novembre plusieurs ouvrages entremêlent le même thème.

S’il y a des livres épatants sur les guerres et notamment Compagnie K. (éd. Gallmeister) de William March (14-18, Les Ardennes), La chute de Paris (éd. La Fabrique) de Herbert Lottman (1940, Paris) ou encore le toujours d’actualité, Yellow Birds (éd. Stock) de Kevin Powers (2004, Afghanistan), trois livres (et un peu plus) ont retenu notre attention concernant le sujet de la Langue.

Éric Faye, tout d’abord, nous plonge aux confins du cercle Arctique au gré duquel l’on voyage, des pays baltes au Groenland, de la Slovaquie au Japon, de la Russie à San Francisco. Après les souvenirs étudiants, de correspondance en correspondants, une rencontre manquée avec Gorbatchev alors qu’il est tout minot, il nous relate de manière truculente les aventures d’un écrivain en Turquie et le quotidien des signatures de livres en terres étrangères. Plus les voyages paraissent extraordinaires et les destinations incongrues plus la réflexion devient profonde et enivrante. On prend alors l’avion sur des tarmacs improbables et sa plume nous fait atterrir sur des pistes découpées dans le brouillard. C’est beau comme un récit de voyage que l’on souhaite partager.

Somnambule dans Istanbul (éd. Stock), Éric Faye.

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Plus individuel mais non moins beau, le crayon fidèle et pourtant en mutation de Richard Millet nous livre un roman solitaire à multiples entrées sur un Américain qui veut écrire en français. Bien sûr celui-ci est empêché par le profond respect qu’il porte à Bugeaud, double de l’auteur, mais la vérité est, non pas ailleurs chez Millet mais partout, ce qui reviendrait à nulle part, suggérerait-il sans doute, et la relation que son héros entretient avec Rebecca, fille hautement singulière, tout à la fois physicienne désabusée et amante indépendante, ne nous épargne ni les jouissances molles ni les élans d’amour les plus tendus. Un roman troublant, trempé dans le sang, sur l’exil, la façon que nous avons de nous exprimer dans la langue et le geste et ce que nous partageons avec qui nous enseigne les choses de la vie.

Une artiste du sexe (éd. Gallimard), Richard Millet.

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Enfin, Allah est grand, ce livre est à conseiller à tous les lecteurs curieux de dégoter LE livre qui sort mais qui est déjà sorti, qu’on n’a pas lu et qu’il faut lire parce que c’est superbe et absolument dans le temps qu’il fait (1924 tout de même) : le Route des Indes de E.M. Forster, traduit par Charles Mauron, et présenté et annoté par Catherine Lanone, est remarquable. C’est une fiction qui fait état de la relation humaine entre Anglais et Indiens; il nous explique page après page (la patience est récompense), pédagogue sans en être, que le motif de découvrir le vrai hindou est déjà un motif colonial malgré les meilleurs sentiments de Misses Quested, Moore ; que la clique de hauts fonctionnaires britanniques, pétrie d’a priori prête à enflammer les rumeurs qui fondent l’incompréhension et le bellicisme n’ont pas bougé d’un pouce ; que le fil de coton que l’on tire nous ramène au roman dans sa totalité et que les portraits des humains que vous lirez vous marqueront aussi sûrement qu’une morsure de serpent au poison diffus. De la difficulté de s’entendre entre civilisations.

Route des Indes (éd. Le Bruit du Temps), E.M. Forster.

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Pour compléter le sujet :

Kizu dans les fissures de la ville (éd. Arléa), Mickaël Ferrier (Sur le Japon et les lézards).

Les derniers jours (éd. Gallimard), Jean Clair (Journal sur la langue maternelle et l’art).

En Inde (éd. Arléa), Albert Londres (Sur Gandhi et Tagore).

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Rencontre avec les éditions Joëlle Losfeld

Quelques mots sur les éditions Joëlle Losfeld

Depuis toujours, Joëlle Losfeld s’efforce de représenter et de défendre une certaine conception de la lecture : celle qui offre une littérature et des auteurs “hors normes” qui aiment à côtoyer selon le mot de Freud “l’inquiétante étrangeté”

Directrice littéraire des Éditions Terrain Vague – fondées par son père en 1955 – pendant plusieurs années, elle décide de créer sa propre maison d’édition en 1991, qui porte son nom et s’installe rue Servandoni, dans le 6ème arrondissement à Paris.

Les premiers livres paraissent en février 1993 : la réédition de Mon étrange plaisir de Rachilde, et celle des œuvres complètes d’Albert Cossery – son auteur fétiche et Grand Prix de la francophonie pour l’ensemble de son œuvre -, qui débute avec Mendiants et orgueilleux et la Violence et la Dérision. D’ailleurs, l’année 1995 est marquée par le succès de Mendiants et orgueilleux d’Albert Cossery. En une seule année, les éditions vendent plus d’exemplaires de ce titre qu’en huit années d’exploitation de ce même ouvrage (rappelons que Joëlle Losfeld avait commencé l’édition des œuvres de cet auteur en 1989).

En 2003, les éditions Joëlle Losfeld intègrent le groupe Gallimard et poursuivent sous sa marque leur aventure éditoriale. Citons Effroyables Jardins de Michel Quint (succès mondial), les œuvres de Chantal Pelletier, celles de Pascale Gautier ainsi qu’un grand nombre d’ouvrages de la collection étrangère dédiés aux écrivains irlandais dont certains sont particulièrement remarqués par les libraires et les lecteurs ainsi que  la presse : Sebastian Barry, Kate o’Riordan, Dermot Bolger, Peter Cunningham…

Une politique d’auteur prépondérante qui offre la possibilité aux lecteurs de lire les œuvres complètes de Paula Fox, de Janet Frame, de Jonathan Ames entre autres.

Entretien avec Joëlle Losfeld

 

Vous avez créé la maison d’édition Joëlle Losfeld en 1991. Pourriez-vous nous raconter les débuts de cette belle maison ?

En 1991 après avoir passé 5 ans à la tête de la maison d’édition qu’avait créée mon père, j’ai décidé de partir fonder ma propre maison. J’avais un tout petit capital et des amis généreux enthousiastes à cette idée et qui m’ont aidée financièrement. Après, il a fallu trouver une banque (pas facile) et une maison de diffusion. Ce fut Harmonia Mundi.

Combien de titres publiez-vous à l’année et comment sont-ils dictés ?

Je publie maintenant une quinzaine de titres. Des romans essentiellement, dans lesquels l’imaginaire joue un rôle primordial. Peu importe les genres. Pourvu que l’expression y soit en parfaite adéquation avec le sujet. Je n’édite pas (sauf exception) de romans réalistes. J’aime les propositions originales qui cernent le sujet de manière humoristique, onirique, poétique…

 

Au fil de vos choix éditoriaux, quelle idée de la littérature défendez-vous ?

Une littérature profonde et distrayante qui aborde de façon nouvelle les sujets traités.

 

Quels sont les livres qui ont particulièrement marqué l’histoire de votre maison d’édition ?

Cossery bien sûr, Midget ou les Mémoires d’une miniature de Walter de la Mare, un roman victorien qui fait l’éloge de la différence, Effroyables Jardins de Michel Quint, un texte très émouvant et qui fut un best et long seller, ce qui n’est jamais négligeable, tous les écrivains qui sont entre autres à mon catalogue ; Sebastian Barry, Dermot Bolger, Kate O’Riordan. De jeunes Américains comme Jonathan Ames (le plaisir de la découverte).

 

Vous avez fait connaître en France de nombreux auteurs de langue anglaise. Comment se déroulent les négociations avec les maisons d’éditions anglo-saxonnes, et surtout avec les agents littéraires ?

Après plus de 25 ans d’exercice de ce métier, je connais mes interlocuteurs étrangers et leur production. Ils savent que je ne suis pas dans la course lorsqu’ils font des enchères sur tel ou tel livre. Cela remet les choses à leur place et nous permet de ne pas perdre de temps à d’inutiles tractations.

 

Quels sont aujourd’hui les principaux défis à relever pour les éditions Joëlle Losfeld ?

 

Installer durablement les auteurs dont je publie l’œuvre. Ne pas publier trop et parfaire l’image de la maison auprès des libraires et donc des lecteurs. C’est parfois difficile mais je tiens à continuer à faire une politique d’auteur.

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