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Médiator, lobbying & cie

Médiator, où en sommes-nous ?

Le Mediator 150mg est un médicament antidiabétique souvent prescrit comme coupe-faim, dont l’autorisation de mise en marché a été suspendue par l’affsaps (agence du médicament) , en novembre 2009, en raison de sa toxicité avec risque avéré d’atteinte des valves du coeur que sa consommation entrainait pour les patients.
Les valvulopathies sont des maladies qui peuvent être mortelles.
Deux millions de personnes ont consommé du Mediator. Et 300.000 encore tous les jours au moment où l’interdiction faite aux pharmaciens de le vendre a été prononcée .

Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, a été l’un des médecins dont l’enquête a conduit l’Affsaps à faire retirer le Mediator du marché.

Elle est l’auteur du livre « mediator 150mg combien de morts ? ».

A l’issue de son enquête serrée, scientifique, son livre se termine par cette phrase : « il me reste une question : combien de morts ? »

Cette question est donc la question prospective, et légitime, d’ un médecin soucieux de ses malades et des politiques de santé.
Le laboratoire Servier [ lire, ici cet article du nouvel obs] a attrait en justice les éditions dialogues, éditeur du livre, et demandé que soit retirée de la couverture cette mention : »combien de morts (censuré) » au motif qu’ elle risquerait de lui causer un préjudice grave. Action judiciaire en référé vu l’urgence et l’imminence du préjudice allégué .

Par un attendu ahurissant, le juge a fait droit à cette demande. Il écrit notamment :
 » la défenderesse (les éditions dialogues) en effet minimise l’impact de l’intitulé de son ouvrage en soulevant le fait que la diffusion du produit est aujourd’hui suspendue, et que le dommage serait en conséquence peu important. Or cet argument peut être retourné. S’il advenait finalement qu’après analyse la suspension soit levée, et la diffusion des produits à base de benfluorex rétablie, le dénigrement provoqué par la mention litigieuse se révèlerait alors grandement source de discrédit tant pour le produit que pour le fabricant du produit. »
En somme le juge nous dit : si médicament qui est un poison était demain considéré comme un bonbon inoffensif alors demain il y aurait préjudice . C’est reconnaitre qu’ aujourd’hui il n’y en a pas. Et d’imminent non plus.
Dès lors la décision du juge brestois s’analyse clairement et simplement en une censure d’un sous-titre, légitime s’agissant de la toxicité avérée, reconnue par l’affsaps, d’un médicament qui peut-être cause de valvulopathie.  Une censure du sous-titre. Une censure du livre. Dont la couverture doit être modifiée sous astreinte de 50 euros par exemplaire distribué.

Le métier de libraire consiste avant tout à se dresser contre la censure.

Je fais appel.

Ce livre sera de nouveau en vente la semaine prochaine. Son sous-titre sera désormais « sous-titre censuré ».

Il me reste une question : qu’ est ce qui est préjuciable ? Le sous-titre : combien de morts ? Ou les morts ?

Charles Kermarec, éditeur et libraire

Lobbying et laboratoire pharmaceutique

Comme le développe Mikael Cabon, sur son excellent blog de veille consacré à la lobbycratie, « voici la stratégie des laboratoires telle que décrite dans le livre :

–          1. Etre nombreux. P109 : « Nous entrons, l’équipe Servier, impressionnante, nous barre toute la salle ».

–          2. Faire pression sur les journaux scientifiques. P 126 : Après le refus d’une publication scientifique de diffuser un papier sur l’étude « dans un se ses derniers articles scientifiques, la déclaration – obligatoire – des conflits d’intérêts de cet éditeur avec l’industrie pharmaceutique commence ainsi : « Professeur E. is a consultant for Servier ».

–          3. S’assurer de relais dans l’opinion médicale. P 113 : Servier met en place un « mécénat académique » pour de jeunes médecins avec des ateliers de perfectionnement. « La plupart de ces jeunes sont devenus au fil des années qui professeur, qui patron, qui doyen… bref leader d’opinion médicale d’une manière ou d’une autre. Certains sont même devenus ministre ». Et l’auteur de citer Philippe Douste-Blazy. L’ancien ministre de la Santé et des Affaires étrangères est également président d’Unitaid, la fondation montée par Jacques Chirac et le président brésilien Lula pour gérer l’argent de la taxe aérienne pour le financement des actions de lutte contre le Sida. Plus étrange, et que j’ignorais, il est également secrétaire-général adjoint de l’ONU, en charge des financements innovants. Jacques Servier sait également recruter dans toutes cases de l’échiquier politique. Ainsi, en 2000, c’est Henri Nallet, un ancien ministre socialiste de l’agriculture, qui rejoint son groupe.

–          4. S’assurer de soutiens au sein de la commission de pharmacovigilance en charge du dossier (p 121)

–          5. Couper les vivres aux récalcitrants. P 122. « Depuis, Servier a suspendu tous ses financements à l’Alfediam (association de diabétologues) et sa participation au congrès annuel ».

De plus, Jacques Servier, le président du laboratoire, est un proche des cénacles du pouvoir. Il se fait décorer la Grand’ Croix de la légion d’honneur le 31 décembre 2008. Cette distinction n’est accordée qu’aux plus grandes des patriotes, ou bien, dans un but diplomatique, à des personnalités étrangères.

Le laboratoire Servier est aussi une exception. Indépendant, contrôlé par une fondation, français dans un monde pharmaceutique dominé par des mastodontes internationaux, parfois mis sur la sellette par le passé. De plus, avec Biogaran, 10 millions de boîtes vendues chaque mois, il est le deuxième acteur du marché du médicament générique dans notre pays. »

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